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serment entre les mains des officiers civils et signer le procès-verbal de la dite prestation. »
26 mai. — La Société, réunie en séance extraordinaire, arrête qu'une députation de 17 membres sera envoyée pour se joindre aux autorités et aux corps constitués dans la cérémonie de la réception de monseigneur Vévêque constitutionnel Thuin à son arrivée à Provins.
29 mai. — L'évêque Thuin a été reçu parles autorités et par la Société avec tous les honneurs dus à sa dignité. En sa qualité de membre de la Société jacobine de Meaux, il a rendu visite à la Société jacobine de Provins. Celle-ci a été très contente de son attitude. Une adresse est envoyée à l'Assemblée nationale, aux Jacobins de Paris et à la Société de Meaux pour relater le fait. Voilà un évêque qui ne manquera pas de certificats de bonne conduite.
8 juin. — Une anecdote qui serait négligeable si elle ne prouvait pas à quel point les puissances légales commençaient à subir la domination de la Société.
Au milieu de la séance, un membre arrive du dehors. Il annonce qu'un bien triste événement vient de se produire en ville. Un perruquier a reçu un coup de fusil. Il est grièvement
blessé. Le coup a été tiré par le ci-devanl doyen du ci-devant chapitre de Notre-Dame. Accident ou crime, on ne sait. Le public, naturellement, accuse le ci-devant de préméditation. La Société populaire n'hésite pas à partager ce sentiment, disons cette conviction. Elle somme l'accusateur public de s'occuper immédiatement de l'affaire^ Le magistrat est assez faible pour se mettre aux ordres de la Société et pour Tinviler à lui envoyer les noms et prénoms des témoins. La Société dresse à la hâte cette liste et la lui envoie.
i4 juin. — La Société, qui est établie au couvent des Cordeliers depuis le 17 mars, s'y trouve un peu trop à l'étroit. Elle a demandé à la municipalité l'autorisation de s'installer dans une salle basse de Notre-Dame-du-Val pour ses séances de la semaine, et dans l'église ellemême pour ses séances publiques des dimanches. Le 1 4 juin, la permission lui est accordée. Elle n'avait donc habité les Cordeliers que durant trois mois.
20 juin. — On nomme une commission pour prier la municipalité de demander aux Oratoriens qu'ils veuillent bien consentir à enseigner aux enfants de la ville les premiers principes
da latin, et en même temps les Droits de Vllomme,
La Société populaire de Rochefort met en avant et communique à la Société de Provins une idée nouvelle. Il s'agirait de venir en aide à l'Etat en lui procurant des troupes qui ne lui coûteraient pas d'argent. Voici le projet. On ouvrira une souscription pour lever et organiser des gardes nationaux destinés à renforcer l'armée active. Tous les Français qui, pour un motif quelconque, ne pourront pas marcher devront payer une somme d'argent destinée à payer ceux qui marcheront. C'est, sous ime forme enfantine, la première idée du système du rachat.
20 juin. — La Société se trouve un peu à l'étroit dans le local que la municipalité lui a permis d'occuper au ci-devant couvent des Cordeliers pour ses séances. Elle prie la municipalité de vouloir bien mettre le comble à sa gracieuseté en l'autorisant à occuper, en outre, une autre salle destinée aux séances du Comité.
6 juillet. — Grande préoccupation provinoise :
Un décret de l'Assemblée nationale du
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3o mai 1791 ouvrait au Panthéon les cendres de Voltaire.
La translation des cendres de Voltaire de Tabbaye de Sellièreis, près Romilly en Champagne, à Paris, fut Toccasion de fêtes nationales sur tout le parcours.
Provins fit à Voltaire une réception magnifique (7 juillet 1791). Dès le matin, un piquet de cavalerie alla au-devant de lui sur la route de Sourdun et lui fit escorte. Les officiers municipaux, les membres du conseil de la commune, ceux du directoire du district de Provins et une députation du directoire du département, sans compter les délégués de la Société populaire, allèrent le recevoir à la porte de Changis.
Là on prononça de nombreux discours. Une circonstance faillit gâter la fête. Le char funèbre se trouva trop haut pour la porte et ne put passer. On fut forcé de le faire cheminer, vraisemblablement avec quelques difficultés, par les dehors (le long de la fausse rivière), et de le faire entrer en ville par la porte des Bordes. Cette partie du boulevard extérieur prit alors le nom de boulevard Voltaire, qu'il garda longtemps. On peut regretter qu'il ne Tait pas coa-
serve toujours en souvenir de révénement.
Le lendemain, 8 juillet, le char funèbre, qui avait passé la nuit devant la maison de ville, se remit en marche avec la même pompe et se dirigea sur Nangis, oii il reçut un accueil non moins patriotique.
Le rôle de la Société populaire dans cette grande solennité fut le suivant :
La municipalité de Paris avait envoyé à Provins à cette occasion un de ses membres, le sieur J. Charron, ancien président de la fédération.
Ce personnage officiel fut reçu en séance avec tous les honneurs auxquels il avait droit. Il prononça un discours auquel deux membres répondirent tour à tour. Puis on arrêta qu'une députation de la Société accompagnerait le corps.
Enfîn on obtint du sieur Charron la promesse qu'il ferait insérer son discours à la suite du procès- verbal de la translation des cendres du grand homme. Le sieur Charron accorda cette faveur à la société, et, par politesse exquise, demanda les discours des deux membres qui lui avaient répondu, afin de joindre ces discours au sien. Très bien élevé, le sieur Charron.
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Il est bon de noter ici une particularité assez piquante. C'est que, treize années auparavant, le corps de Voltaire avait déjà traversé Provins, mais dans le sens inverse. On sait comment, à la suite de tracasseries de la part du clergé, le neveu de Voltaire avait été amené à transporter le cadavre de son oncle à l'abbaye de Sellières. Avec beaucoup d'babileté le mort embaumé fut fixé dans l'un des coins d'une chaise de poste et y fut installé de manière à figurer un voyageur vivant. Ce fut dans cet état qu'il passa à Provins le i'*^ juin 1778. L'abbé Pasques, qui était alors âgé de trente-quatre ans, affirme dans son Histoire manuscrite de Provins avoir va le cadavre de Voltaire « vêtu d'une robe de chambre et coiffé d'un bonnet de nuit ».
Bien que je laisse à l'abbé Pasques, historien de Provins, toute la responsabilité de cette anecdote, néanmoins je dois reconnaître que son récit n'est nullement en désaccord avec celui des biographes de Voltaire. Je transcrirai notamment les lignes suivantes que j'emprunte à la Vie de Voltaire, ouvrage anonyme paru à Genève en 1787 et qui a pour auteur l'abbé du Vernet.
« On pouvait, dit l'abbé, contraindre le curé
de Sainl-Sulpice à inhumer Voltaire, qui, né dans le christianisme, n'avait jamais dans le cours de sa vie rompu aucun des liens extérieurs par lesquels un catholique tient au giron de l'Eglise. Nulle censure ne l'en avait séparé. Mais on soupçonna que le jeune curé ne cherchait qu'à faire un éclat pour se donner de la célébrité, et l'on ne voulut pas lui en laisser le plaisir. La prudence des philosophes prévint le zèle des prêtres. On embauma le corps de Voltaire ; on obtint un ordre pour le faire sortir de Paris, et, pendant la nuit, on le porta dans une chaise de poste chez les religieux de Sellières, dont son neveu était abbé. »
Ces détails précis semblent confirmer la justesse des souvenirs de l'abbé Pasques.
20 juillet. — La Société populaire de Saint- Denis (près Paris) voudrait que chaque district se chargeât de fournir à l'armée deux canons. Le ministre de la guerre préférerait peut-être à ces canons-là l'argent nécessaire à les fabriquer.
7 août. — Les prêtres non assermentés ou réfractaires se réunissent au couvent de la Congrégation, Il faut les mettre en demeure de prêter le serment, puisqu'ils sont fonction-
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naires. On envoie une adresse à ce sujet à la municipalité.
Un petit malentendu qui prouve avec quelle sotte exagération la Société de Provins monte la garde autour des décrets de TAssemblée nationale. Dans les bois d'Ârmainvilliers. on confectionne des piquets de tentes pour l'État. Par erreur, les habitants d'Ozouer-la-Ferrière, commune voisine, ont cru devoir arrêter des chariots chargés de ces piquets. Informations prises, les chariots ont été relâchés. A cela se bornait TalTaire. Mais la Société populaire de Provins prend feu là-dessus, et elle envoie à ce sujet une adresse terrible à la municipalité pour dénoncer cet attentat.
19 octobre. — Les Oratoriens, insensibles à l'adresse de la Société, n'ont pas répondu. Peutêtre se sont-ils dit : ce De quoi se mêlent ces gens-ci? Ce n'est pas leur affaire. » On décide qu'une députation leur sera envoyée. On y tient.
Dans toute société, la question qui prime toutes les autres, c'est la question des finances. Depuis quelque temps les recettes sont en souffrance. Chacun se refuse à l'obligation patriotique, des que, au lieu de paroles, il s'agit de
cotisation. Une mesure radicale est prise. On enverra aux sociétaires un avis pour les mettre au pied du mur : « Oui ou non, voulez-vous payer? Si oui, vous restez des nôtres; si non, vous êtes rayé. On vous laisse jusqu'au i" novembre pour réfléchir. »
Langage clair.
22 octobre. — Un peu de gâchis. Le citoyen Varin, trésorier, n'en veut plus, décidément. Comme on le suppose aisément, il est las de réclamer toujours des cotisations à des patriotes qui ne veulent jamais les payer.
I*' novembre. — Conformément à l'ultimatum lancé le 19 octobre contre les membres qui ne veulent pas répondre aux appels du trésorier, tous les récalcitrants sont déclarés déchus et cessent d'appartenir à la Société.
Un nouveau tableau des sociétaires sera établi.
18 décembre. — Graves préoccupations relatives à la désertion des séances. On ne vient pas. Deux braves sociétaires se dévoueront et iront k domicile réchauffer le zèle des frères et tâcher de ramener au bercail ces brebis qui s'égarent.
19 décembre. — On redoute un danger. Il est question de supprimer deux paroisses. Dans
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le cas où celle de Sainte-Croix serait supprimée, des troubles sont à craindre. On écrit aux Jacobins. C'est le grand recours. Les Jacobins appelés à intervenir dans une affaire de cette nature, voilà une surprise à laquelle nous n'étions pas préparés.
• A propos de ce projet de suppression de paroisses à Provins, je citerai les quelques lignes suivantes du Décret de l'Assemblée nationale en date du 28 février 1792 (an IV de la Liberté) et promulguée par Louis, roi des Français par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle :
Article premier. — Il y aura, pour la ville de Provins, une seule paroisse qui sera desservie sous le nom et dans l'église de Sainte-Croix. Les autres paroisses sont et demeurent supprimées, et ce conformément à l'article i5 du titre I^' de la loi sur la constitution civile du clergé.
Art. 2. — La ville de Provins étant divisée en deux parties inégales et leur position rendant les communications entre elles très di£Bciles et souvent périlleuses, les églises de Saint-Quiriace et de Saint- Ayoul seront conservées comme succursales. Le ressort de chacune desdites suc-
cursales aura pour limites celles que le directoire du déparlement a proposées dans son arrêté, lequel arrêté restera annexé au présent décret...
(Suit l'extrait du registre des délibérations de r Assemblée directoriale du département de^ Seine-et-Marne.)
Quelqu'un propose de modifier le nom de la Société. Il exprime le vœu qu'elle s'appelle désormais Société constilulionnelle. Solution ajournée.
► Hôglcmcnt de la Société. — Pierre Désert. — Christophe Opoix députe de Provins ; son discours.
8 mai 1792. — Quatre mois d'intervalle entre la dernière séance et celle-ci.
Une lettre des administrateurs du district, en date du 26 avril, constate que la Société est en butte aux agissements de ses ennemis et qu'on cherche à la dissoudre. Du resle, on lui souhaite bonne vie.
8 mai. — Une lettre adressée par les Jacobins de Paris à un particulier de Provins lui demande des nouvelles de la Société. On s'inquiète à Paris de ce long silence. La lettre est signée Clavière. On voit par là : 1° que les Jacobins veillaient avec soin sur leurs affiliés; 2° qu'ils entretenaient avec des particuliers une correspondance et des relations susceptibles de les éclairer sur ce qui se passait dans les socié-
lés jacobines de province. Il est clair que la Société de Provins était honnêtement espionnée par un honnête mouchard, peut-être inconscient.
7 juin. — Un innocent propose d'avancer les fonds nécessaires pour l'achat de io8 almanachs du Père Girard, destinés à être offerts aux io8 maîtres d'écoles du district, avec une lettre-circulaire les engageant à élever les enfants d'après ce catéchisme. Accepté.
j G juin. — La Société semble renaître à la vie. Comme un navire qui s'est allégé de son superflu pour faire face à la tempête, elle surnage et vogue sans nouvelles menaces. Les adhésions se succèdent rapidement.
Un nouveau règlement est adopté. Comme il a été publié rarement des règlements de sociétés populaires, je publierai celui-ci in extenso :