LA RIVIÈRE LE LOIRET, PAR REGNAUDIN
Groupe de bronze, au Parterre d'Eau, fondu par les frères Keller en 1689
date de la fonte dans les ateliers de l'Arsenal de Paris. La plus ancienne date de 1687, la plus récente de 1690.
Par ces indications, l'étude de ce grand ouvrage est singulièrement simplifiée. Au reste, dès le premier
regard, on se rend compte que les sculpteurs qui créèrent les modèles de cire subordonnèrent exactement leur travail à la conception de l'ensemble. Nous savons, en effet, que l'invention et la disposition des
Blois Bagues M LA RIVIÈRE LAS
Groupe de bronze, au Parterre d'E
AÔNE, PAR J.-B. TUBI
au, fondu par les frères Keller (sans date)
figures du parc appartenaient de droit à un ordonnateur général, le Premier Peintre du Roi, Charles Le Brun. Les croquis destinés aux sculpteurs étaient de sa main; il les soumettait au Roi, et les remettait, avec son approbation, aux artistes chargés d'exécuter, après une maquette préalable, le modèle définitif. On a conservé un certain nombre de ces dessins, au crayon et au lavis, illustration de ce livre présente quelques-uns de ces intéressants documents.
Nous n'avons retrouvé aucun des croquis originaux qui servirent à composer la décoration du Parterre d'Eau ; mais il est certain que, sur ce point comme sur tous les autres, le Premier Peintre donna ses projets. Non seulement il désigna les sujets et imposa les attitudes des figures, mais encore il évita aux artistes toute hésitation dans le choix des accessoires et des symboles. De cette façon fut assu-
gnaudin, le sculpteur de Moulins, que nous rencontrons d'abord, au pied du vase de la Paix, avec ses deux figures couchées de la Loire et du Loiret. Le fleuve de la Loire est représenté par un vieillard robuste et souriant, couronné de fleurs de roseaux et tenant une corne d’abondance, qui dit la richesse du pays arrosé. Une écrevisse et de beaux légumes de France, melon, concombre, asperges, sont épars sur le sol. La double source qui jaillit d’un rocher, symbolise apparemment les deux cours égaux de la Loire et de l'Allier. Le corps du Fleuve est nu et majestueux dans sa raideur; sa longue barbe bouclée caresse sa poitrine : l ses jambes sont croisées; le regard semble chercher au loin, alors que, près de lui, un petit génie soufflant . dans un coquillage montre ses ailes impatientes.
Sur le même plan, la rivière du Loiret a la même beauté puissante, un peu
rée l'unité d'exécution.
de la magnifique assemblée de bronze qu’on rèvait et qui devait être consacrée aux fleuves et rivières du royaume.
Ainsi guidé et comme maitrisé, il semblerait que chaque sculpteur ne dût réaliser qu’une œuvre impersonnelle concourant simplement à l'harmonie générale; mais il n'en est rien. Tout en obéissant à une loi rigoureuse, chacun reste lui- :
même en ses manifestations d'artiste ; et tout d’abord Coyzevox dans sa puissance et Tubi dans sa souplesse sont hors de pair ; on sait distinguer en leurs œuvres l’élégant Magnier de l’expressif Le Gros, et c’est à peine si l’on est tenté de confondre entre elles celles des maïtres secondaires, tels que Le Hongre, Raon et Regnaudin. | C'est Thomas Re- |
lourde, mais non sans noblesse. Cette femme, au profil si grave, a des
tressés; la draperie qui l'enveloppe laisse à nu sa généreuse poitrine et ses jambes allongées ; elle
versée d’où l’eau s'écoule, pendant qu'un Amour lui présente une corne char-
gée de fruits. L’urne est énorme, pour rappeler les fameuses « Sources », dont laseconde, le«Bouil-
des pommes de pin ont été modelés dans la cire
Bernard Palissy.
Derrière les grands bronzes, et après la courbe de chaque angle du bassin, se dressent trois bambins enlacés, potelés et vivants, les mains pleines de fleurs, d'oiseaux, de coquillages ou de miroirs. Un coup
Photo P. d'Aujee