‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 119 sur 217 · Lettre de Lagault · texte numérisé non relu

Lettre de Lagault

que des 1'entree, nous eutnes le pape en face, environ a dix pas de nous. A un pas de Ja chairede Sa Saintete, il y avait de chaque cote deux banes a dos qui etaient de bois ornes de peintures... II y avait deux de ces banes de chaque cote en droite ligne, en sorte qu'ils faisaient les deux cotes d'un parquet carre, au milieu duquel il y avait sur le plancher un tapis de Turquie... Les quatre cardinaux etaient assis sur ces banes et ils avaient leurs bonnets sur la tete... Les consulteurs etaient tous debout, et tete nue derriere et du long des banes ou les cardinaux etaient assis. Le ca,rre que ces banes et ces personnes ainsi disposees faisaient, etait ouvert et vide du cote de la porte, vis-avis du pape, et il etait justement de la grandeur qu'il fallait raisonnablement afln que nous puissions y etre tous cinq de front. C'est pourquoi, pour occuper toute cette place, M. 1'abbe de Valcroissant se mit au milieu, le P. Desmares a sa droite, moi a sa gauche, M. Manessier a la droite du P. Desmares, et M. Angran a ma gauche.

Quancl nous fumes ainsi ranges jusque sur Je bord du tapis de pied, nous y fimes tous une genuflexion, et au meme instant le pape nous fit signe de la main de nous lever et nous dit ce mot: Proponite, Dites ce que vous avez a dire. M. 1'abbe de Valcroissant ayant pris haleine, quand il commenca la harangue, il fit encore une genuflexion en disaut : Beatissime Pater, et nous tous avec lui. Nous nous levames aussitot et il continua sa harangue posement et gravement et Fanima d'une fagon tres-forte et tres-agreable (1).

L'abb6 de Valcroissant parla deux heures et demie, toujours tres-fortemenl et tres-agreablement. Saint- Amour interrompit son collegue et, non moms fortement et non moins agr6ablement, se livra entre deux pieuses genuflexions a une improvisation ou il d6voila tous les exces des Jesuites et les injures horribles du P. Adam en particulier contre saint Augustin. Le P. Desmares parla plus fortement, plus agr6ablement, plus longuement encore. II n'acheva pas son discours. A la fin de sa premiere partie, le jour etant beaucoup diminu6, il ne pouvait presque plus lire les passages qu'il citait et qu'il avait et6 oblig6 d'6crire dans un papier, ce qui le fit douter s'il entrerait dans la seconde partie. S'etant un peu arrete en ce doute, le pape et toute I'assembl^e demeura dans le silence, et ses collegues lui dirent tout bas qu'il continuat, parce que le pape attendait cela. Mais il commenga si tard sa seconde partie qu'il fut oblige de quitter sa place deux ou trois fois avec quelque sorte d'indecence pour aller a la fenetre lire

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