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LE CHATEAU EN

Estampe d'Israël Silvestre

(Cette vue montre le projet d'une décoration de niches et de statues autour du Bassin)

une autre, la Nymphe à la Coqguille, de Coyzevox, vers laquelle nous revenons et qui est une des plus séduisantes de Versailles. Ce n’est, à vrai dire, qu’une copie un peu amollie de l'interprétation originale, qui se trouve maintenant au Louvre, à l'abri des intempéries dont elle avait eu à souffrir trop longtemps en nos jardins.

On admire encore la courbe adoucie du corps penché, la gorge tendue et ronde, la tête pure. Entre ses jolis doigts, l’adolescente tient la coquille avec laquelle elle

puise l’eau de l’urne coulant à ses côtés. C’est là tout

le sujet, mais l'expression en est exquise. Cette figure est la plus aimée du Parc, la plus connue, la plus populaire. Coyzevox l’a empruntée à l’art grec. Il s’est, en effet, inspiré d’un motif célèbre plusieurs fois reproduit par l'antiquité. L’esthétique des Anciens s'affirme dans la perfection des lignes; l’élégance et l'esprit du sourire font cependant bien française la nymphe juvénile, qui semble le gracieux génie de la « cité des eaux ».

Il faut s'arrêter à l’entrée du Tapis-Vert, dans l'axe

de la célèbre Allée Royale et des Allées de l'Été et de l’'Automne. Là se trouve ce que les anciens guides de Versailles appellent le « Point de vue s, et c’est de cet endroit, lorsque les eaux jaillissent, qu'on aperçoit le mieux, de tous les côtés, l'effet de leurs jeux.

Louis XIV lui-même a indiqué l'intérêt de ce coup d'œil circulaire, dans un des itinéraires écrits de sa main, où il marquait les curiosités de ses jardins et l’ordre dans lequel il les fallait visiter :

« On ira droit au point de vue du bas de Latone…

On y fera une pause pour considérer les rampes, les vases, les statues, les Lézards, Latone et le Château ; de l'autre côté, l’Allée Royale, l’Apollon, le Canal, les gerbes des Bosquets, Flore, Saturne ; à droite, Cérès ; à gauche, Bacchus. »

Les « Bosquets » dont parlait le Roi n’ont plus de « gerbes » et ont été remplacés par deux quinconces, de chaque côté du Tapis-Vert, dont le seul ornement est une série de termes de petites dimensions et d’un caractère fort différent des autres marbres de Versailles. Un certain nombre proviennent du châ-

teau de Vaux-le-Vicomte, où le Roi les acheta, en 1683, au prix de 1,800 livres l’un. Ce sont ceux qu'avait composés à Rome Nicolas Poussin, pour le surintendant Foucquet.

Le grand peintre français avait lui-même exécuté en terre les modèles que les praticiens italiens firent passer dans le marbre. Il y a, dans la série dont Versailles a hérité, quelques figures admirables de sobriété décorative, le Morphée, par exemple, la Minerve ou le Pan; mais elles ne sont pas en accord avec les proportions et le style de nos jardins.

L'Allée Royale déroule à présent son large tapis de gazon et, parmi les grands arbres qui lombragent, le long des palissades de verdure, continue le défilé des blanches statues.

Mêlées à quelques copies de l'antique, ce sont des œuvres originales, de noblesse et d’élégance toutes françaises.

Nous traversons la demilune et, passant devant Laocoon, nous nous arrêtons devant la figure svelte et longue, dont le sourire faux inquiète et retient.

C'est la Fourberie, par Le Conte.

Son corps de jeune chasseresse est vêtu d’une robe grecque qui

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