‹ Les jésuites au Collège d' Autun, 1618-1763Chapitre 60 sur 94 · Mémoires mss» de Leseure, fol · texte numérisé non relu

Mémoires mss» de Leseure, fol

3. Reg. des délib. de la chambre de ville, vol, LVI, fol. 108.

Cejourd'huy lundy, sixième mars mil sept cent vingt et quatre, sur l'heure de trois après midy, nous Nicolas Barault, conseiller du roy, vierg, prevost royal et lieutenant général de police de la ville et cité d'Autun, nous serions transporté au collège des révérends pères Jésuittes de ladite ville, assisté de Messieurs Abord, Rey, eschevins, M® Jean-Baptiste Febvre, procureur sindic, M« Odet Tixier, secrétaire, et M® Gaspard Dinot, greffier de la viérie, étant avec nous en robes noires, à l'effet de visitfcer les classes dudit collège, précédé des sergents de ville, les hallebardes haultes devant nous, dans la cour duquel collège nous aurions été reçu par le R. P. Geoffroy, recteur dudit couvent, à la tète des religieux d'iceluy, et par luy et lesdits religieux conduit dans chacune des classes où étant assis et couverts, et lesdits sieurs officiers nous accompagnant et lesdits régents et écoliers de chaque classe debout, nous aurions été complimenté par un des écoliers de chaque classe, et ensuitte conduit jusque dans la rue tant par lesdits recteur, religieux qu'écoliers, auxquels écoliers nous aurions fait donner congé quatre mardys du Carême, toutte la journée et les trois autres mardys pour la demye journée seulement. Dont nous avons dressé le présent procès-verbal, etc. *

Le R. P. Edme Charron, né à Clamecy le 28 avril 1665, admis dans la Compagnie le 4 novembre 1682, et à la profession le 2 février 1700, fut appelé à succéder au P. Geoffroy dans le courant du mois d'août 1725. A peine était-il en fonctions, depuis huit jours seulement, que, peu au courant des susceptibilités et des exigences locales, il faillit se mettre sur les bras une grosse affaire. Les magistrats municipaux étaient invités, chaque année, à assister à la soutenance solennelle des thèses de philosophie par les écoliers. Appartenant alors aux classes instruites, élevés au collège où ils avaient pour la plupart fait eux-mêmes leurs études, ils étaient en état de Jsuivre ces exercices avec intérêt et de s'assurer ainsi des progrès et de la valeur de l'enseignement. En 1725, ces joutes pacifiques furent sur le point de produire entre la ville et le collège un conflit dont le vierg, qui était alors Nicolas Barault, fit ainsi le récit à l'assemblée du conseil du 20 août :

1. Reg. des délib. de la chambre de î?ii/e, vol. LVl, fol. 109.

Monsieur le vierg a dit que sur l'invitation qui luy avoit été faitte par plusieurs écoliers soutenant thèses aujourd'huy dans le collège des Jésuittes, il s'y seroit transporté à deux heures après midy, accompagné de M' Decercy, premier échevin, et précédé de deux de ses sergents portant les marques de la magistrature; que prévenu de la contestation, que vouloient luy faire quelques chanoines de la cathédrale et quelques offîciers du présidial, sur le rang que doivent avoir les magistrats dans pareilles assemblées, il auroit, en entrant dans la salle ou lesdites thèses se soutenoient, fait une attention particulière à la disposition d'icelle; qu'ayant remarqué que M. Vêtu, président au présidial, étoit dans le centre du premier rang, à la gauche en entrant, et par conséquent à la droitte du répondant, et que de l'autre côfcé et dans le premier rang d'iceluy étoient les sieurs Vacherot et Mouteau, chanoines, qui avoient laissé deux places vaccantes à côté d'eux, ledit sieur Decercy et luy auroient été occuper lesdites deux places vacantes, ce qui n'auroit pas été sitôt fait que ledit sieur Vacherot auroit été se placer auprès dudit sieur président Vêtu, ledit sieur Mouteau étant resté dans la place qu'il occupe it auparavant; qu'un instant après, l'écolier chargé de la distribution des thèzes, placé du côté où étoient lesdits sieurs Vêtu et Vacherot, auroit voulu venir présenter des thèzes auxdits sieurs magistrats, dont il auroit été empêché, ce qui l'auroit obligé de présenter la première thèze audit sieur'Vêtu, et aussitôt ledit sieur Vacherot en auroit pris une entre les mains dudit écolier qui étant venu ensuitte en présenter auxdits sieurs magistrats ils auroient fait refus de les accepter, et se seroient à l'instant retirés, reconduits par les révérends pères de Thésut, préfet, et Bizard, recteur il y a quelques années dudit collège, à qui ledit vierg auroit dit que lesdits révérends pères venoient de s'oublier de ce que leur maison devoit à leurs fondateurs et bienfaiteurs et des droits que la ville avoit dans ladite maison, sur lesquels griefs ils prétendoient se pourveoir comme ils aviseroient bon estre; à quoy lesdits pères Jésuittes auroient répondu qu'ils ne se mêloient point du cérémonial, qu'ils laissoient à un chacun à disputer et sou-« tenir ses droits, et que ceux de la ville pouvoient être ignorés par leur recteur actuel qui n'est arrivé que depuis huit jours. De laquelle réponse. Messieurs les magistrats peu satisfaits auroient répliqué que lesdits R. pères Jésuittes s'excusoient de leur faute envers eux par une ignorance et une inattention qui étoit une faute aussy considé' rable que celle qu'ils vouloient pallier. *

1. Reg, des délib. de U chambre de villCf vol. LVI, fol. 21 8i

Sur cet exposé, le conseil conclut « que le fait intéressant la communauté, il sera fait recherche de tous les titres qui établissent ses droits sur ledit collège pour ensuite être délibéré] dansTune assemblée générale *. » Après quelques consultations prises à ce sujet, le conseil paraît avoir renoncé à donner suite à cette mince affaire.

Le P. Edme Charron exerça le rectorat de 1725 à 1728. C'est pendant son administration que, « au mois de mai 1727, on commença à construire le surplus de la maison, savoir Taile où se trouvent les classes de rhétorique, logique, etc., et celle où se trouve actuellement la salle pensionnat. Cette construction ne fut finie qu'au mois d'août 1731, et coûta 37000 livres. » 2

En même temps que s'accomplissait cet accroissement nécessaire des bâtiments, le collège voyait se multiplier en sa faveur les témoignages de l'estime et de la confiance qu'il méritait. C'est ainsi qu'en 1727, messire François Léveillé des Fosses, chanoine de la cathédrale d'Autun, adressa une requête au père recteur, dans laquelle il lui expose « que Dieu lui ayant inspiré d'employer le bien qu'il lui a donné à fonder dans quelques-unes de ses églises des œuvres de piété dans lesquelles il soit glorifié, il n'en trouve point de plus convenable pour seconder ses saintes inspirations que la vôtre, parce qu'il n'y a point d'église à Autun où Dieu soit mieux servi et mieux glorifié, et où les fidèles se plaisent mieux à le servir et faire leur devoir de chrétien et à s'exercer en toutes sortes d'œuvres de piété : en telle sorte que votre église est le centre de la religion, de la piété et de la sainteté 3. »Dans ces sentiments, François Léveillé des Fosses faisait abandon aux Jésuites d'une somme de 20,700 livres, en différents contrats, dont la cession eut lieu le 25 juillet

1. Reg, des délib. de la chambre de ville, vol. LVI, fol. 214.

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