ACTE I, SCÈNE IV I
Soyez jaloux, Richard ! mais j'ai l'âme occupée
Du Prince, et veux pour lui combattre les Anglais,
Sur mon poney de chasse, avec des pistolets
Et tout un arsenal de guerre à ma ceinture ;
Et j'ai la passion de ce Roi d'aventure,
Qui vient, joyeux, comptant sur sa seule valeur.
Conquérir un pays comme on cueille une fleur.
LORD FINGALL.
O Dora ! J'aime tout en vous, ma chère folle,
Et je souris devant votre grâce frivole.
Je craindrais, en calmant cette gentille ardeur,
De vous faire l'effet d'un vieux mari grondeur...
Cependant le moment est grave et difficile,
Et ce n'est pas un jeu que la guerre civile.
Vous y courez, Dora, comme on part pour le bal :
Déjà vous vous voyez en habit de cheval,
Le sabre au flanc, ayant au corsage une rose...
Moi, je songe à Dundee et je songe à Montrose,
Je songe à tout le sang déjà versé pour rien I
Oh ! sans doute, je suis prêt à donner le mien
Sans marchander; car, dans nos vieilles seigneuries.
Nous sommes, en naissant, cavaliers et tories.
Et ce proverbe a cours dans tous les clans du Nord :
« Quand Stuart est vaincu, c'est que Fingall est mort... »
Mais tous ces pauvres gens !... Elle sera coûteuse,
Cette guerre! et je crois la victoire douteuse;
Car je connais, hélas 1 notre sanglant passé.
Nos révoltes toujours ont ainsi commencé Par des cris de triomphe aux lueurs des épées. Et toujours ont fini par des têtes coupées Et des champs de carnage où planent les corbeaux... N'importe! Puisqu'on a déployé les drapeaux. Qu'un Stuart est veiiu, que le pibrock résonne, Nous partirons tous deux, ma vaillante amazone, Nous suivrons les tambours du Prince aventurier. Et votre vieil époux vous tiendra l'étrier.
DORA
Eh bien! moi, je vous crois, Richard, mauvais prophète.
Rien ne peut m'empêcher d'avoir le cœur en fête.
Dans son parti, le Prince a les femmes!... Il a
Les femmes! C'est le point important. Tout est là.
Ces Londonners, des gens de banque et de négoce,
Résister à l'effort de l'héroïque Ecosse!
Allons donc ! Si l'on veut, je tiens tous les paris,
Mon cher lord ! mais, pour moi, Londres est déjà pris,
Et les Anglaises ont des pudeurs saugrenues
Devant nos montagnards montrant leurs jambes nues ;
Le massif Électeur qu'ils appellent leur roi
Et son fils, le fâcheux vaincu de Fontenoy,
Du Hanovre ont déjà repassé la frontière;
Je suis duchesse; vous avez la Jarretière;
Jacques trois règne; et, seul, le héros valeureux,
Le beau Charle-Édouard, le Prince, est malheureux,