‹ Les Jacobites; drame en cinq actes en vers, représenté pour la première fois sur le théatre national de l'Odéon, le 21 novembre 1885Chapitre 27 sur 80 · LE PRINCE, MARIE · texte numérisé non relu

LE PRINCE, MARIE

Sous la tente.

LE prince.

Eh bien! ma chèfre enfant?... Parle vite. J*écoute.

MARIE

Il faut lever le camp, il faut vous mettre en route,

Monseigneur, cette nuit même; car les Anglais

Sont toujours à Newcastle... Altesse, évitez-les,

Passez vite la Tweed, et prenez de l'avance,

Et Carlisle est à vous... Carlisle est sans défense.

J'en viens. Je n'ai vu là que bourgeois effrayés.

Montant la garde avec de vieux fusils rouilles.

Et quinze ou vingt canons sur un rempart qui croule.

C'était jour de marché. J'ai traversé la foule.

L'oreille au guet; et tous disaient, sur mon chemin,

Que la ville serait prise d'un coup de main.

Pour être revenue avec plus de vitesse

Et donner la nouvelle heureuse à Votre Altesse,

J'ai marché nuit et jour... La route est libre... Allez î

LE PRINCE

Certes, j'y vais!... Et si ces bourgeois affolés Osent nous envoyer un seul coup de mitraille. Je jette mon bonnet par dessus la muraille ; Mes bons Fingalls l'auront bien vite retrouvé; Et je prendrai Carlisle, et sur son vieux pavé Les fers de mon cheval feront des étincelles, J'en réponds 1...

Voyant Marie s'appuyer d'une main a la table.

Mais qu'as-tu mon enfant > Tu chancelles

ACTEIIjSCENEIH 47

MARIE

Prince, je vous l'ai dit, j'ai marché nuit et jour,

LE PRINCE, à part.

Oh 1 que de dcvouement, Ecosse, et que d'amour ! Et combien, chaque jour, tu me deviens plus chère 1

// force Marie a s* asseoir sur le fauteuil.

Repose-toi, fidèle et brave messagère !

Car je dois mes soldais, Marie, à ton aïeul.

L'aveugle que jamais tu n'avais laissé seul

A voulu, par un rare et dernier sacrifice,

Que son unique enfant fut toute à mon service;

Et tandis qu'il exalte encor mes bataillons.

Toi, sachant qu'on ne peut suspecter tes haillons,

Parmi mes ennemis, et sur leur territoire.

Tu cherches le chemin qui mène à la victoire...

Ton Prince est là; mais reste assise devant lui,

Fille du mendiant, qui peut-être aujourd'hui

Sous ton manteau troué m'apportes la couronne !

C'est l'Ecosse lassée à qui j'offre mon trône.

Et tout ému, devant le mal qu'elle a souffert.

Je veux rester debout...

// ôte son bonnet.

et le front découvert I

MARIE, se jetant aux pieds du Prince et lui baisant la main* Monseigneur 1...

LE PRINCE

Mais il faut partir cette nuit même, As-tu dit >... Adieu donc^ enfant ! Ton Prince t'aime.

Lui offrant sa bourse.

Prends ceci.

MARIE

De l'argent !

LE PRINCE

Sers-t'en pour me servir, Et garde seulement, Marie, en souvenir De ce temps de combats, de périls et d'alarmes, Cette bourse de soie et brodée à mes armes. Au revoir!

MARIE, // part, douloureusement.

De l'argent !

Le Prince, tous les Personnages de la Scène

PREMIÈRE, MARIE (dans LA TeNTE).

LE PRINCE, sortant de la tente et appelant. Messieurs !.. . Venez 1

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