‹ Les Jacobins peints par eux-mêmes: Histoire de la Société populaire etChapitre 11 sur 19 · DONS POUR LES DÉFENSEURS DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

DONS POUR LES DÉFENSEURS DE LA PATRIE

Bellanger apoticaire (sic) a donné 26 livres 2 deniers et sa pièce de mariage pour les volontaires.

Comme petit-fils, je ne puis que m'incliner respectueusement devant cette décision de mon

grand'père; mais tout de mâme je ne puis me défendre de la trouver un peu exagérément patriotique...

Mais non. En y réfléchissant, je m'explique le sens de ce geste, en apparence bizarre.

A cette minute de notre histoire nationale, Tamour de l'intérêt public exaltait les âmes, et tous les autres sentiments s'eflaçaient devant celui-là.

Certes, en déposant sur le bureau de la Société montagnarde sa pièce de mariage au profit des volontaires, mon grand'père ne contribua pas beaucoup à augmenter leur trésor. Mais il fît mieux que cela. Il donna à sa patrie une marque non banale de son dévouement, puisqu'il n'hésita pas à se séparer en sa faveur d'un objet dont le sacrifice devait lui coûter extrêmement cher.

Conclusion : cette fois encore on me permettra bien de me glorifier d'être le petit-fils de Jean-Baptiste Bellanger, dont tous les actes publics trahissent les sentiments généreux, et, pour parler le langage du temps, respirent le plus pur patriotisme.

(Ici finit le premier registre des procès-verbaux,)

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3 nivôse an II (28 décembre 1793). — Pour satisfaire aux vœux exprimés par un certain nombre de citoyens, on nomme une commission chargée de demander aux autorités de faire couvrir les confessionnaux transformés en guérites, et de distribuer des capotes aux fonc-

^i tionnaires.

La transformation des confessionnaux en guérites remontait au 3i octobre 1793, comme on peut le constater en consultant les archives municipales de Provins.

Voici, en effet, les deux documents que Ton y trouve et dont le second n'est que Tannexe et le complément du premier, tous deux du même jour.

Décadi de brumaire an II.

Les membres du bureau de la commission provisoire aux citoyens procureur syndic et administrateurs du district de Provins.

« Citoyens,

(( Sur la demande des citoyens volontaires qui se plaignent de ce qu'ils n'ont pas de gué-

riltes (sic) dans différents postes qu'ils occupent, tels que ceux qui se trouvent aux Jacobins, à la Congrégation, aux Bénédictines; considérant que nous devons prendre toutes les précautions possibles pour mettre nos braves défenseurs à l'abri des injures de l'air et surtout de la pluie, qui tombe en ce moment, et n'ignorant pas qu'il se trouve dans plusieurs ci-devant églises des confessionnaux entièrement inutiles, nous vous invitons à autoriser vous-mêmes les volontaires à les employer comme guérittes. Nous avons cru devoir en référer à vous-mêmes, puisque ce sont des édifices nationaux, bien persuadés que vous vous empresserez de soulager les volontaires.

(( Salut et fraternité.

Retel. — Rouge. — Lhébault. — Yaulgeabd.

Décadi du deuxième mois de Tan H.

(( Vu la lettre de la commission provisoire de ce jouxdbui tendant à accorder aux volontaires de la première réquisition les confessionaux existant dans les bâtiments nationaux

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pour leur servir de guériltes dans les différents postes dont la garde leur est confiée en cette ville ; le conseil permanent, le procureur syndic entendu, considérant que riiumanité commande que les deflenseurs de la patrie ne soient pas exposés aux injures de Tair et à l'intempérie des saisons lorsqu'il y a possibilité de les en prémunir (sic), et que les confessionaux rempliront un but au moins aussi important que celui auquel ils étaient destinés en servant de guéritles à nos braves soldats;

(( Arrête que les confessionaux qui se trouvent dans les bâtiments nationaux de Saint-Jacques et de Saint-Pierre seront délivrés aux chefs de bataillon des volontaires de la première réquisition pour les convertir en guérittes, invite la municipalité de Provins à accorder pour le même objet les confessionaux qui existent aux Cordelliers, et dans le cas oii lesdits confessionaux ne suffiraient pas, invite aussi la municipalité à employer ses bons offices auprès des l'abriciens des paroisses et succursales de cette ville a concéder quelques-uns des confessionaux de leur église pour le service et soulagement des volontaires. »

Je reprends la suite des procès-verbaux.

I» H ■> Il

Le citoyen Bouvet fils vient d'écrire à sa famille une lettre dont on donne lecture en séance.

Il était ecclésiastique. En présence des événements, il a renoncé à la prêtrise et s'est em- ]\ barque à bord de la frégate la Montagne.

Après son départ, le père a jugé bon d'offrir à la Société les lettres de tonsure (sic) du jeune îi;

homme pour qu'elles fussent brûlées en public . :

avec tous les titres de la ci-devant organisation S

sociale. Le jeune Bouvet écrit à son père pour approuver ce qui a été fait par celui-ci.

La Société applaudit au père et au fils et leur accorde la mention civique, le plus grand honneur dont elle dispose.

On sait que des aménagements et des embellissements ont été votés pour la salle des séances. Des propositions faites par un architecte parisien ont été examinées. Mais une .

petite difficulté surgit. Le receveur de Tenre- [A gistrement, parlant au nom de l'administration, exprime la crainte que ces travaux, si on les exécute, ne soient de nature à nuire aux intérêts de l'Etat, pour le cas où l'édifice, qui est sa propriété, serait mis en vente. Sagement il conseille à la Société de ne rien entreprendre

Ha

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sans avoir préalablement consulté le ministère. La Société passe à Tordre du jour.

On a vu avec quelle ardeur la population

accumule les dons en faveur des volontaires et

r du cavalier. En dépit de tant de dévouement, il

paraît que les dons n'arrivent pas avec assez de ^l célérité. Quelqu'un propose une visite au do-

i:;: micile de chaque citoyen pour exciler les indif-

férents. Cette motion est repoussée, et on lui préfère la motion suivante :

(( Considérant que le salut de la patrie prime tous les autres intérêts et que l'entretien des soldats doit passer avant celui de la salle, on décide que tout ou partie des fonds amassés pour les réparations de la salle sera détourné du but primitif et consacré à parfaire la somme nécessaire pour les besoins de l'armée. )>

Voilà une sage résolution, et digne de vrais patriotes.

5 nivôse an II (26 décembre 1793). — On a constaté le zèle patriotique des citoyens pour les offrandes spécialement destinées au cavalier. Or, ce cavalier, objet légitime de toutes les faveurs et bénéficiaire de toutes les générosités provinoises, on est forcé de reconnaître qu'il n'existe encore à cette heure qu'à l'état

insaisissable de rêve et de fantôme. Il a beau être déjà vêtu, équipé, armé, même enrichi d'assignats et d'espèces sonnantes, il n'existe pas encore en chair et en os. Ce qui importe maintenant, c'est de le pourvoir d'un corps.

On fait appel dans ce but à la jeunesse provinoise. Il s'agit de trouver parmi elle un solide et robuste gaillard capable de répondre victorieusement aux coups de sabre de l'ennemi et de faire honneur à ses parrains montagnards.

Un concours est ouvert pendant quinze jours.

Qui remportera la palme? C'est ce que nous apprendrons ultérieurement.

Un incident assez curieux. Je n'aurai pas la fausse modestie de le passer sous silence, bien qu'il soit à la louange de l'un des membres de ma famille.

Au nombre des volontaires admis à la séance, on relève le nom d'Auguste Arnoul, sergent de canonniers. Un membre fait remarquer que ce jeune citoyen s'est engagé quoique n ayant pas Vâge. La Société salue de ses applaudissements le sergent Arnoul et arrête hi mention civique. Puis le président lui donne l'accolade fraternelle, aux applaudissements de la salle et des tribunes.

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Or, le sergent Ârnoul n'était autre qu'^7Î6/2;ie- Auguste Arnoul, le onzième des quatorze enfants de Jean Ârnoul, maître de postes à Provins et frère de Louis Ârnoul, mon grand-père, côté maternel.

Ëlienne-Âuguste Ârnoul, né à Provins le 3 janvier 1777, n'était âgé, à ce moment, que de seize années. On conçoit que, en raison de sa prime jeunesse, il ait été Tobjet d'une ovation.

Encore une occasion pour nioi de jeter des fleurs sur mes tombeaux de famille. Me reprocbera-t-on cette révérence posthume P

J'ajouterai un mot pour les personnes de mon pays. Il s'agit ici d'Auguste Ârnoul, qui fut durant plus de quarante années maître de postes à Maison-Rouge, et qui mourut le 10 novembre i84i» maire de la commune.

Je commettrais une injustice si, après avoir loué l'acte méritoire d'un membre de ma famille, je passais sous silence des actes pareils au sien, et qui sont à l'honneur d'autres jeunes gens de son âge.

Le jeune Victor Caquet s'engage comme volontaire, bien qu'il soit exempté par la loi.

Le jeune Lebeau^ menuisier, s'est enrôlé

dans la première réquisition en qualité de volontaire. Le président de la Société, frappé de son air jeune, lui demande son âge.

(( Je n'ai pas encore dix-sept ans, » répond-il timidement.

La Société l'acclame, et le président, non seulement arrête la mention civique au procèsverbal, mais lui donne l'accolade.

Je me fais un devoir et une joie de citer ces divers exemples de dévouement patriotique. Ils prouvent à quel degré de surexcitation héroïque s'étaient élevées, en 1792, les âmes de nos pères, et ils prouvent combien Taine s'est trompé grossièrement en qualifiant de factice ce magnifique élan.

C'est à cette même séance qu'est proclamée la nouvelle de la prise de Toulon sur les Anglais. Cet événement considérable avait eu lieu le 19, et il s'est écoulé six jours avant que la Société montagnarde en soit instruite.

Je remarquerai à cette occasion, et le lecteur aura peut-être déjà remarqué avant moi, que les événements militaires auxquels, après un siècle écoulé, l'histoire s'intéresse avec le plus de passion et de curiosité, passent quelquefois à peu près inaperçus aux yeux des Jacobins

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provinois. La canonnade de Valmy — pour ne citer que cet exemple — et la retraite des Prus> siens, c'est-à-dire la délivrance du territoire envahi, les laissent si indifférents que pas une parole n'est prononcée à la tribune à ce sujetlà. En revanche, on l'a vu, on salue par de frénétiques acclamations chacune des fins d'actes de notre sombre tragédie révolutionnaire. Toute tête qui tombe est saluée par une oraison triomphale.

La prise de Toulon est le premier événement militaire qui excite l'enthousiasme de la Société populaire. Cette nouvelle a le privilège de faire la plus profonde impression sur les esprits.

Non seulement la Société décrète une fêle publique pour célébrer la prise de Toulon, mais encore elle adresse une lettre de félicitations aux braves défenseurs de Toulon (lisons vainqueurs).

II nivôse an II (3i décembre 1793). — La séance est prise à peu près entièrement par la littérature. On prononce un éloge assez touchant du jeune héros Barra. Puis on assiste à la lecture d'une composition poétique sur le siège de Toulon. Ces vers, qui ont été mis en musique, sont chantés par un membre avec un succès

brillant. On les juge fort remarquables et on les salue avec d'autant plus de faveur qu'ils ont pour auteur un tout jeune compatriote, le fils du représentant Christophe Opoix. C'est la révélation d^un talent à son aurore, et le président est invité à adresser au jeune poète une lettre pour le féliciter et pour « l'engager à continuer un art pour lequel il montre de si heureuses dis-positions ».

Ce favori des muses, ou tout au moins de la Société montagnarde, né à Provins le 22 juillet 1777, était alors âgé de seize ans. Il continua à écrire en vers, peut-être en souvenir de ce premier succès. On lui doit un poème sur VArt forestier, écrit dans la manière de Vabbé Delille (Vleaux 1819).

Discours pour les souliers. — Nicolas- Victor Arnoul. — Départ des volontaires. — Jean Boyer. -^ Le drapeau offert par les Provinoises. — Les jeunes filles de Ghalautre. — Le cavalier n* i. — Belle- Joyeuse songe aux pauvres du fond de sa prison. — Discours amusant pour la destruction des garennes. — Maure, réprésentant du peuple, commissaire de la Convention. — Le cavalier n" a. — Gharlet. — Questionnaire pour interroger les candidats ou les membres soumis à Tépuration. — Lcole de salpêtriers à Provins. — Nombre des membres, cotisation mensuelle. — Michelin se lave d*une accusation. — Le cavalier n* 3. — Provins a bien mérité de la Patrie. — Défrichement en musique. — Les cimetières, le canal, la bibliothèque de Provins. — Le cavalier n° 4. — Pour aller au bois. — Le cavalier n° 5. — La fête des collégiens ; Barra. — Fondation d*une école de filles. — Fête de l'Ltre suprême, — Le cavalier n° 6. — Une héroïne. — La prise de Charleroi. — La citoyenne Labille, providence des détenus. — Victoire de Fleurus. — La citoyenne Tavernîer. — Projet d*un hôpital militaire à Provips. — Destruction de la porte Changis. — La moisson par tous. — Le canal. — Gharriot, bibliothécaire. — La chute de Robespierre. — Mort de Guillard. — Encore la citoyenne Tavernier. — Le salpêtre. — Maure, représentant du peuple. — Vaisseau l'Agricole. — La cinquième sans-culotlide. — Une batteuse avant la lettre. — Soulèvement des boulangers. >— La Société change son nom. —

170 LES JACODI^rS PEITITS PAR EUX-MÊMES

Doyen, ex-gcncral. — Provins dénoncé I — Avoir de la Société. — Chanson patriotique par le citoyen Christophe Opoîx, député de Provins.

i3 nivôse an II (2 janvier 1794). La pluie des dons ne se ralentit pas. La récapitulation du trimestre écoulé donne le résultat suivant : Du 26 septembre au i3 nivôse il a été déposé :

Chemises 1.075

Paires de bas 5 1

Cols 54

Paires de souliers 34

Paires de guêtres 3

Argent et assignats 1.168 francs.

Linge pour charpie, nappes (18)

pour faire des bandes. . . . Mémoire,

Pour une population qui à cette époque ne dépassait pas 65oo habitants et pour un temps où tout le monde était plus ou moins pauvre, ToITrande paraîtra honorable.

En examinant ces chiffres, on est tout de suite frappé de la pénurie relative du lot des chaussures. Il faut songer que le prix d'une paire de souliers rendait cette offrande plus onéreuse que les autres.

A celte occasion un cîtoyen monte à la tribune.

(( Citoyens, dit-il en substance, le premier besoin du soldat, ce sont les souliers. Comment voulez-vous que pieds nus il exécute des marches longues et pénibles? Comment voulez- vous que pieds nus il se batte à Taise? Lui envoyer des chaussures, c'est donc, pour la nation qu'il défend, le premier devoir. Voici ce que je propose. Je fais appel au dévouement de chacun, je m'adresse au cœur des femmes. Toutes elles ont à la frontière, soit un fils, soit un frère, soit un fiancé. Défaisons-nous de nos souliers, nous qui ne nous battons pas, nous qui, dans les conditions où nous vivons, pouvons plus aisément nous passer de chaussures de cuir. Envoyons nos souliers à nos soldats et contentonsnous de sabots. »

En lisant ces paroles, prononcées avec gravité et conviction, souliers à part, ne se croirait- ; on pas transporté aux âges héroïques de la Grèce et de Rome ? On regrette que le procès- 1 verbal ne mentionne pas le nom de ce Spartiate provinois, car ce nom méritait de ne pas périr.

La Société, électrisée par cette rude éloquence, prend à l'instant un arrêté sur cet objet... mais garde ses souliers.

Voici une preuve bien curieuse et bien tou-

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chante de la solidarité qui anime les patrioles de cette époque. Un citoyen propose, en vue de répondre à une nécessité sociale, la création d'une commission de bienfaisance. A titre provisoire cette commission comprendra douze citoyens et douze citoyennes. La Société adopte cette idée et en vote la réalisation. Après avoir lu ces lignes, ne jugez-vous pas avec moi que ridée première de Yassislance publique et des sociétés de bienfaisance, telles qu'elles fleurissent a nos yeux, revient à la Société montagnarde provinoise?

Le reste de la séance oflre des incidents d*un caractère moins sérieux, sans doute, mais non moins intéressants.

Un membre demande à chanter des couplets patriotiques sur la prise de Toulon.

Un autre membre objecte fort sagement que, à la suite d'une délibération, la Société a décidé que désormais on ne chanterait plus aux séances que les décadis.

Mais le chansonnier ne se démonte pas. Avec une verve endiablée, il s'écrie :

(( Citoyens, on chante partout sans se soucier des dates du calendrier. Nos soldats vont au combat, je veux dire à la victoire, en chantant

la Carmagnole ou la Marseillaise, et quand ils combattent et quand ils triomphent, savent-ils le quantième? Pourquoi ne pas faire comme eux?... Pourquoi ne pas chanter quand l'occasion nous y invite? »

La Société, endammée par cette apostrophe, décide que Farrêlé précédent mérite d'être rapporté, le rapporte à l'instant, et donne la parole au chanteur.

Succès pyramidal !

17 nivôse an II (6 janvier 1794). — Le citoyen Descombes, ancien agent des subsistances de la République, est détenu à la Force, à Paris. La Société, après délibération, arrête qu'elle s'intéresse à son sort et que dans toutes les occasions elle a vu en lui un vrai et pur républicain, un patriote irréprochable.

On remarquera, en passant, que cette obligeante recommandation de la Société montagnarde n'a pas été d'une grande utilité, puisque le citoyen Descombes fut guillotiné.

Au nombre des nouveaux membres reçus dans cette séance, je relève le nom de Victor Arnoul, maître de la poste aux chevaux.

Nicolas-Victor ArnouL né à Provins le 23 novembre 1 762, était alors âgé de trente-deux ans.

Il était le deuxième fils de Jean Arnoul, comme lui mallre de postes à Provins, et fut le père de Victor Arnoul, l'un des bienfaiteurs de Provins et dont la municipalité reconnaissante a donné le nom à Tune des principales rues de notre ville.

Nicolas-Victor Arnoul mourut en i83i, à Tâge de soixante-neuf ans. Il était le frère de mon grand-père maternel, Louis Arnoul.

20 nivôse an II (9 janvier 1794). — La loi sur le maximum est bien impopulaire et d'une application bien difficile. On signale de tous côtés des récalcitrants. La Société arrête que tout membre de la Société qui se sera rendu coupable d'une infraction à cette loi bienfaisanté, sera immédiatement expulsé.

Mais ce n'est pas tout, et le secrétaire Marat (un beau nom pour un Montagnard !) nous rend compte d'une façon très explicite de tous les dé~ tails de l'affaire.

(( Un membre ayant représenté que la loi du maximum est sans exécution, tant dans cette commune que dans celles du district, que les marchandises se vendent un prix exorbitant, que la plupart des communes de campagne se refusent même à apporter au marché public les

différents objets de première nécessité, que la pénurie se fait sentir d'une façon effrayante, la Société décide qu'il sera adressé par elle aux différentes autorités constituées une députation à l'effet de les inviter à faire exécuter la loi sur le maximum, et que, pour tranquiliser (sic) les citoyens sur les différents accaparements qui peuvent avoir lieu, soit à la ville, soit à la campagne, inviter les dites autorités à faire sur-lechamp des visites domiciliaires à l'effet de connaître les différentes denrées qui pourraient s'y trouver et les accapareurs dénoncés aux autorités pour être punis selon la rigueur des lois. La Société nomme pour commissaires les citoyens... »

Adopté à l'unanimité.

Le public qui assiste aux séances ne se comporte pas toujours avec la décence qu'exigerait la gravité du lieu. On se plaint sans cesse du tumulte qui trouble et parfois interrompt les orateurs. On décide que deux censeurs supplémentaires seront ajoutés à la police locale. Ils sont nommés séance tenante.

Un incident à noter.

Le maître d'école de Rouilly a été dénoncé I comme yha/ear de fanatisme . De toutes les accu-

176 LES JACOBINS PEINTS PAR BUX-UÉMBS

salions celle-ci est la plus terrible. La dénonciation a eu lieu à la séance précédente. Comme le pauvre homme sait le sort qui l'attend, il ne perd pas un jour. Il accourt pour présenter sa défense. Les détails de cette défense sont passés sous silence par Tauteur du procès-verbal, et nous le regrettons. Mais, après une discussion assez vive, l'inculpé demande qu'il lui soit délivré copie de l'acte d'accusation porté contre lui. La demande parait légitime. Mais la Société est féroce contre les fanatiques. On répond à rinculpé que l'accusation étant verbale, on ne peut donner copie d'une accusation non écrite. Le prétexte du refus paraîtra un peu jésuitique. Mais en 179^ il était permis à une société révolutionnaire de ne pas se laisser intimider par des scrupules de conscience.

27 nivôse an II (16 janvier 1794). — A l'instigation des membres de la commission des subsistances et approvisionnements de la République, les sociétés populaires sont invitées à former dans leur sein des commissions destinées à éclairer les administrateurs et agents, de réunir et d'envoyer tous les renseignements utiles à la République. En conséquence, on arrête qu'un comité de vingt-quatre membres sera

nomme. Sa durée sera de trois mois. Au bout de ce temps il sera renouvelé par moitié. Séance tenante, les vingt-quatre membres sont nommes.

Détail assez curieux et qui jette un jour nouveau sur la difficulté oii Ton était alors de fournir à tous les départements les objets de première nécessité. Un membre informe la Société que la commission des subsistances, répondant à une question qu'il lui avait posée, dit que les savons fabriqués à Marseille ont été distribués par le gouvernement entre tous les départements, et que chaque chef- lieu a été invité à en faire la répartition entre les districts. On voit par là avec quelle sollicitude le gouvernement républicain veillait aux intérêts matériels de la nation.

3 pluviôse an II (23 janvier 1794). — Au nombre des dons patriotiques qui continuent à affluer sur la table, en voici un qui ne manquera i

pas de piquer la curiosité des archéologues. Un citoyen dépose comme offrande le poignard de Brûlas. Quelle trouvaille I

5 pluviôse an II (24 janvier 1794). — Départ des volontaires pour l'armée. Tambours battants, ils entrent dans la salle aux applaudis-

sements des Montagnards et de la population.

Le capitaine qui les commande monte à la tribune et prononce un discours énergique pour affirmer que ses soldats et lui ne demandent qu'à vaincre ou à mourir pour la République.

Nous qui savons avec quel héroïsme ces braves gens-là ont tenu leur parole, inclinons-nous respectueusement devant leur mémoire, et, vienne l'occasion, souvenons-nous d'eux.

Comme dans une fête montagnarde il est impossible de ne pas finir par des couplets patriotiques, une chanson a été composée pour la circonstance. Elle a pour auteur le citoyen Vaulgeard, ex-oratorien, et elle est interprétée par le citoyen Louis-Martin Hérault, tous deux membres de la Société.

Le citoyen Louis-Martin Hérault^ qui au I*' septembre 1849 vivait encore, se ressouvenait de cette chanson, qu'il avait chantée cinquante-sept années auparavant et qui lui avait valu, à lui ainsi qu'à l'auteur, un succès dû plutôt aux circonstances et à l'état des esprits qu'au mérite littéraire. Toutefois, à titre de spécimen du genre et de curiosité bibliographique, je me ferai un devoir d'en reproduire ici plusieurs couplets. Puisse l'Ombre du

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citoyen Vaulgeard se réjouir de celte glorification posthume I

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