DIANE
Groupe d'animaux de bronze, par Van Clève
teur dans les lignes intactes du Grand Siècle.
Les marbres et les bronzes sont encore à la place que leur désigna Charles Le Brun, où les ont vus Racine et Boïleau ; les eaux ont perdu peu de chose de ces effets singuliers dont s’enchanta Madame de Sévigné: les blanches marches, où grandissent çà et là, d'année en année, les taches
roses, Sont encore celles que balayait la traîne de
Madame de Montespan, conduisant la promenade de la Cour.
Ces degrés, ces pièces liquides, ces parterres, ces larges perspectives ouvertes sur la plaine lointaine ou sur les bois de la colline, ce décor de fleurs, d’eau et de pierre, cet enchantement du regard et de la pensée, c'est encore l’œuvre ancienne qui rappelle à la postérité, autour du
LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET LOUIS XVI EN PROMENADE DANS LES JARDINS DE VERSAILLES
Détail d'une peinture de Hubert Robert
Versailles de Mansart, le nom de Le Nôtre.
Dédaigné comme une grandeur morte, oublié longtemps par ceux-là même qui eussent dû en tenir le respect éveillé, méprisé aussi par tant d'artistes français déracinés de leur tradition, Versailles a repris, depuis peu d'années, la place d'exception et de gloire qu'à d’autres titres les siècles monarchiques lui avaient conférée.
Des peintres et des sculpteurs modernes s'intéressent passionnément à ce qu'il peut donner d'inspiration, de motifs et de modèles; des poètes, émus par la grâce fanée du parc endormi, célèbrent le charme de ses quatre saisons: un public toujours renouvelé de visiteurs proclame à voix haute l'admiration de ses découvertes, tandis qu'une petite église de dévots plus discrets sait à quels jours et à quelles heures célébrer le mieux son culte paisible.
Nous mesurons aujourd’hui, après l'avoir trop méconnu, ce qui manquerait au patrimoine de la nation et au témoignage de son génie, si Versailles eût été détruit.
O Palais, horizon suprème des terrasses!
Un peu de vos beautés coule dans notre sang...
Ainsi parlent, avec Albert Samain, tous ceux des nôtres qui expriment ou dirigent la sensibilité contemporaine. L'impertinence des vers d'Alfred de Musset sur « l’ennuyeux parc de Versailles » nous choque moins que son inintelligence ne nous attriste ; car il n’est pas de beauté plus émouvante que celle de ces architectures, où se composent avec tant d'harmonie les jeux de la lumière,
de la verdure et des eaux. Nous y associons la sculpture qui les décore et qui représente, en sa maturité, cet art qui fut toujours un art de
France. La convention pompeuse de la peinture
de l’époque, l'esthétique impérieuse et tout italienne du grand ordonnateur Le Brun, n'ont eu presque nulle prise sur la robuste originalité de nos sculpteurs. Soumis aux nécessités d’un ensemble décoratif, 1ls ont su garder dans l’exécution les qualités de leur race et faire passer en leurs nobles figures souplesse et vérité. A ces vieux maitres, prodigues de chefs-d'œuvre et pour lesquels nous avons été si ingrats, ce livre voudrait avant tout rendre hommage.
Telles sont les leçons faciles et fortes que donne Versailles.
À quelques pas de Paris, la ville la plus agitée et la plus bruyante, les grands ombrages ouvrent un refuge de silence et de recueillement. C'est un abri pour les amoureux du rêve et aussi un lieu d'élection pour les chercheurs de beauté. Celui qui a une fois pénétré Versailles ne se lasse donc pas d'y revenir. C’est un ensemble incomparable qu'offrent, sans jamais l'épuiser, à la joie de son esprit, au plaisir de ses yeux, ce château qui, par sa structure même, est l’image éloquente de la monarchie; ces jardins qu'une volonté singulièrement forte a fait surgir du terrain le plus ingrat ; ce parc, aux lointaines percées, où semble sonner encore l’hallali des chasses royales, et ces larges surfaces d'eau vivante qui reflètent, depuis deux siècles et demi, le ciel chan- % geant et léger de l'Ile-de-France.
PROJET POUR UNE FONTAINE DE PLOMB (AUJOURD'HUI DÉTRUITE) DU BOSQUET DU THÉATRE D'EAU
Dessin de Charles Le Brun
Charles Le Brun del.
2 PROMENADE DE VERSAILEES