‹ Les Jésuites à PoitiersChapitre 145 sur 236 · Archives Départementales, D · texte numérisé non relu

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part de MM. de l'Hôtel de Ville, sans communication d'aucun arrêt de leur part, on le chargea aussi de porter la réponse.

Parmi les membres présents, il ne se trouva, a-t-on dit encore, aucun docteur ès lois ; il n'y avait qu'un seul docteur ès arts, qui s’opposa formellement à la délibération au nom de sa Faculté ; par conséquent, celte délibération ne fut faite que par deux Facultés peu intéressées dans l'affaire. 11 est vrai que quelquesjJours après, dans une assemblée tenue pour délibérer sur un autre objet, on ajouta que les sieurs Albert et Lagrève, députés de la Compagnie pour faire destituer Gaudriau de son emploi de principal, seraient autorisés pour terminer cette affaire ainsi qu'ils aviseraient ; mais la Faculté des arts n’assista pas plus à cette seconde délibération qu'à la première.

Dans ces condilions, la Facul(é des arts n’hésita pas à s’opposer à la nominalion faite par l'Hôtel de Ville. :

Dans un long Mémoire « servant de Réponse au memoire pretendu de l'Universilé de Poitiers, tendant au Retablissement du College des Deux-Freres, autrement de Saint-Pierre » !, elle commence par rappeler qu'elle est une des quatre Facultés qui composent l'Université de Poitiers ; qu'elle est seule, ou du moins la plus intéressée dans ce qui regarde le collège de Saint-Pierre, qui est sous sa dépendance. Le principal de ce collège étant docteur en cette Faculté, c'est à elle aussi qu’il appartient d'examiner sa capacité, de l'instituer et de l’installer.

Fière des progrès accomplis, des succès obtenus par la réu-

-nion, depuis plus de 120 ans, des nombreux collèges de Poitiers en trois, au triple point de vue de l'augmentation des classes, de la gratuité de l’enseignement et de l'accroissement des élèves, elle cite avec orgueil le collège royal des Jésuites comme valant à lui seul « plus que tous ceux qui ont eté dans Poitiers depuis la fondation de l'Université ». Et démasquant les intentions secrètes de l'Université : « On a beau deguiser, dit-elle ; c'est dans la verité à ce college qu’on en veut ; c’est contre ce college que toute cette trame est oufdie; ce qu’on entreprend aujourd'huy n’est qu’une nouvelle tentative après

bien d’autres pour le decrediter ; et pour en venir à bout, au lieu d’un bon college, on veut tout risquer pour en avoir deux mauvais».

Car quel autre but se proposerait-on en réunissant aux PP. Jacobins le seul collège qui reste actuellement à la Faculté des arts, et qu'il est si important de lui conserver ? Certes, si par faire fleurir ce collège, on entend rétablir ses bâtiments ruinés, y mettre un principal habile et zélé, rechercher ses revenus, qui peut-être sontdissipés, y entretenir le nombre de boursiers réglé par la fondation, y enseigner un cours de philosophie, ainsi qu'il s'est pratiqué depuis plusieurs années, la Faculté des arts, bien loin de s'opposer à ce rétablissement, est la première à s’y intéresser: c'estson collège, elle souhaite ardemment qu’il soit rétabli selon sa première forme avec autant de splendeur qu'il se pourra.

Mais pour cela est-il nécessaire, est-il même convenable de donner ce collège à la communauté des PP. Jacobins? « N'y a-t-il donc que parmi ces Peres qu’on puisse trouver un principal habile et zelé? On n’a jamais eu cette pensée depuis la fondation de l'Université de Poitiers ; et dans le temps meme qu’on avoit besoin de sept principaux, ou meme de dix selon les auteurs du Memoire, a-t-on jamais choisi un regulier pour cet emploi ? L'Université de Poitiers a toujours eté si persuadée que l'emploi de principal ne convenoit pas à un regulier, qu'elle a obligé les Jesuites, devenus patrons du college du Puigarreau, de n’en nommer jamais aucun qui ne fut seculier pour occuper cette place. Or ce qui s’est constamment pratiqué, comment devient-il aujourd’huy tout d'un. coup impraticable » ?

Aux yeux des Jésuites, toute autre communauté, si tant est qu'on en veuille une, serait préférable aux Jacobins. « Les Peres Cordeliers ne sont pas plus eloignés du college de Saint- Pierre que les Peres Jacobins ; les Minimes et les Carmes en sont très-proches ; les Jacobins sont si eloignés qu'on voit bien l'impossibilité qu'ils aillent et qu’ils viennent deux fois par jour d’un lieu à l’autre ».

Mais là n’est pas le véritable dessein. « On pretend, non pas faire fleurir le college de Saint-Pierre, mais le detruire reellement, et l’aneantir pour transferer l'exercice des classes

dans le couvent des Peres Jacobins. Il est donc question d’examiner s’il est necessaire, s’il est meme expedient d’aneantir le college de Saint-Pierre pour remplir les vuës des Peres Jacobins; vuës qui font sentir combien toutes les raisons qu'on allegue dans le Memoire pour maintenir le college de Saint-Pierre, pour le rendre florissant, sont vaines et inutiles. Car peut-on se persuader que les Peres Jacobins veuillent etablir dans ce college ruiné et sans fonds une nouvelle communauté? Non, c'est dans leur convent qu’ils se proposent d'enseigner d'abord la philosophie avec la theologie, et dans la suite la rhetorique et la grammaire : c’est à dire, qu’au lieu de faire fleurir le college de Saint-Pierre, on veut l’aneantir, pour en etablir un nouveau chez les Peres Jacobins ».

Rappelant alors la première entreprise des Jacobins qui avaient déjà, en 1686, essayé d'organiser un cours de philosophie dans leur couvent, mais que Sa Majesté avait fait supprimer sur les oppositions de la Faculté des arts’, cette Faculté dit qu’elle a encore aujourd'hui les mêmes raisons de s'opposer au dessein que ces Pères ont formé de lui enlever le seul collège qui lui reste :

« Ge qui arriva dans ce temps-là est d'autant plus à craindre aujourd'huy, que: 1° depuis plus de dix ans il n'y a eu dans le college de Saint-Pierre presque d’autres ecoliers que ceux qu'on n’a pas voulu admettre en philosophie chez les Jesuites, à cause de leur ignorance, ou de leur indocilité; 2° cette crainte est d'autant mieux fondée que si les Peres Jacobins pour un cours de philosophie qu'ils faisoient dans un an, etoient obligés de ramasser ainsi des fugitifs, que ne ferontils pas aujourd’huy pour remplir deux classes tout à la fois : 3 si lorsqu'ils n’avoient qu'un professeur à entretenir, la necessité les obligeoit à prendre des ecoliers une retribution, à quoy ces Peres ne seront-ils pas obligés pour en entretenir deux, outre le principal ? Car on ne peut compter que le principal soit toujours en etat par lui-meme de soutenir un aussi grand travail qu'est celui d’enseignerla philosophie; cen lest pas meme le projet.On menage ces places de professeurs pour de jeunes eleves Jacobins, qui se preparent par- -là à se

1, Archives Départementales, D 2. Requête, etc.

mettre sur les bancs de la theologie, en ramassant l’argent qui leur est necessaire pour parvenir au doctoral; ainsi l'a-ton proposé dans le conseil de l'Hotel de Ville; 4° c’est un fait dont nous sommes mieux instruits que personne, que chaque année tous les ecoliers qui viennent de la campagne, ou des villes de la Province, ou meme des Provinces circonvoisines, veulent absolument aller d’abord dans les classes de philosophie, quoyqu'ordinairement ïls n’ayent qu’une tres-legere teinture de la grammaire : tout y contribuë, moins de dependance pour les enfans, leur ambition naturelle, la difficulté des temps qui engagent leurs parens à se conformer à leurs desirs : cela est ordinaire à l'egard des etrangers, et n’est que trop commun par rapport à ceux meme de Poitiers, à qui on a bien de la peine à faire sentir ce desordre ; qu'arrivera-til? Il n’y aura plus d'examen, la porte de la philosophie sera ouverte à l'ignorant comme aux autres : par consequent aucun bon college pour les arts dans Poiliers ».

La Facullé rappelle également, à cette occasion, les beaux désordres survenus entre écoliers pendant les années 1709, 1710, 1714 et 1712, ainsi que la lettre du comte de Pontchartrain à M. l’intendant Doujat qui y mit fin, et supplie «de faire attention que le couvent des Peres Jacobins est très-proche du college des Jesuites, et que si les ecoliers du college de Saint-Pierre qui en est fort eloigné, y ont pourtant très-souvent causé de tels troubles, à quoy doit-on s'attendre s'ils vont dans un college voisin, où ils soient à portée de venir causer les memes troubles » ?

C’est par toutes ces raisons, que nous ne faisons que résumer ici, que la Faculté des arts s’efforça de justifier son opposition à la réunion du collège de Saint-Pierre aux Jacobins. Que si l’on persiste cependant, ajoute-t-elle, à vouloir rétablir ce collège, sous prétexte de relâchement des études, d'absence d'émulation?, d'insuffisance de professeurs, quoiqu'il y ait

1. Comme preuve de ce relâchement et du besoin qu'il y avait d’exciter l’'émulation, les auteurs du premier Mémoire avaient avancé qu'il n'y avait eu, en 1720, qu’une seule thèse de maître ès arts. À quoi la Faculté répond: « Il n’y a eu qu’une seule these de maitre es arts cette année dans l'Université de Poitiers... Il ne pouvoit pas y en avoir au college de Saint-Pierre; dont le

« dans Poitiers un:tiers moins d’ecoliers qu’il n’y en avoit il y a vingt-cinq à trente ans », ou de nécessité de « conserver aux citoyens la liberté de confier l'instruction de leurs enfans aux personnes qui leur conviennent», que ne laissse-t-on ledit collège de Saint-Pierre entre les mains de prêtres séculiers comme précédemment ? « Par là l'Hotel de Ville se conservera le droit de presenter pour principal qui elle jugera à propos, et la Faculté des arts celui de juger de sa capacité, de l’instituer et de l'installer, d'examiner et d’etablir des professeurs convenables ».

Enfin la Faculté, tout en rendant justice aux Pères Jacobins, dont « l'Ordre est illustre dans l'Eglise », émet ses regrets « que le mauvais procedé de leurs docteurs de Poitiers ait obligé Monseigneur l'Eveque et quelques prelats des dioceses voisins de defendre à leurs jeunes ecclesiasliques de frequenter les ecoles de ces Peres, et d'en interdire quelques-uns; interdit et defenses qui subsistent encore malgré le consentement que la bonté naturelle de ce Prelat ne lui a pas permis de refuser en faveur de l’union que nous combattons ». Et elle termine en espérant que Sa Majesté, « devant qui cette contestation est pendante, maintiendra les defenses faites en 1686 aux

- Peres Jacobins d'enseigner chez eux la philosophie ; qu’'Elle souliendra le college foyal de cette ville, devenu si florissant. par la liberalité et laprotection singuliere du Roy son Bisayeul,; qu'Elle muintiendra et soutiendra la Facuilé des arts dans tous ses droits ; ce faisant, qu'il Lui plaira ordonner, que conformement à l’usage ancien et observé depuis plus de trois cens ans, Messieurs les Maire et Echevins, maintenant patrons

cours ne finira que l’année prochaine. Au college des Jesuites dix-huit maitres es arts ont soutenu la meme these dediée à PUniversité, et s’il n’y en a pas eu davantage, ce n’à pas été, comme on voit, par deffaut decoliers capables de repondre, ces dix-huit pouvoient etre partagés pour deux actes; il eut cté meme à propos de les partager, pour la commodité de l’auditoire : outre ceuxlà, un pareil nombre de maitres es arts, egalement jugés capables dans les examens qu'ils ont subis, n’ont point soutenu de theses, ne pouvant fournir à la depense. Cinq d’entre tous sont allés soutenir des actes particuliers dans les vilies où ils ont pris naissance, deux à la Rochelle, un à Niort, un à Montmorillon, un à Rochechoüard. L’emulation est donc la meme, et les fruits n’en sont que plus eclatans quandils se repandent dans toutes les principales villes de la Province. Après cela on demande, où est la bonne foy des auteurs du Memoire, d’oser avancer que cette année l'on n’a soutenu qu'une seule these

de maitre es arts »?

du college de Saint-Pierre, ayent à nommer et presenter à ladite Faculté des arts la personne d’un prestre seculier, qui ait les qualitez requises pour remplir la place vacante de principal dudit college ».

Sans plus attendre, la Faculté des arts nomma d'office à la principalité du collège de Saint-Pierre, Péchault, qui était simplement maître ès arts, et refusa d'agréger à son corps Sullivant, sur le seul fondement qu’il n'était pas pourvu de ce titre, ni par conséquent de qualité à être docteur ès arts. De plus, étant régulier par son état, il ne pouvait, disait encore la Faculté, être principal d’un collège fondé pour des écoliers et possédé de temps immémorial par des séculiers.

L'Université prit acte du refus fait au P. Sullivant de la part de la Faculté des arts. Quand ce dernier se présenta pour prendre possession du collège, Péchault s’y opposa et se pourvut en Conseil privé du roi. L'affaire y fut examinée avec beaucoup d'attention. Les provisions des deux candidats y furent jugées nulles: celle du P. Sullivant, parce qu'il était régulier ; celle de Péchault, parce qu’il n’avait pas été nommé par le patron.

Il ful enjoint par le Conseil d'Etat à l'Hôtel de Ville (7 octobre 1721) de procéder à une nouvelle nomination en se confor- -mant à l'esprit du fondateur du collège, c'est-à-dire de choisir un ecclésiastique ou autre séculier, et nullement un régulier, et de lui payer annuellement la somme de 300 livres à prendre sur les deniers d'octroi : pour l’entretien de deux professeurs de philosophie, « de maniere qu'il y ait un cours qui commence et un autre qui finisse tous les ans » ?.

Cet arrêt fut rigoureusement exécuté, et Babinet, prêtre du diocèse, maitre ès arts de l’Université de Poitiers, fut sans conteste aucune pourvu du collège par l'Hôtel de Ville (assemblée du 19 octobre 1721) *.

1. Un autre arrêt du même Conseil, du 25 juin 1743, réitéra cette charge de 300 livres sur les octrois.

2. Archives Départementales, D. 201. Pour compléter leurs honoraires, le principal, qui était l'un des professeurs de philosophie, recevait de chaque écolier 12 livres, et quelquefois seulement 6 livres; mais cette somme n’était pas exigée rigoureusement, cette perception n'étant autorisée par aucun règlement.

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