‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 155 sur 217 · Ibid., t. III. p · texte numérisé non relu

Ibid., t. III. p

J'ai autant de joic dc vous trouver gai dans la solitude quo j'avais de douleur quand je voyais que vous etiez dans le monde. Je ne sais neanmoins comment M. de Sacy s'aceommode d'un penitent si rejoui, et qui pretend satisfaire aux vaines joies et aux divertissements du monde par des joies un pen plus raisonnables et par des jeux d'esprit plus permis, au lieu de les expier par des larmes continuelles. Pour moi, je trouvc que c'est une penitence bien douce, et il n'y a guere de gens qui n'en voulassent faire autant. Je m'en rapporte pourtant bien a sa conduite et en demeure fort en repos (1).

. J'ai mon brouillard et mon beau temps au-dedans de moi dira Pascal dans ses Pensees. Le beau temps qui r6gnait dans son ame, a son entree a Port-Royal, fit bientot place au brouillard. Sans doute les doux souvenirs du monde, qui le poursuivaient dans sa cellule, ramenaient trop vivement la pens6e vers ce qu'il avait quitte. II voulut les amortir sous les coups de la penitence. Son humeur bouillante 1'emporta a des exagerations d'auste>ite que sa soeur fut obligee de blamer :

On m'a fort congratulee par la grande ferveur qui vous eleve si fort au-dessus de toutes les manieres communes que vous mettez les balais au rang des meubles superflus... II est necessaire que vous soyez, au moins durant quelques mois, aussi propre que vous etes sale, afin qu'on voie que vous reussissez aussi bien dans 1'humble diligence et vigilance sur la personne qui vous sert que dans 1'humble negligence de ce qui vous louche ; et apres cela, il vous sera glorieux et edifiant aux autres de vous voir dans 1'ordure, s'il est vrai toutefois que ce soit le plus parfait, dont je doute beaucoup, parce que saint Bernard n'etait pas de ce sentiment.

Ge billet de Jacqueline a son frere est date du l er d6cembre 1G55. Encore un mois, et Pascal commencera ses Provinciates ou on ne soupQonnera guere un penitent se plaisant dans la salete et 1'ordure. Onn'aurait pas du ysoupc.onner nonplus un ami de Port-Royal. Pascal, mettant la verit6, comme les balais, au rang des meubles superflus, va declarer dans ses lettres qu'il n'est pas de Port-Royal (2), qu'il n'a jama-is eu d'etablisscment auec les solitaires, qu'il n'est pas un liomme dc

1. Leilr'ii de la sceur Sainlc-Euphemie a son frere Pascal. Recueil d'Utreclit p. 268.

2. a. Nous saoons en qud s*ns il esi vra> que Pascal n'elait, point de Port- Royal, dit M. Sainte-Beuve : il riy denv.uraii pas au moment ou il ecrivail loules ses letires. Tout de bon, M. Sainte-Beuve, un Pere casuiste n'aurail pas mienx trouve.

Port-Royal (1). Le mensonge coulait comme l'61oquence de la plume de Pascal portant la guerre chez les j^suites mSmes. Le Mcntiris impudentissime, qu'il jetait si cavalierement a la face de ses ennemis, se retourne centre lui, et demeure attach^ a son front. Et, ainsi qu'illeremarque, la qualite de mcnteur enfermant I' intention de mentir (2), c'est avec connaissance et avec dessein qu'il ecrivit ses Menteuses (3), sans croire dechoir de l'6tat de grace.

a Voici de quelle maniere Pascal (qui n'est pas de Port- Royal) s'engagea a y travailler. II 6tait a Port-Royal des Champs en Janvier 1656. Gomme on travaillait alors en Sorbonne a la condamnation de M. Arnauld, ces Messieurs presserent fort ce docteur, qui 6tait aussi a Port-Royal, de se defendre, et ils lui disaient : Est-ce gue vous vous laisserez condamner comme un enfant, sans rien dire, et sans instruire le public de quoi il est question ? II composa done un ecrit dont il fit lui-meme la lecture. Ces Messieurs n'y donnant aucun applaudissement, M. Arnauld, qui n'etait point jaloux de louanges, leur dit : Je voisbien que vous ne trouvez pas cet ecrit bon, et je crois que vous avez raison. Puis il dit a M. Pascal : Mais vous quietes jeune, vous devriezfaire quelque chose. M. Pascal fit done une premiere lettre et la lut a ces Messsieurs. M. Arnauld dit aussit6t : Cela est excellent, cela sera goute, ilfaut la faire imprimer. Tous ayant t6 du meme avis, on le fit (4).

La premiere lettre a un provincial parut quelque jours avant la censure qui excluait Arnauld de la Faculle de thSologie, et fl^trissait les deux propositions extraites de sa Seconde lettre & un due et pair. Le docteur, qui ne fut jamais d'humeur a se laisser condamner comme un enfant sans rien dire, vint a Paris, suivi de M. Le Maitre et de Nicole, travailler aux ouvrages qu'il opposa a la Sorbonne. Pascal s'y rendit aussi pour continuer le succes de ses lettres. II alia se mettre dans une auberge, rue des Poirieres, a 1'enseigne du roi David, vis-a-vis le college des jesuites, quoi qu'il eut une maison de louage a Paris. M. P6rier arrivant en cette ville dans le m&me temps,

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