ACTE V, SCÈNE II I
ANCUS
Soit I restons, puisque c'est ton caprice... Tu vois.
Je fais ce que tu veux, chère fille adorée.
Mais c'est égal, tu n'es pas sage. La soirée
Est trop froide, et j'ai peur de ce vent automnal;
Car, depuis ces derniers huit jours, tu vas plus mal...
Chaque matin, je sens, ma petite Marie,
Ta main, ta chère main, plus chaude et plus maigrie.
L'autre nuit, tu toussais beaucoup... Tu n*es pas bien I,
Si tu te reposais, cela ne serait rien...
Tu ne veux pas... Voilà ce qui me désespère...
Ah! que j'ai de chagrin !
MARIE
Pardonnez-moi, grand-père.
Si je n'ai pas un peu d'espoir à vous offrir... Mais je vous mentirais... Car je me sens mourir!
ANGUS
Dis donc que tu le veux, enfant méchante et folle !
Tu répètes toujours cette affreuse parole.
Et tu n'as pas pitié du vieillard tout en pleurs I
MARIE
Grand-père, ce n'est pas ma faute... mais je meurs! Vous-même l'avez dit bien souvent... dans mon âme L'amour du cher pays brûlait comme une flamme. Le héros, qui pouvait seul changer nos destins.
Est vaincu, la patrie expire, et je m'éteins
Comme un feu de berger sur qui tombe la neige...
L'Ecosse va cesser d'être !... Pourquoi vivrais-je?
Mais, avant de mourir, je voudrais le revoir,
Ce Prince malheureux et charmant, et savoir
Que sa vie est sauvée et qu'un bon vent le pousse.,.
Et l'agonie enfin me semblerait plus douce,
Et le dernier moment me serait moins amer,
Si; regardant du pont de son navire en mer
La falaise pâlir et fondre dans la brume,
Il pouvait voir encore, au dessus de l'écume.
Suprême souvenir de l'Ecosse à ses yeux.
Cette main agitant le signal des adieux I
ANGUS
Et c'est mon oeuvre, hélas ! c'est mon oeuvre !
MARIE, qui était assise a côté d'Angus, a peu à peu glissé jusqu'à terre, ou elle est à genoux,
La bise Souffle bien fort, grand-père, et le froid m'a surprise.
ANGUS
Prends mon manteau, bien vite l...Iltient chaud, quoique vieux.., Enveloppe-toi bien.
MARIE, s' enveloppant du manteau.
Je me sens déjà mieux...