Conclusion
1. La dispersion fut regardée par les Pères eux-mêmes comme une œuvre providentielle. Un champ d'action incomparablement plus vaste, plus fécond, s'ouvrit à leur zèle par les missions en Silésie, dans le grand-duché de Posen et en Prusse. Ces missions réveillèrent l'esprit catholique au milieu du clergé, relevèrent la foi et la moralité du peuple et de la noblesse, préparant ainsi tous les rangs de la société à ce rude combat qu'ils devaient soutenir, vingt et quelques années plus tard, contre le prince de Bismarck.
Après la chute de la révolution de 1848, qui, excitée par les loges, avait éclaté trop tôt, les missions populaires étaient une arme sûre et éprouvée pour ramener le peuple dans la ligne du devoir et l'arrachera l'incrédulité. Justement à cette époque^, un nombre important de Jésuites allemands et autrichiens, qui n'avaient pu s'occuper dans l'enseignement à
cause des lois de l'état ou d'autres circonstances, n'attendaient qu'un moment favorable pour s'employer à ce ministère des missions ; c'est de 1850 à 1857 que date l'époque de la réaction catholique en Allemagne et en Prusse, grâce aux grandes missions populaires. Les protestants de la vieille école regardaient au commencement celte œuvre avec défiance et avec crainte ; mais voyant que ces Jésuites tant décriés, sans se laisser aller à des polémiques contre Luther, annonçaient seulement les grandes vérités : la fin de l'homme, la mort, le jugement, les récompenses et les châtiments éternels de l'autre monde ; exposaient tranquillement les dogmes catholiques ; voyant que leurs discours simples, mais pleins de cœur, avaient une influence salutaire sur la moralité du peuple, parce qu'ils réveillaient en lui le sentiment de la religion : les protestants, dis-je, saluèrent avec joie les Jésuites, qu'ils appelaient leurs Confrères (1), venaient écouter leurs instructions, louaient en public leurs travaux, comme le fit par exemple le prolestant Wolffgang Menzel, célèbre par ses principes libéraux et ses travaux historiques et littéraires (2).
Nous faisons mention de ces événements, parce qu'en beaucoup d'endroits de Silésie et de Prusse, où les Jésuites de Galicie donnèrent leurs missions, les protestants formaient plus de la moitié de la population ; partout au commencement régnaient ces mêmes préventions des protestants contre les Pères de la Compagnie, et partout suivit ce rapprochement et cette bonne entente avec eux. A Grœfenhain, par exemple, en Silésie, le pasteur protestant était assis pendant chaque sermon dans le banc placé en face de la chaire et écoutait
(1) Amtsbrûder.
(2) Die Mission auf Katolischern und protestantiscliem Gehiete. — Voyez la Revue de Posen, 1851, torn. I, p. 350 (t. p.)
Menzel s'est déshonoré à U fin de sa carrière. Dans ses dernières aimées, il passa au service du prince de Bismarck et sëleva avec autant de fui eur contre le catholicisme qu'il Tavait noblement défendu auparavant. Il mourut en 1«7J.
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avec une attention soutenue le discours du P. Ilarder, jésuite; entonnait et chantait avec les catholiques le motet avant la bénédiction du Saint-Sacrement, par laquelle se terminaient les exercices de chaque jour. A Auras, le bourgmestre venait avec sa femme et ses enfants entendre assidûment le missionnaire jésuite, l'invitait à venir le visiter chez lui et le recevait comme eût pu le faire le plus zélé des catholiques. A Spandau, près de Berlin, foyer du luthériansme prussien, beaucouf) de luthériens de la capitale se pressaient aux instructions : « Nous n'avions vu jusqu'ici les Jésuites que sur le théâtre, « disaient-ils ; comme il nous paraissent tout antres en « mission! » Dans les grandes missions de Breslau, de Lignica de Brzeg, les protestants formaient presque la moitié de l'auditoire. Dans le duché de Posen, dans la Prusse occidentale et dans le duché de Varmie, ils ne se contentèrent pas d'assister aux missions, ils les appuyèrent de leurs offrandes ; l'un d'entre eux donna au curé 50 thalers et les légumes de son jardin. Ils permettaient à tous leurs gens d'assister aux missions et quelques-uns payaient ces journées comme des journées de travail, pourvu que leurs gens assistassent aux instructions et renonçassent à l'eau-de-vie. Pendant la procession du Saint-Sacrement, les juifs eux-mêmes et les protestants se tenaient très convenablement et dans l'altitude du respect, bien qu'ils n'assistassent à la cérémonie que comme simples spectateurs. Les femmes protestantes emportaient avidement l'eau de Saint Ignace et en éprouvaient des effets vraiment miraculeux (i).
C'est là proprement que se montra l'esprit delà Compagnie, qui sait s'accommoder aux besoins moraux du peuple et du temps. Au dix-septième siècle et aux dix-lmitième, les Jésuites se présentaient avec une polémique inflexible et implacacable contre l'hérésie ; car alors le luthéranisme était encore lui-même, il était assez puissant et menaçait la sainte Église;
(1) Lettre du P. Baczyiiski, missionnaire {Arch. Jes. Foi).
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mais au dix-neuvième siècle, réduit au pur rationalisme ou transformé en religion officielle de l'état, menacé dans sa propre existence, il cessait déjà d'être menaçant pour le catholicisme. Les Jésuites se conduisent donc avec lui comme s'il n'existait pas ; ils ne louchent ni la différence de ses dogmes, ni ses blessures ; ils cherchent seulement à ressusciter le sentiment religieux dans les masses en leur rappelant les vérités éternelles ; ils cherchent à faire revivre l'esprit catholique par une explication simple mais solide des dogmes de la foi. Les plus intelligents des protestants se sentaient touchés de reconnaissance pour cette indulgence des missionnaires, et il était vraiment consolant de voir comme dans les gares ou dans les wagons quelques pasteurs protestants saluaient un Jésuite (et le fait arrivait souvent), en lui serrant cordialement la main, et l'appelant avec politesse : Monsieur mon Confrère (1). Mais ce sont là des faits encore trop récents; les Pères à qui revient tout l'honneur dans ces missions vivent encore ; nous nous bornerons donc à quelques mots, malgré la peine que nous éprouvons à ne pas tout écrire.
2. Le cycle principal des missions de Silésie, dont nous parlerons d'abord, va de 1851 à 1857. La Silésie prussienne, tant dans les montagnes que dans la plaine, renferme un million de catholiques. Le voisinage des protestants, les mariages mixtes, les loges maçonniques semées dans les bourgs et ■auxquelles jusqu'en 1844 appartenaient beaucoup de prêtres, quelques chanoines de Breslau et l'évêque Siedlnicky (2) ; le
(1) Herr Amtsbruder.
(2) Grégoire XVI ordonna à cet évêque franc-maçon de déposer 1 episcopat en484i. Le zélé Mgr Diepenbrock, élu à sa place, invita les chanoines à quitter ou les loges ou leurs stalles. Quelques-uns prirent ce dernier parti) Siedlnicky habita, pendant de longues années, près de Breslau ; vers 1868 il passa au protestantisme, et, malgré ses 70 ans, épousa une jeune fille de 19 ans ; il mourut en 1871. Ainsi la maçonnerie étendait ses ravages, même dans les rangs de la hiérarchie catholique.
MISSIONS EN SILÉSIE, A POSEN ET EN PRUSSE
catholicisme allemand de Ronge, la grande pénurie de prêtres catholiques: tout cet ensemble rendait chancelants les prin- •cipes catholiques de ce peuple. Bien que les apostasies fussent très rares, l'indifférence religieuse en revanche était générale et conduisait droit au matérialisme et à la corruption des mœurs. Mgr Diepenbrock désirait avec zèle remédier à ce mal, mais le manque de prêtres rendait impossible, ou du moins renvoyait à un avenir éloigné, tout remède plus radical ; car •chaque année il mourait en moyenne cinquante prêtres et on en ordonnait à peine vingt. Sur ces entrefaites, Dieu dans sa miséricorde envoya un secours puissant et inattendu.
Dans la ville de Piekary Niemieckie, ancienne résidence des Jésuites de Grande Pologne, s'établirent quelques Jésuites chassés de Galicie ; un asile leur avait été offert par le curé, M. Jean-Louis Fitzek. Au commencement de 1849 arriva à Piekary, pour consacrer une nouvelle église, Mgr Diepenbrock ; il y resta huit jours et, comme il ne savait point le polonais, il se servit de l'un des Pères pour les instructions pastorales au peuple avant et après l'administration du sacrement de confirmation. Ayant connu de plus près l'esprit et l'institut de la Compagnie de Jésus, pressé d'ailleurs par beaucoup de curés zélés, il résolut de se rendre à Berlin pour écarter les difficultés que faisaient les lois prussiennes aux prêtres nouveaux venus. Le 59 août 18o0, parut un décret ministériel au nom du roi, permettant aux Jésuites étrangers de donner des missions dans le diocèse de Breslau, pourvu qu'ils fussent munis de passe-ports et ne complotassent rien contre le gouvernement.
Malgré cette autorisation, on ne commença cependant la première mission à Piekary que le 12 juillet 1851. Elle s'ouvrit par les vêpres solennelles, auxquelles assistèrent 5.000 personnes. Les jours suivants, le peuple des montagnes de Silésie arriva en procession de vingt lieues et plus, et les Polonais du voisinage passaient comme ils pouvaient la frontière
pour venir assister aux instructions. Les PP. Antoniewicz,. Zal^ski, Praszafowicz et Baczyriski parlaient pour les Polonais les PP. Wojtechowski et Harder pour les Allemands. « Nous « étions là très nombreux, écrivait le P. Antoniewicz, et tous- « nous ne formions qu'une famille, la famille du bon Dieu ; « beaucoup de frères et de sœurs sejoignirent à noire réunion,. « on passa même la frontière et l'on vint de la Silésie autri- « chienne, de l'autre côté de la Vistule, du pied desCarpathes ;. « car pour qui aime Dieu sincèrement et de tout son cœur, il a n'y a ni éloignement ni frontières. Les frontières ont été « marquées sur la terre par les hommes, Dieu le voulant et le- «■ permettant ainsi ; mais entre l'homme et Dieu, il n'y a d'autre- « frontière que le péché. » Chaque jour vingt prêtres étaient au confessionnal ; on distribua jusqu'à 30.000 communions,, car après la mission les Pères restèrent encore sept jours, entiers à Piekary pour entendre les confessions. On donna en diverses localités huit grandes missions de huit jours et. une petite ; tous les exercices: sermons, sainte messe, confessions, se faisaient en plein air dans le cimetière ou sur la place publique. A la petite mission de Bylom, il y eut jusqu'à 20.000 personnes.
Qui le croirait? et cependant c'est un fait, les missions dans les montagnes de la Silésie réveillèrent chez le peuple le sentiment de la nationalité polonaise. En se voyant si nombreux, le peuple polonais, entouré de l'élément allemand^ pensait en lui-même : « Nous sommes ici dans ces contrées « encore plus nombreux que les Allemands, qui nous domi- « nent; nous existons encore, nous vivons, nous avons « conscience de nous-mêmes. » Les sermons polonais, prononcés en langage pur, éminemment populaires et accessibles aux intelligences, eurent un succès extraordinaire, exercèrent une puissance qui tenait du prodige. Ce malheureux peuple les écoulait avidement, dégustait chaque mot, restait des heures entières comme cloué sur place.
MISSIONS EN SILÉSIE, A POSEN ET EN PRUSSE
malgré le soleil ou la pluie. C'est que jusque-là il n'avait entendu de ses prêtres silésiens qu'un polonais corrompu et rempli de germanismes. La plus grande partie des prêtres étaient allemands ; en un an ils avaient appris assez de mots polonais pour être en état, vaille que vaille, d'entendre les confessions, mais ils ne connaissaient point les propriétés de la langue et ne comprenaient point l'esprit du peuple polonais. Ce n'était point la faute de l'évêque ou du clergé, mais celle des circonstances. L'absence de bourgeoisie et de noblesse polonaise en Silésie, les écoles allemandes et toute l'organisation du pays, qui tendait à le germaniser : telle était la cause multiple du très petit nombre de prêtres polonais pour le demi-million de Polonais que renlermait le diocèse de Breslau. On n'ordonnait chaque année que quelques prêtres capables de s'exprimer tant bien que mal en polonais, et qui en tout cas ne parlaient pas plus correctement que le peuple des campagnes.
De semblables missions eurent lieu encore Tannée suivante. A défaut des Pères de Galicie, elles furent données par des Jésuites westphaliens : les PP. Roh, Gaslacher, Prinz, Maximilien Klinkowstrœm, etc. La première grande mission se donna à Frankenstein, la seconde à Neisse ; à Breslau on donna à la fois, pendant quatorze jours, devant une foule innombrable de catholiques, de protestants et même de juifs, trois grandes missions, dans trois vastes églises : à Notre-Dame, à Sainte-Dorothée, et dans l'ancienne église des Jésuites; tant le peuple était affamé des vérités éternelles, tant les intelligences avaient toutes besoin de croire quelque chose. En même temps on donnait une quatrième mission dans l'église de Sainte-Croix pour la garnison polonaise , mission à laquelle prit part la population slave de Breslau. A Oppeln, avant la fin de la mission, les catholiques qui appartenaient à la secte maçonnique, abandonnèrent les loges et se confessèrent; et comme pour expier les ovations que de
Rcssie-Blanciie, t. ii.
concert avec leurs frères des loges, ils avaient faites à Ronge en 1848, ils organisèrent en l'honneur des missionnaires des illuminations et des marches aux flambeaux.
Le successeur de Mgr Diepenbrock, Mgr Fœrster, se montra également zélé pour soutenir les missions populaires ; mais quand il voulut ouvrir une résidence pour la fondation de laquelle M. l'abbé Fietzek avait réuni 3.000 thalers, il rencontra une opposition invincible de la part du gouvernement. Malgré cela les Jésuites restèrent en Silésie ; le P. Harder eut sa résidence fixe à Neisse, d'où il sortait pour aller faire ce qu'il appelait des « escarmouches ■», c'est-à-dire pour donner des missions de trois jours, principalement dans les localités où les deux tiers et parfois les six-septièmes de la population étaient protestants .
Il est impossible de donner le nombre exact de ces missions si utiles du P. Harder. Le peuple y venait de plusieurs lieues, car on comptait aux instructions au moins 3.000 personnes ; et cependant souvent la paroisse n'avait pas plus de deux cents âmes. Ce prêtre valait à lui seul toute une armée ;. outre ces missions, nous le voyons donner des retraites chaque année à nombre de communautés religieuses d'hommes et de femmes, à Berlin, Breslau, etc.
L'époque la plus brillante des missions de Silésie fut en 1855. On avait fait venir d'Autriche les PP. Schmude, Max. Klinkowstrœm et Weiss. On commença le cours de ces missions à Lœwenberg, où, sur une population do 8.000 âmes, l'on comptait à peine 700 catholiques ; en revanche les loges maçonniques et la secte de Ronge avaient pris de grands développements. Les préventions contre la Compagnie étaient si fortes que, dans les premiers sermons, les missionnaires furent obligés d'en appeler à la saine raison des auditeurs et de les inviter à venir entendre la doctrine que les Jésuites enseignaient et à juger d'après cela.
Dans les trois années 1855, 1856 et 1857, les Pères donné-
MISSIONS EN SILÉSIE, A POSEN ET EN PRUSSE
rent plus de vingt missions grandes ou petites, tant pour les Allemands que pour les Polonais. Ces travaux continuèrent les années suivantes, et il n'y eut pas un doyenné où l'on n'eût fait quelques missions. Ajoutons les exercices spirituels donnés chaque année à plusieurs reprises aux prêtres, aux religieux et religieuses, aux pensionnats, aux écoles, à des particuliers et à des familles entières, et nous aurons une idée assez exacte des travaux de la Compagnie en Silésie.
3. Les missions du diocèse de Breslau firent naître le désir d'en avoir dans l'archidiocèse de Gnesen et Posen, limitrophe du précédent. Voici comment la chose arriva. Mgr Viale-Prela, nonce du Saint-Siège, vint à Breslau, dans les premiers jours de novembre 1850, pour donner le pallium cardinalice à Mgr Diepenbrock. Il alla ensuite à Posen ; et, dans les visites qu'il fit à Mgr Przyluski, archevêque de Gnesen et Posen, il s'entretint longtemps avec lui de l'état de l'Éghse dans son diocèse. Comme le roi de Prusse, Frédéric -Guillaume IV, inclinait beaucoup vers le catholicisme, le nonce insista avec force pour que le prélat, profitant des circonstances, introduisit dans son diocèse les ordres religieux que Frédéric-Guillaume III avait chassés précédemment (1820-1826). L'archevêque accéda aux demandes du nonce; et, comme les Jésuites étaient déjà connus en Silésie, il les fit venir pour donner des missions. Il était d'ailleurs porté à prendre cette décision par les entretiens sérieux qu'il avait eus avec les membres les plus distingués de la noblesse à Posen, tels que M. Stanislas Chlapowski de Czerwonawies et M. Désiré Chlapowski, général de l'armée polonaise en 1831.
Dès la première mission, à Krobie (1852), on compta 20.000 personnes. Toujours prompte à donner et à se dévouer, la noblesse exempta pour un ou deux jours de leur travail les gens de service et les envoya aux instructions ; et chose plus importante, elle vint assister avec le peuple aux sermons,
se confessa, s'approcha de la sainte Table et reçut le sacre» ment de confirmation, que Févêque suffragant Dfibrowski donna à 11.000 personnes. Dieu bénit visiblement les missionnaires ; leurs instructions, surtout celles du P. Antoniewicz, exerçaient sur tous sans distinction une influence remarquable ; elles étaient isiaiples et populaires, mais annonçaient les vérités éternelles avec la force et la puissance que donne la foi à des hommes de Dieu. Aussi à la fin de la mission, la noblesse, ayant à sa tête le vieux général Chlapowski, remercia-t-elle les missionnaires pour ces instructions, que l'on avait extrêmement goûtées, bien que les Pères n'y eussent mêlé aucunement la politique.
A la fin de la mission de Krzywina, où peu auparavant les paroissiens en étaient venus à des mesures de violence sur la personne de leur propre curé, la noblesse de Posen conçut la pensée de fonder une maison de mission, et dans ce but adressa une lettre au P. général, l'assurant qu'elle se chargerait à l'avenir de l'entretien des Pères. D'autres missions furent prèchées, d'autres annoncées et promises ; mais à cause du choléra, qui commença à sévir dans la seconde moitié de juillet, on les remit à l'année 18o3.
Voici ce que dit sur les missions la Reime de Posen, revue la plus sérieuse peut-être qui ait jamais paru en Pologne : « Il n'est plus besoin aujourd'hui de dire avec quel zèle les < missionnaires ont travaillé dans notre province, quelle élo- * quence ils ont déployée, quels heureux résultats ont eu « leurs fatigues et leur dévouement. Ces faits sont notoires « et connus de tous ; quiconque surtout a pris part aux mis- « sions n'oubliera Jamais, d'un côté cette incomparable acti- « vité jointe à une cordialité attrayante et joyeuse, cette « harmonie de doctrine et d'efforts, cet heureux ensemble « d'aptitudes et de talents qui se oomplètent mutuellement « chez les Pères Jésuites ; d'un autre côté, le spectacle magni- « Hque et édifiant présenté par cette réunion de prêtres et
MrSSIONS FN SILÉSIE, A POSEX ET EN PRUSSE
« de dignitaires ecclésiastiques, par ces masses de peuple « réuni au pied de la chaire, par ces processions perpétuelles « et nombreuses qui arrivaient chantant des cantiques, et « principalement par ces rangs pressés de pieux fidèles qui <c s'approchaient de la Table sainte. En vérité la plus grande Œ gloire des Jésuites, c'est d'avoir su produire par leur « parole tant de fruits de salut et de bénédiction » (1).
Assurément l'archevêque Przyluski et le prince-évèque Foerster partageaient ces sentiments; car, après le retour de la Compagnie en Galicie en vertu d'un décret écrit de la propre main de l'empereur François-Joseph (20 juin 1852), lorsque le P. Baworowski, provincial, résolut de rappeler tous les Pères du duché de Posen, de la Prusse et de la Silésie, ces deux prélats le prièrent, par des lettres dont l'original se conserve dans les archives de la province, de ne point faire ce tort à leurs diocèses (2).
(1) Année 1851, tome II, p. 475 (t. p.).
(2) Voici le texte exact de ces lettres : 1" Lettre de Mgr Przyluski.
« Il est venu à ma connaissance que les Pères missionnaires domiciliés à « Obra, ayant reçu une autre destination, doivent quitter cette province, « Cette nouvelle m'a d'autant plus centriste, que mes diocésains m'ont exprimé I des désirs plus ardents de conserver ici à l'avenir ces religieux, dont les tra- « vaux dans la viffne du Seigneur ont déjà produit tant de fruits salutaires « dans l'âme de mon peuple. Aussi, obéissant à des motifs personnels et « ayant égard aux vœux de mes diocésains, je crois devoir supplier humblece ment le U. P. Provincial de vouloir bien me laisser pour l'avenir le nombre (( de Pères strictement nécessaires pour continuer avec fruit les missions (( dans les archidiocèses coniiés à mes soins. L'amour que je porte à la Com» « pagnie et dont j'ai donné des preuves, m'est un gage que Votre Révérence « aura égard à mes désirs ».
PosBii, 5 décembre 1853.
L'archevêque de Gnesne et Posen, L. Przyluski.
2" Le nouvel évcque de Breslau faisait la même demande dans une lettre un peu plus étendue.
a Le départ du P. Harder de mon diocèse est une perte que j'aurais bien « voulu éviter. Si par la grâce de Dieu tous les Pères de votre Compagnie, dès
4. On travailla aussi d'une manière infatigable les années suivantes. Que dis-je ? Après avoir obtenu une résidence fixe, d'abord à Obra, puis à Srem , on étendit le champ des travaux apostoliques jusqu'en Prusse et dans le duché de Varmie, où Mgr Gerilz appelait gracieusement par lettre les missionnaires. Les annales de ces missions présentent de nombreux détails touchants et instructifs, formant une belle page des annales de l'Église en Pologne, et suffisent à remplir tout un volume fort intéressant. Cependant, forcés de nous borner pour ne pas sortir du cadre que nous nous sommes tracé, nous dirons seulement que de 1856 à J867, époque où les missions, principalement dans l'archidiocèse de Gnesne et Posen, prirent une nouvelle direction, on donna, dans les terres polonaises dépendantes de la Prusse, environ cent grandes missions et un même nombre de petites, ainsi que des retours de mission. Partout on introduisit la société de tempérance contre l'abus de l'eau-de-vie. Dans le seul diocèse de Culm, sur 223 paroisses, 164 entrèrent dans cette société. Le principal promoteur de ces institutions salutaires fut le P. Théophile Baczyhski. Cet apôtre zélé, de 1850 à 1861, prit part à 97 missions en Silésie, dans les trois diocèses de Gnesne et Posen, de Varmie et de Culm. Voici ce qu'il écrit
« leur première entrée dans mon diocèse, ont su, par leur conduite exem- « plaire, prudente et vraiment sacerdotale, illustrer la sainte Eglise et la « Compagnie de Jésus et forcer leurs ennemis les plus acharnés à reconnaî- « tre et à respecter leurs vertus ; si par là ils ont mérité la reconnaissance « de mes diocésains, je dois avant tout rapporter l'honneur de ces avantages au
« P. Harder J'apprends aussi que les autres Pères qui résident dans mon
« diocèse, doivent être rappelés. Mon dessein n'est pas de nuire en quoi que « ce soit aux intérêts de la Compagnie, qui peut-être a besoin d'un semblable « rappel ; mais il est de mon devoir de faire remarquer à Votre Révérence « que si les Jésuites se retirent entièrement de Silésie au moment où, heu" « reusement victorieux de préjugés si enracinés, ils ont su se gagner l'opi- « nion publique, cet acte pourrait bien leur créer pour l'avenir de plus granft des difficultés, s'ils voulaient s'établir ici de nouveau. » {Arch. Jcs. Pol.)
MISSIONS ïN SILÉSIE, A POSEN ET EN PRUSSE
dans une de ses lettres sur les résultats de la société de tempérance : « Les juifs et les protestants étaient stupéfaits <t de voir qu'après la mission le peuple ne voulait plus boire « d'eau-de-vie et travaillait incomparablement davantage. « Un propriétaire juif fut si édifié de cette tempérance, qu'il < en fît des remerciements publics aux missionnaires et « enjoignit qu'à partir de ce moment on donnerait à ses gens « du lait en place d'eau-de-vie. L'administrateur des biens « royaux, voyant comment le peuple dans l'hiver travaillait « sans boire d'eau-de-vie, écrivit aux gouvernement pour « obtenir la permission de donner de la bière ou du lait ; et « comme dans la diète du pays quelques spéculateurs protes- « tants déclaraient que les missions ruinaient le revenu des « boissons, M. Eulenburg, premier président de Kœnigsberg, « déclara publiquement que si vraiment les missions exer- « çaient une influence aussi salutaire sur le peuple, les dépu- « tés devaient les encourager et remercier les missionnaires * de ces heureux effets, puisque la boisson est ce qui ruine « le plus une nation au point de vue moral et matériel. Dans « l'ancienne Prusse spécialement, où toutes les missions se « donnaient aux frais du peuple et du clergé, on fit tant d'of- « frandes pendant la mission, que non seulement les dépen- « ses furent couvertes, mais encore on remit aux missionnai- « res une forte aumône. Le peuple ne cessait de remercier « tout haut les Pères ; il répétait qu'il regrettait seulement « de n'avoir pas connu plus tôt ces saints exercices. « Les curés aidaient le peuple à se maintenir dans la tempérance, les nobles renversaient les distilleries ou les changeaient en brasseries.
On n'omit point non plus les autres moyens pour conserver le peuple dans la piété et la sobriété ; ainsi l'on introduisit, presque dans chaque paroisse où se donnait une mission, les congrégations du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie. Le P. Baworowski, provincial, étant allé à
Rome en 18S3 pour l'élection du T. R. P. Beckx, général de la Compagnie, en rapporta le privilège de distribuer le scapulaire de Tlmmaculée-Conception. Notre peuple est attachédu fond du cœur à ce genre de dévotion ; aussi dans chaque mission passait-on des heures entières à donner ce scapulaire, que le peuple appelait le scapulaire de la mission. Ce qui dans chaque mission touchait davantage et que personne ne pouvait contempler sans verser des larmes, c'était l'acte solennel du pardon demandé à leurs parents par les enfants avant leur première communion ; c'était la procession de clôture appelée aussi des quatre états, dans laquelle les jeunes filles, les jeunes gens, les femmes, les hommes (chaque état rangé sous son étendard et chantant des hymnes et des cantiques) s'avançaient comme au jour de la Fête-Dieu autour du Saint-Sacrement ; c'était enfin la plantation de la croix de mission.
5. En présence des masses du peuple contrit et priant au pied de la croix de mission, l'esprit religieux se fortifiait même chez les prêtres. Le diocèse de Culm fut le premier à donner l'exemple. Là, dès i8o2, travaillèrent les Jésuites de la province d'Allemagne-
Sur leur initiative s'établit la société de prêtres connue sous le nom de Sodalitas Ignatiana et qui existait depuis peu de temps dans le diocèse de Przemysl, grâce aux soins de MM. les chanoines Skrzyriski etLobos ; elle avait pour but d'introduire les missions pour le peuple et les retraites pour les prêtres.
Les retraites ! Ce mot était jusqu'alors, du moins chez nous en Pologne, odieux et détesté, car il signifiait une pénitence imposée aux prêtres pour une faute très grave. Cependant la signification propre de ce mot est tout autre : le prêtre, semblable à une mère, nourrit dans la chaire et au confessionnal le peuple fidèle ; en mille circonstances, il est obligé de lui
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fournir la nourriture saine des principes et des enseignements moraux. Les occupations nombreuses qu'entrainent avec eux les devoirs du ministère, les soins de l'administra* tion et de l'intérieur d'une maison, distraient l'esprit du prêtre et ne lui laissent que peu ou point de temps pour la lecture des livres spirituels, pour la méditation, en un mot pour le recueillement de l'esprit ; elles l'attiédissent même à son insu et le rendent moins fervent dans sa sainte vocation. Pour compenser donc ce qui lui manque de cette nourriture spirituelle dont il doit fortifier les fidèles, pour secouer cette poussière des fautes quotidiennes, pour résister à l'envahissement insensible des maximes du monde, pour rentrer dans le sanctuaire de son âme et recueillir son esprit : un excellent moyen, le seul à peu près^ ce sont les exercices spirituels, les retraites. Ces exercices avaient encore le grand avantage et Theureux effet de réunir ensemble un grand nombre de prêtres, de les rapprocher mutuellement, de renouveler des connaissances qui dataient du séminaire, d'établir de nouveaux rapports. L'échange des pensées, la communication des idées et des convictions, le commerce des vieillards avec les jeunes prêtres, la participation à la même prière : tout cimentait l'union des cœurs et des esprits dans le clergé.
Aussi la persécution religieuse le trouva-t-elle préparé. On y compta peu d'apostats ; tout au contraire, suivant l'exemple de ses évêques, le clergé s'exposa volontiers à l'amende et à la prison.
Un maître dans l'art sacré de donner les retraites, fut le P. Kulak, mort à Srem en 1871. Il eut pour l'aider dans ce travail les PP. Praszalowicz, Cych, Perkov^ski, Czezowski. On donnait chaque année des retraites à plusieurs reprises, à Gnesne, à Gostyn, à Wilkowa, à Posen. En 1855, 250 prêtres firent les exercices ; les années suivantes, il y en eut autant et même davantage. Il est bon de remarquer que, jusqu'en
1867, l'autorité ecclésiastique ne fit sous ce rapport aucune prescription, chacun se rendait de bon gré et librement à ces •retraites et en retirait de grands fruits.
Il est vrai qu'au mois de décembre 1855, Mgr l'archevêque Pzyluski adressa à son clergé une lettre circulaire dans laquelle il invitait chaque prêtre, sans toutefois créer d'obligation, à faire autant que possible chaque année les exercices spirituels, sous la direction des Jésuites.
Les instituteurs suivirent l'exemple des prêtres. En 1857, 61 instituteurs dans le duché de Varmie firent une retraite, de trois jours ; ceux de la Grande Pologne firent la même chose à différentes reprises à Gnesne et à Posen.
Les missionnaires furent encore chargés d'autres fonctions également importantes et utiles, telles que retraites dans les communautés et pensionnats. Il faut comprendre la vie religieuse et l'éducation chrétienne pour apprécier l'importance de ce ministère sacré. Souvent aussi à la fin d'une mission, les Pères donnaient trois jours de leur ministère aux prisonniers, et les directeurs des prisons étaient les premiers à demander €ette faveur et à s'en montrer hautement reconnaissants.
En lisant les lettres des missionnaires (j'en ai eu plus de cententre les mains), écrites à leur provincial, sans prétention, souvent même à la hâte, au milieu de la nuit, après les fatigues d'une mission, on se demande avec étonnement comment un si petit nombre d'ouvriers apostoliques ont pu supporter tant de travaux accablants pour le corps et pour l'esprit.
6. Le nouvel archevêque de Gnesne et Posen, Mgr Halka Ledôchowski, depuis prisonnier pour la foi et pour les droits de l'Eglise, désirait avant tout rendre encore meilleur le clergé de son diocèse, soutenir et régler une fois pour toutes l'œuvre salutaire des missions et des retraites. En 1867, il appela le P. provincial, alors le P. Szczepkowski, et le pria de lui fournir le nombre nécessaire de Pères pour donner chaque année à
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son peuple dix missions, et la retraite à ses prêtres et aux séminaristes. Pour ne point être à charge aux paroisses et aux curés, il offrit sur sa cassette mille lhalers chaque année aux missionnaires pour couvrir leurs frais de voyage. Son plan était tellement arrangé, que chaque paroisse avait une mission tous les dix ans ; et tous les deux ans, chaque prêtre était obligé de faire une retraite. Tous les ans et quelquefois deux lois par an, les séminaristes de Gnesne et de Posen faisaient une retraite en même temps que l'archevêque. Mgr Ledochowski, veillant à l'ordre des exercices, avait sa place au milieu des séminaristes à la chapelle, entendait avec eux les instructions €t faisait les méditations. Son exemple était suivi par ses évêques suffragants, Mgr Cybichowski à Gnesne, Mgr Stefanowicz à Posen. Ces exemples salutaires contribuaient beaucoup au succès de la retraite.
Les prêtres faisaient la retraite annuelle, comme autrefois, à Posen, à Gnesne et à Gostyn. Depuis 1869 elle eut lieu à Srem. Là des prêtres venaient aussi des diocèses de Culm et de Varmie ; quelques-uns faisaient pour cela près de cent lieues.
On mit à exécution le nouveau plan de missions dans les doyennés situés sur les frontières du Royaume du Congrès et de la Silésie, sans toutefois omettre les missions ordinaires dans les grandes villes ; en 1869 arriva un contingent de nouveaux prêtres à Srem, résidence où neuf Pères étaient uniquement désignés pour donner des missions exclusivement polonaises, ou des missions mixtes pour les Allemands et les Polonais.
7. Ainsi donc la génération actuelle des Jésuites ne s'est en rien écartée de l'esprit primitif de la Compagnie. Dieu, dans sa miséricorde, s'est servi des Pères Jésuites pour préparer le clergé par les retraites, le peuple catholique par les missions, à supporter avec courage le coup que leur destinait le prince
de Bismarck, instrument des loges maçonniques contre l'Église catholique dans le royaume de Prusse. Faut-il donc s'étonner que ces Pères soient tombés les premières victimes de la persécution religieuse ?
On sait qu'après sa victoire inespérée sur la France, le prince de Bismarck jeta le masque et commença le combat contre l'Église. Fidèle aux traditions des ennemis du catholicisme, il songea d'abord à vaincre ceux qui, selon la parole de Frédéric If, formaient la « garde du corps du Pape. » Les chambres libérales de Berlin se mirent à son service ; au mois de mai 1872, on publia une loi condamnant les Jésuites à sortir de l'empire d'Allemagne. On s'inquiéta peu de motiver ce décret, on dit laconiquement qu'ils étaient dangereux pour le pays (1) ; et l'on n'essaya même pas de donner une réponse aux arguments convaincants de la fraction des conservateurs catholiques.
Si jamais la maxime « la force prime le droit » eut une application , ce fut en cette circonstance. L'expulsion des Jésuites delà monarchie prussienne fut différente essentiellement des décrets semblables de bannissement portés dans d'autres pays, en Italie par exemple ou en Autriche en 1848. Dans ces pays en effet, on dispersa la Compagnie comme corporation ecclésiastique, en conservant à ses membres le droit de citoyens et la liberté personnelle. Le gouvernement prussien agit dans cet acte illégal avec une logique impitoyable. Il chassa du royaume les Jésuites étrangers, bien qu'ils fussent munis de passe-ports légalisés, bien qu'ils ne fussent convaincus d'aucune faute et d'aucune tentative contre la tranquillité publique. Quant aux Jésuites qui étaient citoyens prussiens, non seulement il les priva de ce droit et leur enleva le libre exercice de leurs fonctions sacerdotales, mais do plus il fit une violence révoltante à leur liberté personnelle ; il fit interner dans des villes ou des provinces protestantes des citoyens
(1) Sie Sind Staatsgefa hrlic/t.
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prussiens modestes, paisibles, et qui peu auparavant avaient été décorés pour des services publics.
Ce fut en vain que plus de deux millions de catholiques présentèrent une adresse ; le prince de Bismarck trouva dans cette démarche la preuve nouvelle d'une conspiration de la Compagnie dangereuse pour j l'état. L'Europe libérale applaudit à cette violation des droits de l'homme, parce qu'elle s'appliquait aux Jésuites. Mais qui sait si un avenir prochain ne prépare point à ces libéraux de terribles représailles ? Ce n'est pas la première fois que les Jésuites rencontrent des adversaires aussi intraitables que le prince de Bismarck. Regrettés par le clergé et le peuple, dont ils ont su se gagner l'estime et l'amour, assurés par le témoignage de leur conscience d'avoir bien employé les vingt-deux années de liberté que Dieu leur avait accordées dans le royaume de Prusse, d'avoir travaillé comme des ouvriers infatigables et préparé les serviteurs du Christ à une résistance généreuse, ils secouèrent la poussière de leur chaussure et s'en allèrent travailler ailleurs.
Deux ans à peine après les décrets de Bismarck, les 200 Jésuites westphaliens et polonais condamnés à l'exil ou à l'inaction, étaient surchargés d'occupations utiles et salutaires. Les Pères westphaliens ont ouvert de grands collèges et des pensionnats dans l'Amérique du Nord et des résidences en Danemark, et leur nombre s'est accru continuellement de 1872 à 1885. Les Jésuites de la province polonaise ne sont pas non plus restés inactifs. Sous la protection paternelle de Sa Majesté l'empereur François-Joseph, ils se sont dévoués aux collèges et au ministère apostolique en Galicie ; plusieurs sont allés dans les missions étrangères, en Amérique, en Asie et en Afrique ; et ce qui pour les enfants de la Compagnie est une grande consolation, sur plus de cinquante religieux de la province de Pologne qui résidaient en Prusse au moment de l'expulsion, il ne s'en est pas trouvé un seul
que les édits de Bismarck aient fait renoncer à sa vocation (1).
Dans d'autres pays aussi, l'extrême gauche, suivant à l'aveugle la Chambre de Berlin et animée du même esprit, demanda avec instance l'expulsion des Jésuites ; et malgré des insuccès momentanés, elle ne cesse point de poursuivre l'exécution de son dessein. 11 peut se faire que Dieu dans sa miséricorde détourne ce nouveau malheur de l'Église et de la Compagnie; mais de quelque nature que soient ces décrets de bannissement, ils ne prendront point les Jésuites au dépourvu. Cette
(1) Les Jésuites de Pologne eux aussi voient leur nombre et leursoccupations se multiplier; et à l'heure où nous traçons ces dernières lignes, de nouveaux champs se sont ouverts à leurs travaux apostoliques.
Dans la presse, quel bien n'opère pas le petit Messager polonais du Sacré- Cœur, qui chaque mois se tire à plus de cent mille exemplaires ? La Revue universelle {Przegliid powszechny) ne fait que commencer et déjà elle obtient dans toute la Pologne un succès mérité. Les Missions catholiques illustrées ne le cèdent pas en leur genre aux deux publications précédentes. Je ne dis rien de beaucoup d'autres publications détachées, faites par les Pères polonais et vendues au prix coûtant, qui vont porter la lumière catholique dans les esprits des populations et fortifier leur foi.
Dans le ministère apostolique, il y aurait beaucoup à dire sur les missions populaires en Galicie, surtout dans le pays ruthénien, où les travaux des Jésuites en 1882 ont arrêté et refoulé en Russie le schisme moscovite. Mais je dois dire comme le P. Zalçski et encore plus que lui : ces faits.sont d'hier et ne se peuvent publier de sitôt.
Encore une réflexion sur le séjour des Pères de la Compagnie en Pologne, On rapporte que, dans les derniers temps de l'ancienne Compagnie, notre Frère sacristain de Léopol aperçut un soir, à la fm de la visite au Saint-Sacrement en usage dans cette province avant le coucher, un Père qui restait seul dans la chapelle de la Sainte Vierge, où la communauté faisait cette visite ; le Frère sacristain voulant fermer la porte et aller prendre son repos, s'approcha de ce Père et le pria de se retirer. « Je suis votre frère Stanislas « Kostka, répondit le mystérieux personnage, et je demande à la Sainte Vierge « que la Compagnie ne sorte jamais de Pologne. » La mémoire du fait miraculeux n'a été conservée que par un habitant de Léopol, qui le tenait des anciens Jésuites. C'est de lui que les Pèi^es de la nouvelle Compagnie l'ont appris en 1820, à leur retour en Galicie.
Si l'on ne veut pas admettre l'apparition de S. Stanislas, au moins ne peuton se refuser à constater l'accomplissement fort étonnant, pour ne rien dire de plus^ de cette prophétie depuis un siècle dans la Pologne démembrée. En effet de 1773 à 1820, les Jésuites vécurent dans les provinces polonaises prises
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armée, composée de troupes légères, se disperse et se reforme avec rapidité : dispersée sur un point, elle se reforme sur un autre et donne avec courage sur les ennemis de la sainte Église ; et même au milieu de sa dispersion, les armes ne lui tombent point des mains.
La Compagnie de Jésus doit cette vitalité inépuisable qui lui est propre, par dessus tout à un don spécial de Dieu; elle la doit aussi à-sa règle, à l'esprit que lui a communiqué son illustre fondateur S. Ignace de Loyola.
par la Russie ; chassés de Russie en 1820, ils vinrent en Galicie, où ils restèrent jusqu'en 1848. Dispersés par la révolution de 1848, ils furent reçus dans les provinces polonaises qui relèvent de la Prusse. Là, malgré les vexations mesquines de la police, ils opérèrent un grand bien par les missions et les retraites, comme il a été dit dans cet ouvrage. Enfin, expulsés de Prusse en 1872 et ne pouvant rentrer dans l'empire des tsars, ils attendent dans la Galicie, province polonaise dépendante de l'Autriche, que de meilleurs jours se lèvent pour l'Église et la Compagnie dans les deux empires du Nord.
Dans ce qui suit, le P. Zalçski parle de l'état de l'Europe en 1874 et 1875. Depuis ce temps, la Compagnie de Jésus a été dispersée en France, et la Maçonnerie au pouvoir menace les Jésuites et tous les religieux d'une persécution plus radicale encore. L'avenir est entre les mains de Dieu, qui saura tirer le bien du mal ; à nous d'attendre son heure dans la souffrance et dans la paix. Quoi que fasse l'enfer, il n'aboutira jamais qu'à sa propre défaite et n'empêchera jamais de se réaliser cette parole de l'Écriture : Diligentibusy Deum omnia cooperantur in bonum. (Rom., VIII, (N. T.)
DOCUMENTS
DOCUMENT S (Voy. liv. IV, ch. I, p. 4)
Je ne pense pas qu'il y ait au monde aujourd'hui un liomme sérieux qui révoque en doute ce que dit ici le P. Zalçski. Cependant je crois bon^pour empêcher au moins de crier à l'exagération, de transcrire une page de Condorcet. Elle mettra clairement sous les yeux de qui ne veut pas s'aveugler, le plan infernal de ces monstres à face humaine qui, sous divers noms, cherchent depuis un siècle le renversement de tout bien, le triomphe de tout mal. .fe ne commenterai point, je souligne seulement les termes menteurs employés par cet infâme, et je donne en note leur traduction en langage des honnêtes gens.
« Bayle, Fontenelle, Voltaire, Montesquieu et les écoles < formées par ces grands hommes, combattirent en faveur de « la vérité (a), employant tour à tour les armes que l'érudition, « la philosophie et le talent d'écrire peuvent fournir à la « raison (b) ; prenant tous les tons, employant toutes les « formes, depuis la plaisanterie jusqu'au pathétique, depuis « la compilation la plus savante et la plus vaste (1) jusqu'au
(a) erreur.
(b) impiété.
(1) V Encyclopédie, œuvre de Voltaire, de d'Alembert et de Diderot. Voltaire l'appelait « un gros fatras où il y avait trop de pauvretés »; d'Alembert, « un habit d'arlequin où il y a quelques morceaux de bonne étoffe et trop de haillons » ; — Diderot, « un gouffre où ces espèces de chiffonniers (auteurs auxiliaires non ou mal payés) jetèrent pôle-mèle une infinité de choses mal vues, mal digérées, bonnes, mauvaises, détestables, vraies, fausses, incertaines et toujours incohérentes et disparates, etc. »
Rdssie-Blanche, t. u. 23
« roman et au pamphlet (1) ; couvrant la vérité (c) d'un voile € qui ménageait les yeux trop faibles et laissait le plaisir de a la deviner ; caressant les préjugés (d) avec adresse pour leur « porter des coups plus certains ; n'en menaçant jamais plu- « sieurs à la fois ni même un seul tout entier ; consolant « quelquefois les ennemis de la raison (e), en paraissant ne « vouloir dans la religion qu'une demi-tolérance et dans la « politique qu'une demi-liberté; ménageant le despotisme (f) « quand ils combattaient les absurdités religieuses (g), et le « culte quand ils s'élevaient contre les tyrans (h) ; attaquant € ces deux fléaux dans leur principe, quand même ils parais-
< saient n'en vouloir qu'à des abus révoltants ou ridicules ; € et frappant ces arbres funestes dans leurs racines quand « ils semblaient se borner à en élaguer quelques branches € égarées ; tantôt en apprenant aux amis de la liberté (i) que la
< superstition, qui couvre le despotisme d'un bouclier impéc nétrable, est la première victime qu'ils doivent immoler, la € première chaine qu'ils doivent briser; tantôt au contraire « la dénonçant aux despotes, cette superstition, comme la c véritable ennemie deleur pouvoir, et les effrayant du tableau « de ses hypocrites complots et de ses fureurs sanguinaires ; « mais ne se lassant jamais de réclamer Yindépendance de la
(1) Une société secrète, dont Voltaire était le chef honoraire, d'Alembert le chef actif, fut établie k Paris chez le baron d'Holbach ; et c'était aux membres de cette société que Voltaire écrivait en signant : Écrasons l'Infâme. Elle avait pour but de composer et de colporter, jusqu'au fond des campagnes, de mauvais livres contre la religion et la royauté. [Voyez Bxrrvel, Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme, tome 1'=''.
(c) mensonge.
(ri) croyances religieuses.
{e) défenseurs de la religion et de la société.
(î) royauté.
(g) dogmes de la foi.
(h) rois.
(i) impies et scélérats de toute sorte.
DOCUMENT S
« raison (j), la liberté d'écrire (k), comme le droit et le salut « du genre humain ; prenant enfin pour cri de guerre : « raison (l), tolérance (m), humanité (n) »(1).
Ces trois derniers mots de Gondorcet sont de la même famille que les trois dont la Révolution a souillé tous nos monuments publics : liberté, égalité, fraternité, et dont un siècle de maux nous a donné l'interprétation : mensonge, vol, assassinat. C'est en résumé toute la prétendue République Frafiçaise, qui n'est ni république ni française, mais uniquement la Révolution,
Ce monstre à qui Satan commit tous ses pouvoirs.
Le principe unique de la Révolution, c'est la haine de Dieu et de l'homme image de Dieu ; son œuvre exclusive, c'est l'infamie dans tous les genres ; son effet adéquat, c'est la ruine universelle ; dans le temps, ruine de tous les intérêts matériels, intellectuels et moraux ; dans l'éternité, ruine des âmes par la damnation.
Quant aux menteurs infâmes et homicides qui ont accepté d'exécuter le plan infernal, Notre-Seigneur a tracé leur portrait : Vos ex pâtre diabolo estis et desideria patris vestri vultis facere. Ille homicida erat ab initio et in veritate nonstetit, quia non est veritas in eo ; quum loqicitur mendacium, ex propriis loquitur, quia mendax est et pater ejus (2).
(j) le non serviam de Satan,
(k) liberté de corrompra les esprits et les cœurs.
(1) impiété.
(m) liberté du mal.
(n) haine de l'homme,
(1) Esquisse d'un tableau de l'Esprit humain (1791). <2) Jo., VIII, 44.
DOCUMENT T (Voy. liv. IV, ch. I, p. 16.)
Chose vraiment frappante ! On détruisait la Compagniecomme inutile, comme dangereuse pour la paix de l'Église et des monarques, pour le bonheur des peuples. Et pourtant Clément XIV lui-même retenait l'ex-jésuite Lazari commeconsulteur de l'index et correcteur des livres orientaux ; un autre ex-jésuite, Angeri, était théologien du pape;Maroti, secrétaire des lettres latines; Aquasciati, consulteur des rites. Le successeur immédiat de Clément XIV, le pape Pie VI, remet à l'ex-jésuite Zaccaria, et après lui à l'ex-jésuite Sozzi, la direction de Técole diplomatique nouvellement fondée et de laquelle sortent les nonces pontificaux.
Les séminaires épiscopaux des états de l'Église, à Tivoli, Segni, Agnani, Gubio,Vezula, Centi, Velletri, Seti, Sinigaglia, Cita del Castello et Ferentino, sont dirigés par les ex-jésuites Zios, Zarzoza, Galan, etc. Pie VI, imitant l'exemple des évêques, donne à l'ex-jésuite Cerasola la direction du séminaire de Subiaco qu'il vient d'ouvrir. Les évèques des autres pays catholiques en font autant, surtout en Westphalie. Non seulement la charge de théologal et la direction des séminaires ecclésiastiques, mais encore la conduite spirituelle des religieux et des religieuses, même au for de la conscience, était confiée aux Jésuites par les évèques. Il était impossible de donner à la vertu et à la science de la Compagnie supprimée, une plus grande preuve de confiance, de lui rendre un témoignage plus éloquent.
Lorsque en 1775 on célébra le jubilé publié par Clément XIV, dans la seule ville de Paris, sur vingt prédicateurs, on comptait seize ex-jésuites. La même proportion existait dans les autres villes cathoUques. Les églises cathédrales, les collégiales, n'avaient point ordinairement d'autres prédicateursque des ex-jésuites.
DOCUMENT T
Un grand nombre d'entre eux fondèrent des œuvres de charité, des hôpitaux, des asiles. Le parlement du Languedoc, qui lui aussi avait voté Texpulsion des Jésuites, fit célébrer en 1784, aux frais du trésor public, des funérailles magnifiques à Tex -jésuite Jean Serane, appelé le « Père des pauvres » ; toutes les autorités et les corporations furent représentées à cette cérémonie. Les conseillers de Soleure, en 1799, élèvent à l'ex-jésuite Crollalanza une statue et gravent sur le piédestal l'inscription suivante :
« La ville de Soleure a aimé, adm iré, pleuré en lui le père « des pauvres, la mère des malades, le frère de tous, un « homme docte et très humble, dont la douceur ne se démen- « tit ja^nais, pendant sa vie, à sa fnort, dans le tombeau » (1).
D'autres villes, surtout en Italie, accordèrent le droit de •cité à des jésuites espagnols , leur confièrent différentes fonctions ; même en 1789 il se trouva dans l'Assemblée nationale deux députés ex-jésuites, les PP. Delfau et San-Este- •van. Crétineau-Joly a compté 21 ex-jésuites nommés évèques de 1775 à 1800. L'ex-jésuite Hohenwart devint archevêque de Vienne ; le P. Avogadro, évêque de Vérone ; le P. Sailer, évèque de Ratisbonne, etc. Certainement Crétineau n'a pas voulu faire une énumération complète ; que dis-je? il ajoute : « Beaucoup refusèrent, dans l'espérance de voir se recons- «tituer la Société de Jésus. »
Enfin qui pourra compter les ex-jésuites qui devinrent chanoines, doyens, vicaires-généraux et curés ? « Si vous ren- « contriez, dit Chateaubriand, un ecclésiastique âgé, plein de « savoir, d'esprit, d'aménité, ayant le ton de la bonne com- « pagnie et les manières d'un homme bien élevé : Tous étiez « disposé à croire que cet ancien prêtre était un Jésuite (2). »
(\) Paupeyurn patretn, eeg)vrum malrem, omn'uDn fratretu, rh um doctum et JmmiUiiniDii ; in vila, in morte, in ferelro, siiaritate sibi simileirif ^mabat, admimbatur, lugebat Solodurion,
(2) Mélanges.
On voyait même, comme avant la suppression des ex-jésuites confesseurs des princes : les PP. Belasi et Viel à la cour de Bavière, le P. Parhammer à la cour de l'empereur François I". Les chaires des académies et des classes étaient occupées en grand nombre par d'anciens jésuites. Ces hommes disparaissaient jadis, perdus au milieu de leurs frères en religion, dont la science peut-être cédait à la leur, mais qui les égalaient pour le travail ; maintenant qu'ils sont à l'œuvre seuls et isolés, ils étonnent par leur érudition et leur science. Tels, le P. Nekrepp, directeur de l'académie impériale des sciences orientales à Vienne ; le P. Jean Tuberville, directeur de l'académie de Bruxelles ; le P. Jean Molnar à Peslh. Les ex-jésuites Mako, Schœnwisner, Luino et Lecchi sont professeurs de numismatique, d'archéologie et d'architecture à Vienne. L'évêque-électeur de Mayence confie à des jésuites les écoles dans son électoral ; le grand duc Léopold charge Ximenez d'enseigner en Toscane la physique et la géométrie; le P. Panizzoni est installé par le même prince professeur de mathématiques à Prato ; l'ex-jesuite Eckel met en ordre le musée de numismatique à Florence. Les académies se disputent l'astronome Boscovitch : Louis XVI lui offre la place de directeur d'optique pour la mariae, avec une pension de 8000 livres tournois ; Christian VII de Danemark invite l'astronome Ilell à se rendre à Ward'hus en Laponie ; Liesganig reste, sur le désir exprès de Joseph 11, professeur de mathématiques à Léopol, où il prépare la première carte exacte de la Galicie et de la Bukowine.
Non seulement les sciences exactes trouvèrent, dans les membres de la Compagnie supprimée, de vaillants travailleurs ; les chaires des écoles, des professeurs expérimentés; la tribune sacrée, des prédicateurs zélés et éloquents ; mais encore les erreurs et les doctrines perverses du siècle eurent à compter avec les débris de cette grande armée dispersée. Contre le Fébronianisme, combattit avec persévérance Fran-
DOCUMENT T
çois Feller, aidé par nombre de ses anciens compagnons : de Doyar et Navez, Ghesquier, de Saive et Corneille de Smet, surtout Zaccaria, dont nous avons déjà parlé, qui réfuta victorieusement le Fébronianisme dans son ouvrage : Anti Febronius vindicatus, et força moralement l'auteur de ces erreurs, révèque Jean-jNicolas de Ilontheim, dit Febronius, à se rétracter et à se soumettre humblement au Saint-Siège. L'ex-jésuite Grosier prend en main, après Fréron, la rédaction de V Année littéraire ; Geoffroi rédige le Journal des Débats. Quelques ex-jésuites, à la léte desquels se trouve le P. Berlhier, continuent la rédaction du Journal de Trévoux^ qui combattit énergiquemenl les doctrines des sophistes et découvrit les artifices variés des sectaires. En même temps, le P. Berthier continue V Histoire de V Église gallicane du P . Longueval.
Les ex-jésuites espagnols, exilés en Italie, fréquentent les bibliothèques publiques et enrichissent les feuilles littéraires du fruit de leurs recherches continuelles. Le Journal de littérature et de belles-lettres du protestant Christophe de Murr révèle au monde l'histoire de la persécution de la Compagnie en Portugal et en Californie ; ce savant publie dans ces volumes de très-curieuses recherches philologiques sur la langue chinoise, envoyées par des missionnaires ex-jésuites, etc.
En un mot, les ex-Jésuites, après la destruction comme jadis la Compagnie à l'époque de sa puissance et de son plus grand développement, travaillaient dans toutes les sphères, au milieu de toutes les classes de la société. Nous répétons que cette activité d'hommes dispersés et qui n'ont aucun plan d'ensemble, aucune direction, ne pouvait donner aux ennemis de l'Église et des états, des coups aussi vigoureux qu'autrefois, lorsque les individus réunissaient en commun leurs travaux et leurs efforts et combattaient ensemble sous la conduite énergique du général siégeant à Rome, et des
supérieurs provinciaux et recteurs qui commandaient sous sa direction. Mais si aux entreprises subversives des sectaires et des maçons, qui prenaient chaque jour des proportions plus gigantesques, l'on oppose les travaux des ex-jésuites dans l'intérêt de la religion ou de la science, il est certain que ces nobles efforts pour la cause du bien disposaient l'opinion publique des conservateurs de tout culte et de toute nuance à recevoir avec joie le rétablissement de la Compagnie,
Telle est la double cause qui provoqua surtout le retour des Jésuites.
{Voyez Crétineau-Joly, tome V, ch. 6).
DOCUMENT U (Voy. liv. IV, ch. I, p.l7)
Je donne ici la pièce de vers composée en l'honneur de la Compagnie, par le P. Michel Denis, touchant souvenir d'un fils à la mémoire de sa mère. Cette élégie a été traduite en vers français, en vers allemands et en vers polonais.
FATUM JESUITARUM
(POSONII, A. 1800)
Pauca sodalitii superant jam membra beati,
Cujus ego quondam pars quotacumque fui ; Cujus in excidium solers arma vit Avernus
Quidquid ei toto militât orbe mali.
Vénales pretio lingua?, mordacia scripta,
Confictique metus, livor, opumque sitis, Agmine nos facto circum fremuere ; nec usquam
Cura laborantes uUa levare fuit.
Nil juvat ingenuis teneram formasse juventam
Artibus, et mores edocuisse bonos ;
DOCUMENT U
Tôt claros genuisse viros, quos nescia mortis
Innumeris loqiiitur fania voluminibus ; Semina divinse legis sparsisse per urbes,
Oppida et agrestis fumida tecta casse ; Pulvillis regiim morientum, inopumque grabatis
Advigilasse, pari nocte dieqiie fîde ; Tinxisse extremas sudore et sanguine terras,
Quas oriens Phœbus lustrât et occiduus : Ut regio nusquam nostri non plena laboris
Pro Ghristo et sancta relligione foret.
Niljuvat : Exiginiur laribus, disjungimur atque
Fraterno inviti solvimur officio.
Proh ! tantum potuit vis conjurata malorum !
Tantum hominum cœca3 pectora noctis liabent Scilicet aurea ssecla tibi reditura putabas,
Europa, a nostri clade sodalitii?
Credula î toile oculos, partem circumfer in oranem,
Et quas sit faciès rerum hodierna, vide ! Adspicis infestos populos, agitataque régna
Alterum in alterius proruere exitium ; Templa profanata et poUutas caedibus aras,
Undique et horrenti diruta tecta situ ; Cive domos vacuas, desertaque rura colono,
Perfugium miseris vix super exulibus.
Insultât cœlo impietas ; reverentia legum
NuUa ; fides cessit, fasque, pudorque procul. Omne ruit temere frenum indignata juventus.
Et florem setatis deterit ante diem.
Non ego sum Nemesin qui cœlo devocet, aut qui
Cuncta haec de nostro funere nata velit. Sunt tamen, averti aut minui potuisse ruinam.
Qui, nostro incolumi corpore stante, putent. Signassemus enim prseclaram sanguine causam,
Aut populis nostra mens rediisset ope.
Hsec alii. Mihi non tanta est fidiicia nostri :
Supremi veneror Nuniinis arbitrium ; Quodque licet, tumulos obeo, sparsasque per orbem
Complector fratrum peclore relliquias.
Queis ubi summa dies jam fessum junxerit sevo,
Hsec erit ad tumulum spes mihi Ma cornes : Posteritas, quse non odio nec amore feretur
Pensabitque mei gesta sodalilii :
« Cœtum hominum lalem, dicet, nec prisca tulere,
« Nec, conata licet, ssecla futura ferent. »
DOCUMENT V (Voy, liv. IV, ch. II, p. 20).
Votum seu Suffragium ah Eminentissimo Cardinali A, datum in Gaussa Jesuitarum, 1775.
Obsequor mandatis Sanctitatis Vestrse, et sine iiiora suffragium meum scriptum milto, simulque profiteor, me id ipsum citra fatigationem composuisse, cum totum scriptionis meae argumentum deprompserim exprolixa, quamaccepi, epistola doctissimi et neutiquam prseoccupati cujusdam episcopi transalpini, ex qua abunde perspexi viri illius sensa eadem omnino esse cum sensis meis.
Dico itaque caussam Jesuitarum generatim spectatam, esse caussam gravissimam, prout etiam gravissima totius orbis judicio fuit, quoad tandem cum sonoro strepitu ventilanda proponeretur. Sacri et profani principes in hac caussa desudant longo spalio non jam mensium, sed annorum complurium ; hostes seque ac fautores Societatis caussam hanc, tanquam centrum et scopum mullarum maximi momenti designationum intuebantur; et tamen, post tanti temporis decursum, post tantas ettamintricatas tractaliones, dici cum veritate non potest caussam esse finilam, et ultima sententia decisam, ita ut non possit in judicium vocari. Quamvisautem
DOCUMENT V
Societas per Brève a Clemenle XIV edilum, ipso facto abolita esset atque deslructa ; niliilominiis gravis caussa Jesuitarum at) alio summo Pontifice de novo examinari légitime débet, et in judicio, cum débita solemnitate ac forma juris,tractari, ob rationes sequentes :
1° — Examinari hsec caussa adhuc semel débet, quia per revisionem semel débet recognosci. Videtur quidem, ut verum dicam, prolata sententia, eaque publica, et decretoria ; sed Roma, et Ecclesia, orbisque universus versantur adhuc in tenebris, ubi, quomodo, quando, quibus formulis judicii, discussum fuerit negotium tanti momenti, et tantœ consequentise. Meretur itaque gravissima hsec caussa revocari ad examen, eo quod liactenus forma légitima et canonica id facluni non fuerit.
2" — Débet examinari, ut jiistitia prsestetur toti corpori Societatis, quae per Brève Glementinum extincta supponitur. Societas non fuit umquam vocata in jus, non fuit audita, non defensa ; quis itaque credat quod fuerit (Deus scit) a quonam accusata ? Iluic iliustri corpori remanet semper jus inviolabile, quod loges omnes, seterna, naturalis, evangelica, et civilis flagitiosissimo vilissimoque in terris homuncioni semper concessere.
3° — Examinari débet haec caussa, ut praestetur justitia in particulari omnibus membris Societatis. Congregatio hominum non est pliantasma, nec cliimsera, sed consistit ex illis hominibus qui iUam componunt. Societas condeumata aliud non est quam singuli jesuitsecondemnati ; Societas aliud non est quam ipsissimi socii. Jura Societatis sunt jura sociorum, et injustitia facta corpori est injustitia facta membris. Debent itaque Jesuitae exauctorali in judicio esse praesentes ; et hoc illorum jus indubitatum est et sacrosanctum. Jus hoc equidem impediri potest per injustitiam pra3ponderantem, sed auferri penitus atque aboleri numquam poterit. Jesuitae fortassis non revocabunt jura sua in domos, in reditus, in
bona mobilia a famelicis iisurpaloribus dilapidata ; sed revocabunt potiusjura sua contra violenliam illam quœ eos secundum speciem exteriorem prosliluit tamquam viros non amplius Deo sacros, quum tamen Deo esse sacrali cupianl, ob acceptam ab Ecclesia et apostolica Sede inviolabilem, invincibilem, et solemnem consecrationem.
4" — Examinari hsec caussa débet, ut justitia prsestetur Instituto et constitutionibus Societatis. Non per cavillationem loquor, dumjus attribuo constitutionibus Ordinis religiosi;neque paradoxum videatur, dum assero in judicio legitimo defendi et vindicari posse institutum Societatis légitime confirmatae. Imino leges fundamentales alicujus institut! sunt punctum illud ipsissimum in quo se fundant etfirmiter nituntur omnia jura corporis et membrorum, et ex quo corpus seque ac membra suam desumant exsistentiam. Si leges illse fundamentales, quse constituunt vinculum et spiritum alicujus societatis semel infamantur, evertuntur, et annihilantur : ipsa evanescit societas ejusque individua recidunt in nihilum ; immo in aliquid pejus nihilo, ob infamiam adhœrentem. Institutum Societatis Jesu, quod, ex ipsorum etiam hostium saltem perspicaciorum testimoniis, opus est eximia arte perfectum, réclamât contra innumeras injurias quas tempore tam diuturno pertulit, et contra impietatem quœ illi est imputata. Accusabatur corpus Societatis, sed in hanc usque diem non patescit, ulrum accusatio solum in ejus individua, an vero in régulas et constitutiones intentetur. Utrumque affirmatur et utrumque negatur cum portentosa contradictione quse unicuique non prteoccupato nec excsecato demonstrat iniquitatem accusationum et accusatorum. Ex harum sensu, modo sunt pessimi Jesuitœ singuli, et optimas constitutiones atque institutum ; modo institutum pessimum, et Jesuitte ex omni parte optimi. Hoc certum est Constitutiones esse in se ipsis sanctas, approbatas semper a tota Ecclesia et Romanis Poniificibus ; et tamen ab adversariis Jesuitarum,non semel nec
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in iinico tantiim regno, publiée esse infamatas, quum tamquam ridiculœ, seditiosœ, hiimanae societati ipsique humanitati contrarioe, pseiido - evangelicœ , proscinderentiir ; nec taraen fuere iimqiiam in judicio defensœ, in tribunalibus auditœ, etc. Debent itaque etc., etc.
5° — Débet examinari hvec caiissa ad prsestandam justitiam ipsimet justitiœ, id est, honori, pietati, niilloque partium studio corruptne integritati omnium Prnedecessorum démentis XIV, et ipsius Sedis Apostolicae. Multi sunt, et ornalissimi viri catholici, qui palam profitentur nulio tempore per 17 omnino ssecula, immo inde ab ipso S. Ecclesiœ exordio prolatam esse sententiam sanctse Sedi tam probrosam, quîe inapellabile tribunal Religionis tantopere macularit, ac novissimam illam a Clémente XIV, se solo, sine consilio aut consensu sacri Collegii, prolatam, in suo Brevi abolitionis. Tota culpa attribuenda est tribunalis pra3sidi, si tamen culpa in eo combinari potest cum aperta, qua urgebatur, violenlia, et cum sacrilega quam patiebatur, correctione. At vero necesse est tribunal sanctum, et apostolicam Sedem a tam turpi macula liberari, et ad notitiam publicam proferri quidquid S. Sedes, et Sanctissimus Pater, et cum ipso non pauci alii, perspectum habent de adhibitis fraudibus et machinis violentis, quibus extorla e manibus Prœdecessoris fuit sententia, adnitente quodam suo indigne etvenali ministre.
6° — Denique lisec caussa examinari débet ad defensionem Ecclesia3 Romanèie Catliolicse. Jesuitœ fuere accusati et oppressi non ex alterius culpse titulo quam quod in corde, in fide, in moribus et professione, in instituto et charactere sibi proprio, Pontifîci et Romanis Pontifîcibus cari. Alii quidem tituli prsetexuntur ; sed hoc solum est verum illud et obstinatione plénum motivum, ex quo omnes persecutiones contra Jesuitas sunt excitatse ; hoc solum est verum illud et exosum délie tum totius Soeietatis. Totus mundus sanior hoc novit, hoc videt, hoc dicit. Qui id negant, pauci sunt Presbyteri, et
miilti Religiosi, qui simulant se non agnoscere, vel quia cseci, aut ex aft'ectuum collisione insani, non agnoscunt nec vident hanc veritatem aliis palpabilem et manifestam. Clemens XIII gloriosse mémorise rem hanc clare et minutatira descripsit in multis epistolis adGalIise episcopos datis ; immo hgec evidentissima veritas publiée promulgata fuit in variis libris ipsorummet heterodoxorum, qui se aperte Societatis, Summi Pontificis et Romanse Ecclesiœ hostes profitentur. Societas impetita et eversa absolute non fuit alio fine, quam ut postea Romanus Pontifex, Ecclesia, et Religio catholica posset majori cum securitate impugnari; nec suppressio Jesuitarum agitata unquam fait, nisi ad detrimentum Ecclesise, ad opprobrium rei catholicae, ad eversionem Religionis, ad augmentum atheismi et brutalis materialismi, adfirmamentum libertinismi universalis.
Itaque ad defensionem et gloriam Romanse catholicae Ecclesise et fidelium orthodoxorum, est omnino necessarium ut tota caussa Jesuitarum novo examini subjiciatur, discutiatur, et pertractetur.
Hactenus dicta proficiscuntur ex suppositione quod Societas per Brève Glementinum vere fuerit abolita et reipsa extincta ; sed multge sunt et invincibiles rationes realem hanc abolitionem negandi. Nemo inficiari poterit hujus ordinis extinctionem a Clémente XIV fuisse conceptam, propositam et intimatam ; at certo non potuit, et fortasse non voluit quiâem, ad ipsam exsecutionem perducere. Corpus Societatis Jesu non est extinctum, sed plane exsistit ; aliud quippe est, plura Societatis membra esse suppressa, ut dicitur, et extincta ; aliud non amplius exsistere corpus Societatis. Extinctio, non aliter ac mors ipsa, est indivisibihs; itaque extinctio, de qua sermo est, vel fuit totalis, id est integrge Societatis ; vel partialis tantum, id est membrorum quorumdam : si partialis tantum fuit, qualis rêvera est, non est extinctio et mors vera, eo quod homo quilibet, nisi mo-
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riatur tolus, et adhucdum spiret, dici non potest reipsa et vere morluus .
Jain observa, utrum reipsa et vere mortua atque exlincla fuerit Societas. Jesuitse in Gallia sunt adhuc Jesuitae, quum ex una parte potestas ssecularis, auctoritatem ad eos abolendos requisitam non habens, eos extinguere non potuerit ; et ex altéra parte potestas sacra nihil contra eosdem egerit, nec abolitionem iis denimtiarit. Pari ratione in aliis provinciis, nemine ignorante, nec inscia Sede Apostolica, ipsoque, quod non ex vano dicitur, conscio Clémente XIV (Sanctitas Vestra noverit, utrum hoc verum non sit et firmum) exsistunt adhuc Jesuitae, eo quod Brève Clementinum nulla forma légitima eis fuerit promulgatum, adeoque non potuerit ipso facto producere veram et canonicam illorum exstinctionem. Igitur Jesuitae non exiguo numéro existunt adhuc tanquam canonice et catholice Jesuitœ et per consequens semper adhuc vivit Societas vereque exsistit. Ad hoc ipsum demonstrandum suppetunt multa alia argumenta, simtque ea ipsissima quae invicto robore probant dictum Brève Clementinum esse illegitimum, nullum, nulliusque valoris, prout cuilibet usque adevidentiampatet, si tantum consideret attente/ circumstantias, motiva, spiritum, fînem, formulas, texturara, et totam œconomiam memorali Brevis. Hoc loco non quœritur utrum licita an illicita fuerit hujus Brevis subscriptio, seu utrum Clemens XIV Brève subscribens maie egerit necne , siquidem ejus actio fuit dehberata et dibera. Totus mundus non prseoccupatus pro certo habet factum esse iniquum et plane caecum ; aut ad insaniam TiSque contra Jesuitas abreptum esse oportet, qui hsec non videat, quum clarum sit, in iis condemnandis nuUam omnino observatam esse formam juris, non concedendo iis audieniiam, nec defensionem ; neque totus processus (Deus scit qualis ille) post Brève editum contra illos instructus, aucto- Htatem et robur confert modo procedendi ante abolitionem
cum iis observa to. Ejiis ratio in mortuos inquirendi semper magis condemnat auctorem morlisillis denuntiatse et infamia replet Sedem Apostolicam, nisi Vestra Sanctitas in tempore succurrat.
Jesuitarum hostes omnem lapidem, sed frustra, movent, spargendo miracula, qiiibus canonicare volunt abolitorem, ac proinde canonicare abolitionem. Non : non hic quaeritur, an licita neque an illicita fuerit ; sed qua?stio est an valida sit necne abolitio, quam Jesuitarum adversarii tanquam par Brève pontificium promulgatam jactant. Etiam ia hypothesi quod dictuui Brève omnibus et singulis individuis Societatis secundum omnes juris et canonum formulas légitime fuerit promulgatum, quivritur an vi Brevis hujusmodi Jesuit?e jam non sint Jesuitœ, an valide sit abolita Societas. Ego pro parte mea affirmo, et citra hîesitationem dico, Brève esse nullum, invalidum, illegitiinum, atque non esse abolitam Societatem. Asserti hujus rationes évidentes et palpabiles sunt quam plurimse et ex earum numéro sequentes :
1° Quia Glemens XIV hoc Brève obtulit et promisit, id quod nimium quantum notum est Sanctitati VestrfB et Eminentiss. D. D. Cardinalibus, atque per totum orbem, nescio quomodo, divulgatum fuerit, non sine scandalo omnium bonorum Orthodoxorum ; obtulit, inquam, et promisit hoc abolitionis Brève, quum adhuc esset homo privatus, et antea quam cognosceret, immo quam posset sufficienter cognoscere de caussa. Insuper, quia postea, quum esset Pontifex, nunquam in tribunali, neque ulla adhibita forma authentica, juridica, légitima et canonica, fuit de hac caussa actum.
2'^ Quia factio quœdam Ministrorum, qui actuali lite et discordia cum Romana Curia collidebantur, hanc expetiit, procuravit, et postmodum subscriptionem Brevis extorsit a viro jam compromisse ; immo quia hanc expetiit, procuravit, pos* tulavit, et extorsit ad evertendam Ecclesiam Jesu Christi.
3° Quia in ipsa tractatione hujus negolii aperta violentia
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illata fuit Capili Sedis Apostolicao, blandiendo fallacibus promissis, et minis horribilibus terrefaciendo.
4° Quia hoc Brève non habetcliaracterem auctoritalis publicae, neque in eo deprehenduntur formulae canonicae, qua3 in decretorio judicio tantse et tam varia3 consequentite per dispensationem omitti non possunt. Insuper, si est Brève vel epistola in forma Brevis, prout ipse auctor nominat, non dirigitur ad personam particularem, non loquitur cuni uUo homine particulari, neque ulli particulari imperat ; et credi potest, a sagaci Pontifice de industria insertam esse hanc abem, cum intentione evidenter invalidandi suum Brève, cui coactus subscripsit.
5° Quia in decretoria sentenlia et in cursu caussï», si ita loqui fas est, observatse non fuerunt leges, sive divinse, sive ecclesiasticse, sive civiles ; immo ex opposito contempti fuere canones et in specie solemnissimi illi Ecclesise canones, super quibus Pontifex jurât, quosque etiam ipse observare tenetur.
6" Quia in Brevi non alia sententiae motiva, quam accusationes et calumnise facile confutandee, imposturse palpabiles et ineptse fabulse proferuntur.
7° Quia hoc Brève sibimet ipsi contradicit, in una pagina affirmans id quod negat in altéra, et in una adstruens quod in altéra evertit.
8° Quia hoc Brève, respectu professionis et votorum simplicium ordinis religiosi, ex una parte intendit effectus et novitates quas tota plenitudine sacras potestatis ipse Pontifex non intendere potest aut praetendere ; ex altéra parte, propter confusionem et sequivocationem circa hoc punctum, id relinquit intactum et infectum quod facere aut destruere prsetendit.
9*^ Quia re ipsa et per Immediatam consequentiani, hoc Brève est Brève abolitionis omnium ordinum regularium, prsecipue monachorum, qui utut reformationis cujusdam sunt indigi, non ideo totalem abolitionem merentur.
Rdssie-Blanche, t. h. 2i
10° Quia hoc Brève, quoad spiritum, quoad robur, quoad totam suam œconomiam, foret exterminium omnium jurium temporalium, civilium et naturalium, omnium quoque subditorum et civium.
11° Qaia in hoc Brevi inseruntur fallacise ad decipiendos Orthodoxos et ad obruendam simplicitatem incautorum ; immo quia in eo manifestus est abusus sacrae Scripturae atque eft'atoram Evangelii, quse servire coguntur illi sentenlise, a qua profanantur et corriguntur.
12' Quia absque consideratione imponit preecepta universalia quae primo aspectu et suo scopo sunt iniqua atque observatu impossibilia : Mandamus insuper, et in virtute sanctse obedientias prsecipimus omnibus et singulis personis ecclesiasticis et sœcularibus, cujuscumque gradus, dignitatis, etc. ^ ne sine licentia Pontificis quis audeat loqui de suspensione Societatis ejusque instituto, regulis, etc.
13** Quia est e diametro oppositum bullis quam plurimis et solemnissimis sacrse Sedis constitutionibus, quas uno ictu rescindit, quin motiva enumeret, damnatque omnes Jesu Chrisli Vicarios Prsedecessores, atque condemnat in delicatissima maleria dogmatis, doctrinai moralis, disciplinas, et regiminis ecclesiastici.
14° Quia fuit caussa scandali gravissimi et universalis in Ecclesia Dei, insolenter triumphantibus infidelibus, heterodoxis, pseudo-catholicis, et libertinis, etc., etc.
Rationes hse demonstrativse sunt et démon strari possunt, uti probe perspectum habet Vestra Sanctitas. Omnes possunt defendi, et earum quselibet se sola salis convincit nullum esse et invalidum Brève, et ex consequenti nuUam et invalidam esse praetensam suppressionem Jesuitarum. Jam posito quod actu existât adhuc Societas, Apostolica Sedes potest efficere ut illa rursum in mundo compareat, neque pluribus opus est quam ut sancta Sedes id velit et declaret ; neque dubito quin Vestra Sanctitas id sit effectura.Nam sic ratiociner:
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Societas virorum qui divino cultui consecrati, ad normam Evangelii compositi, docti, divinae gloriae studiosi, moribus ■et vita probi, quales ex incorrupto ipsius Ecclesiae testimonio fuerunt Jesuitse, et quales, ut verum dicam, ipso abolitionis momento erant ; Societas virorum hujusmodi, quse et finem, et leges, et média, et ministeria, et institutum, et spiritum Societatis Jesu habeat ; Societas, inquam, hujus naturœ, sive hoc vel illo habitu, hoc vel illo nomine utatur, hac Lulate absolute necessaria est verœ Ecclesiœ Jesu Christi. Deplorandse circumstantige hujus saeculi extrême indigent ut, si nunquam fuisset aut exstitisset talis Societas, hodie fundari debeat et stabiliri. Sancta Dei Ecclesia illam necessariam atque opportunam judicavit ob circumstantias sseculi XVI ; eadem Ecclesia id ipsum judicat respectu sseculi XVIII. Hoc sseculo magis quam unquam necesse est fulcire primam Cathedram,et in omnibus mundi partibus statuere propugnaculum contra vahdissimos incursus impietatis et prsedominantis libertinismi. Homines particulares, nuUo constricti societatis vinculo, ejusmodi legibus, simiH educatione et spiritu destituti, sufficere non possunt ad hune finem assequendum.
Jam si sancta Sedes voluerit corpus Societatis jam exsistentis reducerein statum primaevse etutilissimae activitatis, duas cautelas adhibendas esse censeo, utpote necessarias.
Primo quidem, quum solemniter revocantur Jesuitae, et sub capite legitimo rursus aulhentice colliguntur, ex ipsorum numéro prius auctoritate Pontificia seligi quosdam eorum qui, juxta tenorem Brevis eisdem promulgati, pro solutis et liberis reputati, obedient supremo imperio sponte redeundi ad primum vinculum ; quumque hi sese associaverint illis reliquis qui in provinciis quibusdam adhuc in statu primsevo degunt, atque hac ratione compositum fuerit corpus justum in formam Societatis : sanctissimus Pater concédât reciprocam libertatem, ex una parte ordini, ex altéra parte individuis quse tempore prsetensse suppressionis in eo numerabantur ; liber-
tatem ordini ut possit admittere velnon admittere individua, prout superiores ad bonum Ecclesise et Societalis expedire judicaverint ; libertatem individuis ut redire ad Societatem possint si fuerint admissi, vel perstare in sseculo si animse suse opportunius ipsimet existimaverint. Absque hac reservatione, dici non posset Societas digne et solide stabilita. Circumstantise Jesuitarum hisceannis summopere fuerunt criticae et vel maxime periculosse ; occasiones tepiditatis, imm© et perversionis fuere continuée et terribiles ; expulsi illi ab ipso Clémente XIV detrusi sunt in média pericula et tentationes. Brève illud concessit eisdem jus aliquod apparens, et jus appellationis ad forum externum, ut vivere possent pro sua quisque libidine, adeoque facillime et naturali via oriripotuit mutatio multorum, et avortât Deus ne plurimorum. Hi vero adstringi non debent ad deponendum habitum quem assumpsere, neque ad assumendum illum quem dimiserant, nec ad repetendam priorem vitam canonicam, nec ad onus pristinum subeundum, quod jam excusserunt, jubente ipso Pontiflce, et fortasse paulo post excutient si invitis denuo imponatur.
Secundo, Apostolica Sedes assumât defensionem Societatis quam restituit , édita apologia authentica. Frustra Societas compareret inter heterodoxos, nisi prius honorem restauret ille qui potest restaurare et débet. Absque hac prsecautione, Jesuitarum hostes non cessarent unquam a latratibus, atque in faciem objectarent abolitionem, quasi ex merito factam. Societas tulilpersecutionesetcalumnias,circalnstitutum,circa missiones, circa regimen, circa œconomiam, circa rationem studiorum, circa scholas, et vel maxime circa scriptores suos perquam doctos et observandos.
Itaque opportunissima est hsec providentia, qua vindicetur Societas, ejusque corpus et membra in pristinum honoris gradum resliluantur, et Jesuitae non a prcesenti tantum oppressione, sed quantum fieri potest, etiam a futura hberentur; quoniam eorum hostes ingénia seque aclinguas effrénés-
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acuent, adfamam eorum denigrandam. Absque publica, honorabili, authentica, solemni et universali apologia, qua vindicentur Jesuitœ, fructum non ferent labores in salutem populorum ab iisdem suscipiendi.
Atque hac ratione finio meum suffragium, et paucas illas reflexiones, quas ei adjungendas duxi ; meque fam qnoad illud quam quoad istas siibjicio illi qui penitus agnoscit prsesentem necessitatem et criticas circumstantias in quibus hac aetate sancta Ecclesia versatiir.
(Christophe de Murr, Journal, tom. IX, p. 283-300.)
DOCUMENT X (Voy. liv. IV, ch. III, p. 47).
« Votre Paternité sera bien surprise assurément de recevoir •« cette lettre, écrite par un homme que vous connaissez à « peine de nom ; elle vous parviendra sous le pli de l'Impéra- •« trice ; Sa Majesté aura la bonté de vous la faire remettre et « de vous faire connaître ma demande et mes vœux. Le pre- « mier et de mon propre mouvement, j'ai prié l'Impératrice « de m'accorder une faveur que j'ambitionne de toute mon « âme, faveur qui est entre ses mains et qu'elle seule peut « m'accorder. Il y a déjà bien longtemps que Dieu m'a mis au « cœur le vif désir de rétablir dans mes états la Compagnie de « Jésus, dont la destruction a été pour l'Église et pour les « royaumes la source de très grands malheurs.
« Après avoir mûri longuement ce projet et détruit les « obstacles qui s'opposaient à son heureuse exécution, j'ai « commencé par réunir dans quelques maisons les anciens « religieux dispersés dans ma principauté; et je dois vous le « dire, cet essai, avec l'aide de Dieu, a réussi au-delà de « toutes mes espérances. Cependant, Mon Révérend Père, t malgré un si encourageant début, il me semble que je n'ai « rien fait si nous ne donnons pas à de si beaux commence-
« ments une garantie et des assurances d'avenir, sans les- « quelles mon zèle pour le bien de mes sujets s'en irait au « vent. J'ai déjà fait ce qui dépendait de moi, et Dieu m'a « visiblement béni ; c'est à vous, Mon Révérend Père, qu'il « appartient de mettre la dernière main à l'œuvre.
« C'est pourquoi j'offre mes états à Votre Paternité, afin « que votre Compagnie y trouve son berceau et y reprenne, € avec une nouvelle vie, son essor vers une gloire plus bril- « lante que jamais. La Compagnie subsiste déjà ici dans un « grand nombre de ses anciens membres ; il ne leur manque « pour perpétuer son existence, que le lien de la vie religieuse « et celui de l'autorité. 11 est donc convenable, vous le voyez, « que Votre Paternité les reconnaisse comme les enfants de « sa famille, en les incorporant à ces glorieux débris que, par « une admirable disposition de la Providence, l'Impératrice « votre souveraine a su conserver vivants. A cette fin, il est t nécessaire que vous ayez la bonté de nous envoyer quel- « qu'un de vos religieux qui, connaissant bien l'institut et « muni par vous de pleins pouvoirs, fonde ici une nouvelle « province et surtout ouvre un noviciat dans mes états. Il « serait désirable qu'il fût accompagné de deux autres Pères, « dont Fun pût remplir les fonctions de maître des novices, « le second quelque autre office en rapport avec ses aptitu- « des, et je voudrais bien que l'un des trois au moins fût « italien. Je joins ici une autre lettre qui vous informera « exactement de tout ; elle a été écrite par un des vôtres, « dont les conseils et les travaux m'ont beaucoup aidé à mener e à terme cette bonne œuvre. »
Le prince termine en assurant le P. Lenkiewicz que les Jésuites envoyés trouveront tout préparé pour leur réception, et demande que l'on apporte la plus grande diligence dans cette affaire.
La lettre est datée de Golorno, le 23 juillet 1793.
{Hist. Albo-Russœ Soc, Part //, Cap. 41).
DOCUMENT Y
Quel motif pousse le duc à envoyer au P. Lenkiewicz une lettre si pressante? La crainte de la Révolution, qui déjà était aux portes de l'Italie, ne fut point, parait-il, la cause principale; ce fut l'état déplorable de l'enseignement. « Depuis la « suppression des Jésuites, les collèges étaient tombés en « discrédit, les classes étaient à peine suivies par quelques « écoliers en très petit nombre. » (Bouffier, Vie du P. Pigna- € telli, p. 216.)
Le prince s'était assuré de la cour de Madrid, dont Florida Blanca (Monino), tout puissant peu auparavant, avait été chassé en 1792. Ce n'était plus le fantôme du jésuitisme, mais le vampire de la révolution, qui effrayait les états de Charles IV ; cependant dans les rapports avec Rome, la cour d'Espagne n'oublia point son fanatisme anti-jésuitique.
DOCUMENT Y (Voy. liv. IV, ch. IV, p. 61).
C'est peut être du luxe, mais je me reprocherais de priver le lecteur du texte latin de cette missive, en effet très-curieuse, dont la teneur, rapprochée des démonstrations d'Orcha, forme avec elles un contraste singulier.
ILLUSTRIS, REVERENDISSIME DOMLNE,
« Deus, qui scrutatur corda ac consilia hominum, Ipse « occulta cogitationum revelabit. Propositum mihi est nemi- € nem condemnare, nisi causa légitime cognita ac omnibus * facti adjunctis penitus comprobatis. Quid ego arbitrer de c Orsensi illa Communitate, apud quam non ingrato animo « hospitatus sum, satis, ut opinor, aperui. Certe nunquam « cogitavi recognoscere quasi adhuc existons illud Institu- € tum, quod Litteris démentis XIV jam pridem fuisse abro- « gatum constat. Neque in mea est protestate quidquam ex c ils immutare quse Sedes Apostolica declaravit. Licet tamen
« meliora semper de te sperare ac de iis quibus prsees in Vinea « Domini operariis ; qiiemadmodum suadet milii non solum « christiana Charités, sed illa etiam , qua imbuti à tenero
< fuistis, eximia erga Sanctam Sedem observantia atque obe- « dentia ; quam utinam Vobis nedum animo retinere, sed « factis etiam comprobare plenius contigisset ! Nolo enim « vestrse culpœ adscribere quod nulla vestra culpa evenisse « obtestamini. Quod si ita est, non expedit igitur, Illustris ac « Révérende Domine, ut veterem restaures disputationem, « incommodam mihi, Vobis autem molestam. Maximum sit « vestrum solatium, proutfueratPatrum Vestrorum, laborare « pro gloria Dei, pro sainte animarum, pro fidei incolumi- « tate ac propagatione, prœsertim instruendo scholasticam
< juventutem bonis moribus ac doctrinis. Una cum foliis ac « cathalogo accepi epistolam italico sermone conscriptam : « Gui in bac ipsa respondeo ; et qui illam exaravit, habeat « simul grati animi significationem pro suse charitatis ac « humanitatis officiis. A Pâtre luminum, a quo omne donum « optimum et omne datum perfectum procedit, fausta omnia « tam Tibi, quam toti cui prœes communitati adprecando, « sincero cordis affectu maneo, Illustris ac Reverendissimse « Dominationis tuœ paratissimus ad omnia servitor.
« Laurentius, Archiepiscopus Thebarum.
DOCUMENT Z (Voy. liv. IV, ch. IV, p. 65).
Quel est donc ce règlement ? Quelle est son origine ?
Paul 1" voulait réparer les torts faits par sa mère, et dans ce but il se montrait plein de bienveillance pour les catholiques. Il reçut avec de grands honneurs les évèques, lors de son voyage en Lithuanie, et leur distribua des décorations. Comme le morcellement des diocèses, accompli par la tsarine à la suite des partages de la Pologne, était très nuisible à
DOCUMENT Z
l'Église et n'avait point été canoniquement approuvé, Paul demanda au Saint-Père d'envoyer un nonce chargé de régler cette question. Pie VI ordonna à Mgr Litta , nonce qui résidait encore à Varsovie, de se rendre à la cour de Pétersbourg, en qualité de légat extraordinaire du pape. Cette affaire fut enfin terminée en 1798. Les anciennes provinces polonaises de Lithuanie, de Podolie, de Volhynie et de la Russie-Blanche, furent partagées comme il suit : un archevêché, celui de Mohilev^^; six évèchés: Vilna, Telsca, Minsk, Luck, Kamieniec, Riga. On donna aux évèques des coadjuteurs avec droit de succession ; on pourvut, bien qu'avec une excessive parcimonie, à l'entretien de ces évèques et de leurs chapitres ; on ouvrit des séminaires ; et pour tous les catholiques de Russie, on créa un tribunal suprême, « le Collège catholique de justice », que Siestrzencewicz composa comme aurait pu le faire un protestant ; car si l'on en excepte le président, qui était Siestrzencewicz lui-même, et deux assesseurs ecclésiastiques nommés par le gouvernement : les quatre autres membres du collège étaient des séculiers; et tous les sept dépendaient du ministre des cultes, lequel était schismatique. Abusant de sa faveur auprès du tsar, Siestrzencewicz conçut la pensée de dominer les religieux ; et dans ce but il prépara le règlement dont il est ici question.
Les articles 3 et 21 mettent les ordres religieux d'hommes et de femmes sous l'autorité des évèques locaux, sans la permission desquels il ne leur est pas même libre d'aller dans un autre diocèse.
L'article 7 permet à chaque ordre rehgieux d'avoir un provmcial, un consulteur et un secrétaire ; mais tous les trois doivent être nommés par l'ordinaire du lieu.
Les supérieurs locaux sont nommés également par l'évêque, qui pourra leur adjoindre un vicaire et un procureur (art 8, 9, 11) ; et ces trois officiers auront à surveiller les biens de la maison.
Les provinciaux devront (art. 16), au moins une fois par an, visiter les maisons qui leur seront confiées, et en référer au consistoire ; mais l'évêque du lieu (art. 17) pourra visiter le» maisons aussi souvent qu'il voudra par lui ou par un délégué.
Chaque religieux a le droit (art. 13) de porter plainte à l'évêque ou au consistoire contre son supérieur religieux.
Les articles 23 et 24 s'occupent de l'administration des biens des religieux : Les Jésuites, les Basiliens et les Piaristes sont tenus d'enseigner dans leurs écoles, sous la direction de l'évêque du lieu, lequel doit s'entendre avec le gouverneur civil pour l'organisation des études utiles au pays ; les Gamaldules, les Cisterciens et tous les ordres contemplatifs, doivent donner une certaine partie de leurs revenus pour l'entretien des écoles et des hôpitaux ; les ordres mendiants doivent travailler à la correction des prêtres qu'on enverra chez eux faire une retraite.
En un mot, chaque ordre religieux est obligé de se mettre tout entier au service de l'état et de travailler pour sa part à son bonheur. Et comme si ces réformes par trop radicales ne suffisaient pas encore, l'article 28 autorise les ordinaires des lieux à promulguer des décrets et des prescriptions, en tout ce qui peut servir au profit général et à l'avantage de l'Église ou à la civilisation, et en tout ce qui ne dépassera point les bornes de leur autorité épiscopale. Quant aux projets qui sortiraient des limites de leurs pouvoirs, ils doivent les soumettre au Collège de Justice, qui les examinera et les présentera à l'approbation du sénat. (Szantyr, Tom. /.)
DOCUMENT AA. (Voy. liv. IV, Ch. V, p. 73>
Je lis dans la première lettre : « Malgré la consolation que « me fait éprouver la lettre de Votre Excellence, malgré le « désir de vous servir, je dois avouer que, dans les circons-
DOCUMENT AA
« tances présentes, cette affaire est très délicate, puisque je « suis convaincu que le Saint-Père est fortement décidé à ne « rien faire contre la volonté de celui qui a été cause d'un « dommage si grand pour l'Église (le roi d'Espagne) ; et la « raison de cette résolution, c'est la crainte de voir fondre « sur l'Église de plus grands maux encore...
t Ajoutez la maladie du Saint-Père, qui est grave, dange- « rense même. La poitrine est attaquée, à la suite d'un éry- « sipèle rentré... A mon avis, le mieux serait que la cour de « Pétersbourg prit sur elle d'écarter les difficultés que le « Saint-Père n'arrivera qu'avec peine à surmonter ; ce serait « d'amener le roi d'Espagne à mettre fin à son obstination « (Je sais d'ailleurs que le succès est assuré). Cela fait, le « Saint-Père pourrait agir en toute liberté. Il est le premier à « déplorer les malheurs causés par la destruction de la Compa- « gnie ; il s'en est ouvert fréquemment devant moi et devant « d'autres. Du côté donc du Saint-Père, cette affaire serait « arrangée, aussitôt qu'il n'aurait plus à craindre que celte « mesure pût contrister celui qui s'y oppose si obstinément... « Cette Compagnie vivra de nouveau, Votre Excellence peut t en être certaine ; et si par un juste jugement de Dieu, cette « affaire n'aboutit point maintenant que nous voyons par- « tout détruire les institutions les plus saintes, cependant « d'ici à peu de temps ce projet sera mis à exécution, puis- « que les ennemis même les plus acharnés de cet ordre ne « sont que trop convaincus qu'il faut nécessairement rétablir « cette Compagnie.»
Deux semaines plus tard le Pape recouvra la santé. Marotti eut l'occasion de l'entretenir. Voici ce qu'il écrit sur son audience :
« J'ai la consolation de pouvoir envoyer à Votre Excellence « une joyeuse nouvelle. Le Saint-Père a daigné m'expliquer « sa pensée et sa volonté sur l'affaire que m'a recommandée « Votre Excellence. Tout a réussi selon ses désirs et ses
« représentations, et j'ai l'espoir que cette nouvelle consolera « entièrement les Pères (les Jésuites) et les tranquillisera. « Cependant j'avertis instamment Votre Excellence, sur l'or- « dre du Souverain Pontife, qu'il faut faire à ce sujet le « moins de bruit possible. Mgr Spina seul peut être informé « de cet heureux secret. Oli ! quelle époque importante fera « dans l'histoire la lettre de Votre Excellence ! Je reconnais « maintenant que je suis placé ici par une disposition mer- « veilleuse de la Providence divine. »
Huit jours plus tard, Marotti écrivait : « Sa Sainteté, après « avoir de nouveau pesé cette affaire, se voit obligée de s'ex- •€ primer en termes brefs et concis, comme Votre Excellence « le peut voir dans la lettre officielle que je joins ici ; cepen- « dant ce laconisme répond parfaitement aux désirs de Votre « Excellence. Dans le peu de paroles du Saint-Père, il y a
* beaucoup de choses ; il y a tout ce que Votre Excellence a « demandé. J'ai lu à Sa Sainteté votre lettre, mais j'ai vu que le « Saint-Père était déjà lui-même persuadé de l'authenticité de
< l'affaire, qu'appuient les fortes preuves de Votre Excellence. « Il ne reste plus qu'à attendre une occasion favorable « pour que le Souverain-Pontife puisse agir librement. »
Dans la lettre officielle dont vient de parler Marotti, il répond au nonce, qui lui avait demandé quelle conduite tenir à l'égard des Jésuites de la Russie-Blanche : a Le Saint-Père « m'a recommandé de répondre expressément à Votre Excel- « lence que vous pouvez envoyer la pétition de la cour (de « Pétersbourg) et des évêques (de Russie) . De plus, vous
* pouvez faire tout ce que vous jugerez convenable et avan-
* tageux pour ces mêmes Pères Jésuites. En attendant. Votre
< Excellence tiendra à leur égard la conduite qu'Elle recon- « naitra la plus capable de répondre aux désirs de la cour
< et des évêques. »
Littera del Ab. Marotti, segr. di SS. al Nunzio Apost. Msgrde Litta a Pietroburgo,. {Arch. Jes. Pol.)
DOCUMENT AE
DOCUMENT AB (Voy. liv. IV, ch. V, p. 85).
Copia Testimonii et Supplicis Libelli ad Suninnim Pontificem Pium Vfl, 1800.
Beatissime Pater !
« Nos infra scripti hoc interposilo jiirejurando testamur : Instilutum Societalis Jesu in Alba Russia adhuc existons sub dominio Aiigustissimi Imperatoris Pauli I (quum per Brève démentis XIV solvi non potuerit, sed vi Imperalium legum primum, deinde ex approbatione vivae vocis oraculo facta à Sua Sanclitate p. r. Pio VP° debuerit permanere) non solum sartum tectum integrumque in hanc usque diem perstitisse primsevse inhserens institutionis suse principiis, easdemque ipsas servans Régulas à S° Ignalio prsescriptas, et à tôt Summis Pontificibus confirmatas, sed eliam summum semper prse se tulisse et prseseferre studium erga S'" Sedem et Catholicœ Religionis integritatem. Quare spectata hac tam prudenti et Religiosa vivendi ratione pedibus Sanctitatis Vestrse, Summi Nostri Pastoris, non modo solemne hoc testimonium ilH ita debitum prsebemus ; sed etiam (propter magnum Cleri tam Ssecularis quam Regularis defectum qui, habita horum populorum frequentise ratione, et obeundse Evangelicse Concioni, et juventuti excolendœ, a qua et Religionis augmentum, et quies pendet Populorum, omnino est impar) omnibus precibus votisque vehementissimis suppliciter exorantes accedimus Sanctitati Vestrae.ut Pontificio suo Brevi ratam firmamque habere dignetur Canonicam hujus Instituti existentiam, non alia de causa adhuc in Alba Russia vigentis, quam vi Imperialium legum, quae illi abohtionem nunquam vel permiserunt vel permittunt ; accedente dein approbatione Vivae Vocis Oraculo emanata. Hi quidem Viri, quodam timoré deterriti, non audent extra.
loca in quibus Collegia habent, operam suam impendere; dum interea omnes Populi et Episcopi Catholici Russise et Poloniîe vehementer optarent illorum uti et frui Ministeriis. <^uapropter omnes asseveranter Sanctitati Vestrae affirmamus fore ut hujusmodi Brevi non modo huic Societati magnum accederet emolumentum, sed omnibus quoque harum partium Catholicis , qui et harum rerum veritatem, et sua desideria hac subscriptione sincero ardentique studio confirmant.
DOCUMENT AC (Voy. liv. IV, ch. VI, p. 91).
Le tsar, tout heureux de cette lettre, répondit le 12 novembre :
Mon Révérend Père !
< On m'a remis votre lettre, datée du 8 novembre 1800. « C'est avec une véritable consolation que j'y ai vu les sen- « timents de bienveillance et d'affection sincère que vous me « témoignez, en votre nom et au nom de toute la Compagnie. « Convaincu de la sincérité de vos déclarations et de la sain- « teté de vos maximes, je me réjouis de vous avoir appelés « dans mon empire, de vous y avoir donné un asile stable « et assuré, d'avoir été utile à un ordre aussi honorable « que le vôtre. Son but principal en effet et sa raison d'être « ont toujours été de répandre dans le monde ces maximes « salutaires qui, servant à corriger et à régler les mœurs, « procurent des fruits précieux aussi bien aux individus qu'à « la société. Pour vous, mon Révérend Père, vous pouvez « être assuré que je suis et serai toujours prêt à vous donner « dés preuves de ma bienveillance, tant pour vous que pour « votre Compagnie » (1).
Votre tout dévoué : Paul.
(1) Hist. Albo-Bussa& Soc, (Part. III, cap. 2).
DOCUMENT AD
DOCUMENT AD (Voy. liv. IV, ch. VI, p. 94 ).
Voici, sur cet ancien Jésuite, une belle page écrite par le P. Gilles Henry :
= « Le P. Desperamus lit dans le cœur du P.Mortellaro,
« cette vénérable relique de l'ancienne Compagnie, qu'il cher- « che un fidèle dépositaire qui veuille porter son cœur, ses « désirs et ses vœux au R. P. général Gruber, résidant à a St-Pétersbourg. Desperamus l'a deviné et lui dit : Ecce ego, « mitte me. Alors le P. Mortellaro, lui ayant confié le plus « ardent désir de son cœur, recommanda son messager aux « saints anges. Desperamus part, il traverse les mers ; il entre « en Russie ; il en ignore la langue, mais celui qui connaît le
< cœur de Mortellaro et l'ardeur de son messager, lui donne « l'intelligence et le courage nécessaires.
« Aussi ce messager, qui ne connaissait que le délicieux « climat de Chio, bravant toutes les fatigues, les neiges, les « glaces de la Russie, arrive enfin chez le P. Gruber, qui lui « tend les bras et lui ouvre son cœur si plein de charité.
« Le P. Desperamus eut bientôt conquis la confiance du « P. Gruber, dont il devint assistant, charge qu'il remplit « encore sous le généralat du P. Brzozowski; mais, fixé en « Russie, il n'oublie pas un instant l'Archipel, et bientôt ces
< îles vont recevoir deux Jésuites, les PP. Venturi et Motte, « qui viennent fermer les yeux du P. Mortellaro.
« Le vénérable vieillard n'avait cessé, depuis le départ du « P. Desperamus, d'attendre ceux que sa foi lui faisait espérer, « et de prier saint Ignace de hâter l'arrivée des Jésuites de a Russie, pour chanter enfin son IVunc dimitlis.
« Quelques lettres avaient annoncé l'arrivée des deux mis- « sionnaires en Grèce et promis leur départ prochain pour « Tine. Le P. Mortellaro s'épanchait en désirs, en soupirs ; « mais toujours plein d'espérance, responsum acceperat non
« visurum se mortem nisi prius videret, etc. Enfin il put « embrasser ses frères et, sans perdre de temps, il demanda au « P. Venturi de faire ses vœux de profès; chaque instant lui « parait une année, tant il a hâte d'être inscrit de nouveau au « nombre des membres de la Compagnie. Il avait raison : Dieu « aussi se hâta, en le prenant à lui, de l'inscrire au nombre « des prédestinés. En mourant, il prononça avec la plus douce « allégresse le Consummatuin est. » =
(P. Carayon, Documents inédits, Document U, tom. 21, page 246).
DOCUMENT AE (Voy. liv. IV, ch. VI, p. 97).
Au commencement de 1801, voici la composition du collège de Pétersbourg :
P. Gruber, recteur.
P. Cajétan Angiolini, prédicateur italien. P. Richardot, prédicateur français.
P. Rottenstein, prédicateur allemand.
P. Hattowski, prédicateur polonais.
Ces mêmes Pères enseignaient les langues dans les classes. Les professeurs des classes étaient :
Le P. Daniel Krukowski.
Les scolastiques Pleszczynski et Sankowski. Les FF. Magg et Benner étaient pour les offices de la maison.
Tout d'abord les Pères usaient de la plus rigoureuse prudence. Il n'était permis à aucun d'eux de se montrer dans la ville, sinon pour les fonctions du saint ministère. On n'admettait aucun étranger dans les chambres, sans une permission expresse du recteur, auquel on devait rapporter immédiatement le nom du visiteur et le but de sa visite. ' Cette prudence était nécessaire, car la Compagnie avait beaucoup d'ennemis dans la ville ; il pouvait donc arriver
DOCUMENT ACt
facilement qu'un agent de la secte tirât des Pères une parole imprudente et la rapportât immédiatement à l'empereur, qui ne pardonnait point de pareilles fautes, même à ses plus proches amis. « Plût à Dieu que cette prudence si nécessaire eût « été observée aussiles années suivantes! » ajoute l'historiog-raphe de la Russie-Blanche.
DOCUMENT AF (Voy. Hv. IV, clmp. VI, p. 1)8).
Ce document a été placé dans le texte et mis en note (p. 98, n. 2), à cause de son importance.
DOCUMENT AG (Voy. liv. iv, ch. VI. p. loi).
= « A Sa Majesté Impériale, dans ses propres mains, « à Saint-Pétersbourg.
« Notre très cher Fils !
« Nous ne saurions assez exprimer à Votre Majesté Impé- « riale, combien nous avons élé pénétrés de reconnaissance « et de joie pour la lettre si obligeante et si amicale qu'elle i nous a adressée. C'est une satisfaction à nous d'être auto- «t risés par son exemple à observer ces mêmes formes dans " notre réponse et à employer le même langage de l'amitié» « qui répond mieux que tout autre à l'effusion de notre cœur. « L'intérêt qu'elle prend à la demande qui nous a élé faite de « donner par noire autorité l'existence canonique à la Société « de Jésus dans l'Empire de Votre Majesté, est pour nous un « motif bien puissant qui nous engage à y condescendre. « Nous ne doutons pas qu'une pareille démarche ne conduise « directement à l'avantage de la religion catholique dans son et Empire, à la culture et à l'éducation des sujets qui la pro-
Udssie-Blancue, t. II. 25
LES JÉSUITES DE LA I; USSIL-BLANCII E
« fessent, de même qu'à l'exlirpalion de ces maximes dépra- « vées contre la religion, l'autorité souveraine et la société.
0 Toutes ces considérations, qui sont propres de notre minis- « tère apostolique, nous font concourir aux sages vues de « Voire Majesté Impériale, et nous avons le plaisir de lui « envoyer le bref, par lequel nous venons de donner noire « sanction formelle à l'existence des Jésuites dans l'Empire « de Votre Majesté, comme elle nous en a requis par sa « lettre.
« Comme successeur de Pie VI, nous réclamons le même 8 intérêt qu'elle a témoigné à ce grand pontife, depuis le jour « qu'il a joui dans cette ville de l'auguste présence de Votre « Majesté Impériale, jusqu'au dernier moment qui a couronné « ses souffrances. Animés par ce sentiment d'admiration et « d'amitié pour Votre Majesté Impériale, que nous avons «t hérité de notre prédécesseur, auquel nous tenons par tant et de liens, nous avons bien un titre d'espérer le même inté- « rèt et la même bonté de sa part. Mais notre confiance est « encore mieux fondée dans cette grandeur d'âme de Votre « Majesté Impériale, qui ne laissera pas certainement l'Église « Romaine sans l'appui de sa haute protection. Rien ne nous a tient plus à cœur que de donner à Votre Majesté Impériale
1 les preuves les plus convaincantes de la disposition où nous « sommes de déférer, dans toute l'étendue de notre pouvoir, « aux désirs de Votre Majesté Impériale et de nous unir à i elle par les liens les plus intimes. Nous ne cesserons jamais « de prier le Très-Haut, qu'il daigne répandre sur Votre « Majesté Impériale l'abondance de sa grâce toute puissante, « qui est l'objet de nos vœux.
« Rome, le 9 mars 1801.
« Plus PP. VII. » =
[Co'pia di Risposla di Sua Santiià alla Lettera di sua Maestà L' hnperatore Paolo I).
nOCTTMENT AfI
DOCUMENT AH (Liv. IV, ch. VII, p. 107).
J'ai douze lettres autographes du P. Gruber au général de la Compagnie (19 mai — 23 décembre 1801).
Lorsque l'affaire de l'église catholique de Sainte-Catherine fut terminée , l'agitation anti-jésuitique des mauvais prêtres et des mauvais catholiques ne cesSïi point : « Beau- « coup de luthériens et de calvinistes sont nos protecteurs « contre les mauvais catholiques ,» écrit le P. Gruber le ïîl juin.
Dans une autre lettre du 9 décenîbre, il dit: « Nous avons « encore beaucoup d'ennemis, excités contre nous par les « prêtres eux-mêmes, qui répandent sur notre compte mille « calomnies ; en vérité ce n'est pas un mauvais signe. »
Restait encore à terminer l'affaire beaucoup plus épineuse de l'académie de Vilna. On avait fait espérer au P. Gruber qu'elle tournerait bien ; il n'osait point cependant la pousser trop énergiquement, « parce qu'il faut attendre, disait-il, « que ce terrible ferment s'apaise quelque peu. d II invitait seulement le général à préparer le plus grand nombre possible de professeurs capables. Dans ce but, il servit d'intermédiaire près du général aux ex-Jésuites et aux Pères de la Foi, qui voulaient être reçus dans la Compagnie, et étendit sa protection jusque sur ceux des Frères qui étaient d'habiles ouvriers, < parce que, disait-il, ils nous seront nécessai- « res pour la Chine, pays dont la route va nous être ouverte. » (Lettre du 19 mai).
En un mot, il embrassait, dans son large esprit, l'avenir de la Compagnie, n'omettant aucun moyen de la dilaler et de la rendre prospère.
En même temps, il s'occupait de la restauration de l'église, dans laquelle il installa des poêles pour l'hiver, construisit une voûte en verre à la naissance de la coupole, pour que la
chaleur ne se perdît point dans les parties élevées du bâtiment. Il était heureux ensuite de voir ses catholiques très contents d'avoir chaud à l'église.
Les classes se développaient rapidement, les professeurs ne pouvaient suffire au travail ; le P. Gruber en demanda de nouveaux.
Les Polonais ne furent point oubhés. Le P. Joseph Kamieiiski passa quelques jours à Cronstadt, pour entendre les confessions des Polonais qui servaient dans la marine russe.
Le P. Gruber, parlant de ses compagnons, écrivait au P. général : « Je puis dire que je n'ai pas la moindre plainte à « formuler contre aucun d'eux; une grande charité règne au « milieu de tous. Ils remphssent toutes les fonctions ecclé- « siastiques avec la plus grande diligence et à la satisfaction « générale ; c'est notre seule consolation, car nous n'en pou- « vons recevoir d'aucun autre côté, j
Il répète la même chose dans une autre lettre (12 décembre), en louant le zèle de ses Frères: « Leur zèle, dit-il, édifie « non seulement les catholiques, mais encore les schisma- « tiques, qui ne peuvent assez donner de louanges à notre « manière de traiter les choses saintes. >
Mais en revanche les Pères avaient à supporter nombre de contradictions. Craignant que ses lettres ne fussent interceptées, le prudent P. Gruber ne se laisse point aller aux détails ; il les garde pour les entretiens de vive voix et ne parle qu'en général dans chaque lettre : « les Seigneurs qui « nous sont opposés(dans le Collège de Justice), dit-il, veu- « lent ajouter diverses clauses et exceptions à l'oukase (tou- « chant l'éghse Sainte-Catherine). En vérité Dieu nous fait « passer par le feu et par l'eau avant de nous conduire au lieu « du rafraîchissement et du repos. Je sais avec certitude que « la secte que vous connaissez (les illuminés), s'agite contre
<t nous avec acharnement Nous mettons toute notre
« espérance en Dieu seul, qui, au milieu de tant de contra-
DOCUMENT Al
« dictions, a conservé notre Compagnie. Je mène ici une vie « très agitée ; et si Dieu ne me secourait de sa grâce, je ne « suffirais point à tant de contradictions réunies. Nous avons « besoin de vos prières dans cette fournaise de Babylone. t 11 est difficile de croire quelles calomnies on répand contre « nous ; plus les hommes de bien sont satisfaits de nous, « plus les francs-maçons et les illuminés nous poursuivent « de près ; véritablement il faut un miracle pour que nous « menions à bonne fin l'œuvre commencée. {i'S juin). »
Presque dans chaque lettre, le P. Gruber demande des prières pour que Dieu, dit-il, « se laisse fléchir à miséricorde et « détourne les maux qui nous menacent. »
DOCUMENT AI (Voy. liv. v, ch. I, p. 129).
Voici une lettre anonyme qui donne d'intéressants détails sur le rétablissement des Jésuites à Naples.
~ « Rome, le 11 août 1804.
ce Je vous ai promis, dans ma dernière lettre, des détails sur « le rétablissement des Jésuites à Naples et en Sicile, sous le « général qui est en Russie ; les voici : Le 2 de ce mois, le bref e du pape, en date du 30 juillet, est parvenu au roi, qui fit « venir sur le champ le P. Angiolini, comme procureur-géné- « ral de l'Ordre, et lui cria de loin : « je félicite, je félicite, mais « qui? ce n'est pas vous, mais moi et mon peuple. Le Saint- <t Père ressentira sûrement les effets de ma reconnaissance. « Deux choses m'étonnent et me paraissent inconcevables : « c'est que premièrement les Jésuites, quoique vieuxetfaibles, « retournent avec tant de joie dans leurs collèges et à leur c pénible genre de vie; en second lieu, que mes sujets n'aient « pu oublier, depuis 37 ans, les services que vous et les vôtres « leur avez rendus » . La reine, le prince héréditaire et toute la
« famille royale n'en témoignèrent pas moins de joie. La reine
1 recommanda au P. Angiolini de s'adresser à elle avec toute
« confiance dans tous les besoins qui pourraient survenir :
« J'irai moi-même, dit-elle, dans toutes les chambres du col-
« lèg'o, pour voir si elles sont bien arrangées et pourvues dà
tt tout ce qu'il faut ». Il est aisé de s'imaginer la joie que fit
« éclater le peuple napolitain. On fit au P. Angiolini les offres
4 les plus généreuses, et le roi suspendit tout de suite la loi
^ d'amortissement pour vingt années en faveur des Jésuites :
'< Vous n'avez d'autres ennemis que les vicieux », dit-il au
« V. Angiolini. De toutes les villes des Deux-Siciles, il vient
>^ des requêtes au roi, et on même temps au P. Angiolini, pour
i demander les Jésuites; « ces requêtes, dit ce dernier, seront
a un monument éternel pour la Société ». Toute la famille
a royale fit ses dévolions en actions de grâces. Dans tout ceci,
<t c'est sans contredit la reine, qui, après Dieu, en a été le prin-
« cipal instrument, et elle dit qu'à la prière de l'empereur,
« elle avait été obligée de lui donner des nouvelles sur Faf-
«■ faire des Jésuites toutes les semaines. Le 15 de ce mois, les
'c Jésuites paraîtront dans leur habit, et le roi a ordonné
« qu'il y eût grand gala à la cour. » =
DOCUMENT AJ (Voy. liv. V. cli. Iii, p. im.
Dans la note qui va suivre, les classes sont comptées suivant l'ordre encore usité aujourd'hui en Autriche, ordre qui est à l'inverse du nôtre. Nous comptons de la septiètne à la p7^emière (rhétorique) et nous ajoutons la philosophie ; les Autrichiens comptent de la première à la huitième. La quatrième est la seule qui soit commune aux deux systèmes. (N. T.)
L'enseignement était réparti en trois grandes divisions : la grammaire, comprenant quatre classes appelées pai^va, infima, gra/mmitica, su)itaxis ; VôAoquence, comprenant deux
DOCUMENT AK 391
clfisscs appelées poetica, rhet07Hca ; la philosophie, comprenant les deux dernières classes.
Dans les quatre classes de grammaire, on expliquait le latin, le russe, le polonais, l'allemand ou le français, l'arithmétique jusqu'aux proportions, l'histoire ancienne jusqu'au temps des Grecs, la géographie.
Dans les deux classes d'éloquence, c'est-à-dire dans la cinquième et la sixième, on apprenait l'algèbre et la géométrie, l'histoire et la géographie de la Grèce, de l'Empire Romain, de la Russie et de la Pologne .
Enfin dans les classes de philosophie, c'est-à-dire la septième et la huitième, on enseignait la logique, la dialectique, la métaphysique et la physique, l'éthique et la chimie, les mathématiques pures et appliquées, l'économie politique et la physique expérimentale, la géométrie, la stéréométrie, la trigonométrie rectiligne et curviligne, la zoologie et la minéralogie.
DOCUMENT AK (Vm-. Liv.Y,ch. m. p. ici).
La quatrième de ces lettres, la plus étendue, renferme l'apologie des Jésuites comme ordre enseignant, apologie appuyée sur le témoignage de Bacon, Grotius, Henri IV de France, Richelieu, Frédéric II, Voltaire, Catherine 11, le général Dumouriez ; puis sur l'autorité de personnages saints et éclairés, comme saint François de Sales et Fénelon. Non content de ces témoignages, de Maistre continue :
=z <t On peut cependant ajouter à cette recommandation, en t citant ceux qui ont honoré les Jésuites de leur haine ; car « l'on ne trouvera pas un ennemi de l'Église et de l'État, un « seul ennemi du système européen, qui ne le soit aussi de « ces religieux . »
Ici l'auteur cite un extrait d'une lettre de Calvin à Bèze : « Quant aux Jésuites, qui s'opposent particulièrement à nous,
« 11 faut les tuer ; ou si cela ne peut se faire conunodément,
« il faut les chasser ou au moins les accabler à force de men-
<■<■ songes et de calomnies. » Il ajoute : Et de nos jours, Rabaud
<■< de St-Etienne, ministre protestant et l'un des membres les
« plus fanatiques de l'assemblée qui a bouleversé la France
« et ensuite le monde, a rendu sur cet article un témoignage
« non moins curieux. En parcourant les causes qui amenè-
« rent et facilitèrent cette funeste révolution, il compte parmi
« les plus décisives la destruction des Jésuites. 11 dit : « les
« ennemis les plus vi.olents et les plus habiles de la liberté
« d'écrire, les Jésuites, avaient disparu ; et personne depuis
« n'osa déployer le même despotisme et la même persévé-
« rance. »
M. de Maistre termine cette première partie par la remarque suivante : « Tout homme d'élat qui réfléchira attentivement
« sur ces témoignages choisis entre mille, sera convaincu
« que les novateurs qui travaillent presque à visage décou-
« vert pour renverser ce qui reste d'ordre et de bonheur en
« Europe, n'ont pas d'ennemis plus courageux, plus inlelli-
« gents et plus précieux pour l'elat que les Jésuites : et que
« pour mettre un frein aux opinions qui ont ébranlé le monde,
«■ il n'y a pas de meilleur moyen que de confier l'éducation à
« cette Société.
« Les révolutionnaires le sentent bien ; aussi pour se
« débarrasser de ces ennemis incommodes, ils s'y sont pris
- d'une manière qui n'a que trop souvent réussi. Ils ont lâché
« de les rendre suspects aux souverains, en les accusant de
« se mêler des affaires politiques. »
A ce reproche, de Maistre répond : « Les Jésuites sont
« engagés par leurs vœux à élever gratuitement la jeunesse,
1 dans la religion et dans la science, et à civiliser les nations
« sauvages, sous le bon plaisir des deux puissances spirituelle
« et temporelle. Cette tâche est assez noble et ils sont assez
occupés dans ce monde. S'il plait aux souverains de les
DOCUMENT AK
« tirer de leur solitude à certaines époques et de les consula ter sur quelques objets, encore une fois les rois sont les « maîtres et les Jésuites doivent répondre de leur mieux à 1 cette confiance, comme tous autres sujets qui seraient dans « le même cas. »
La seconde partie de la lettre touche de plus près à la Russie. L'auteur accumule les témoignages, empruntés surtout aux protestants et aux impies, pour montrer combien le calvinisme et les sectes qu'ira enfantées, sont ennemis de toute souveraineté ; puis il en vient à l'illuminisme allemand. Écoutons-le plutôt :
« Le calvinisme, fils aîné de l'orgueil, dit-il, a déclaré la « guerre à toute souveraineté, et toutes les sectes sont filles a du calvinisme. La plus dangereuse est le jansénisme, parce « ([ircile se couvre du masque catholique. Les autres sont a des ennemis déclarés qui montent à l'assaut ouvertement ; « celle-là est une partie de la garnison révoltée, qui nous poiï gnarde par derrière, tandis que nous combattons brave- <t ment sur le rempart. Mais enfin toutes sont sœurs et toutes « ont le même père . Il n'y a donc plus qu'une secte, compo- « sée de toutes les autres, amalgamées et fondues dans le « calvinisme, car les différences de dogmes ont disparu. « Toutes n'ont qu'un dogme, c'est de n'avoir plus de dogmes. t II n'y a rien de si connu que la réponse de Bayle au cardi- « nal de Polignac : « Je suis protestant dans la force du terme j « car je proteste contre toutes les vérités. » Voilà le dogme «■ qui est devenu universel. Il fallait seulement ajouter et <( contre toute autorité. L'illuminisme d'Allemagne n'est pas « autre chose que le calvinisme conséquent, c'est-à-dire « débarrassé des dogmes qu'il avait conservés par caprice. « En un mot, il riy a qiCune secte. C'est ce qu'aucun homme « d'état ne doit ignorer ni oublier. Cette secte, qui est tout à « la fois une et plusieurs, environne la Russie, ou, pour mieux « dire, la pénètre de toutes parts et l'attaque jusque dans ses
« racines les plus profondes. Elle n'a pas besoin, comme dans « le seizième siècle, de monter en chaire, de lever des armées, <• et d'ameuter publiquement les peuples. Les moyens do nos « jours sont plus adroits : elle réserm le bruit pour la fin . 11 ne c. lui faut aujourd'hui que l'oreille des enfants de tout âge et la . patience des souverains. Elle a donc ce qu'elle désire. Déjà « même elle a attaqué votre clergé et le mal est plus grand « peut-être qu'on ne le croit,
« Dans un danger aussi pressant, rien n'est plus utile aux « intérêts de Sa Majesté Impériale qu'une société d'hommes « essentiellement ennemie de celle dont la Russie a tout à « craindre, surtout dans l'éducation de la jeunesse. Je ne crois « pas même qu'il fût possible de lui substituer avec avantage « aucun autre préservatif ; car nulle association, et surtout « nulle association cachée, ne peut être facilement combattue « que par une autre. Cette société est le chien de garde qu'il « faut bien vous garder de congédier. Si vous ne voulez pas « lui permettre de mordre les voleurs, c'est votre affaire ; « mais laissez-le rôder au moins autour de la maison et vous . éveiller lorsqu'il sera nécessaire, avant que vos portes soient « crochetées ou qu'on entre chez vous par les fenêtres. » = {Ms. Arch. Jes. Pol. Lettre datée de Pétersbourg, 26 juin 1810).
La cinquième lettre, sur la liberté de l'enseignement public, défend les Jésuites contre le contrôle imposé de l'université de Vilna. Joseph de Maistre apporte l'exemple de la France, qui au xv!"" siècle, s'est trouvée pour l'éducation dans la même position que la Russie au xix% et pourtant la France laissa aux Jésuites la liberté d'enseigner selon leur institut : = « Tout « monopole est un mal, dit-il, et la conscience universelle « le sent si bien que le mot de monopoleur est une injure. Or « l'élal établit volontairement un monopole, lorsqu'il accorde . un privilège exclusif, qui n'est que la permission de mal » faire, en se faisant payer davantage...
DOCUMENT AK
« Pour la Russie, il y a une autre raison d'imiter la France « sur ce point. Car ces mêmes sectes, qui ont amené la révo- « lution française, révolution impossible sans la destruction « jn-oliminaire des Jésuites ; ces mêmes sectes s'efforcent de « faire quelque chose de semblable en Russie. Comme la pro-
0 position directe de détruire les Jésuites ou leur enseigne - « ment, choquerait la justice du souverain, on tâche d'arriver
1 au but en tournant, on dit que rintèrêt de l'Etat (voici le « piège) exige l'unité de l'enseignement ; et l'on propose de « soumettre les Jésuites à l'université de Vilna, ce qui équi- « vaudrait pleinement à un oukase de suppression. » =
Dans les trois premières lettres, de Maistre avait déjà dit : On s'imagine que, lorsqu'on a ouvert un institut, établi et pnyé des professeurs, tout est fait. Rien n'est fait au contraire, si la génération n'est pas préparée. En France les écoles ont lait beaucoup de bien, ont produit de grands hommes, tant qu'elles ont été sous la direction des religieux. L'Angleterre, bien que protestante ; Napoléon, que personne n'accusera d'avoir été dévot, ont imité jusqu'à un certain point les ordres religieux, exigeant le céhbat des professeurs. En Allemagne, on s'est écarté de cette règle, et voici ce qu'en ditun^ « témoin <r irréprochable, un allemand réformé, grand philosophe « moderne, grand entrepreneur d'éducation et grand admi- » rateur des idées nouvelles : Toutes nos universités d'AUe- « magne, dit-il, même les meilleures, ont besoin de grandes « réformes sur le chapitre des mœurs... Les meilleures oc même sont un gouffre où se perdent sans retour l'inno- « cence, la santé et le bonheur d'une foule déjeunes gens, et « d'où sortent des êtres ruinés de corps et d'àme, plus à « charge qu'utiles à la société... (1). » =
Le comte de Maistre conclut donc en disant que soumettre les Jésuites à la suprématie des universités, c'est une mesure
(l) CkMPE, Recueil de voyages pouv Vinstruclion de la jeunesse, t. 11^ p. iS9.
insensée et pernicieuse. Puisque des circonstances heureuses ont amené les Jésuites en Russie, il faut s'en servir comme d'une digue puissante contre l'esprit de la révolution, qui s'introduit de tous côtés, mais surtout par l'éducation publique {3I7ÎS. Arch. Jes. Pol.)
Nous nous arrêtons à dessein sur ces lettres, afin de montrer quelles étaient les dispositions à l'égard des Jésuites dans les hautes régions à Pétersbourg, par quels arguments on les défendait et ils se défendaient eux-mêmes.
DOCUMENT AL (Voy. Liv. V, ch. III, p. -162).
Prenant en considération le désir qui nous a été manifesté par les habitants de la Russie-Blanche, aussi le profit que produit dans les études l'émulation entre plusieurs écoles de même degré : nous avons jugé utile d'ériger le collège des Jésuites de Polotsk en académie et nous lui avons octroyé les privilèges dont jouissent les universités. Dans ce b ut, nous décrétons en faveur de cette académie les articles suivants :
4° Le collège des Jésuites à Polotsk doit s'appeler désormais académie de la Compagnie de Jésus.
2° L'administration de l'académie relève immédiatement du général des Jésuites.
3" Tous les collèges de la Compagnie, déjà fondés en Russie et qui s'y fonderont dans la suite, seront soumis à l'académie de Polotsk.
4° Dans celte académie, la jeunesse apprendra toutes les sciences marquées par le gouvernement, excepté la médecine et le droit criminel
S"' En ce qui regarde l'éducation, l'académie de Polotsk et les collèges qui lui sont soumis, dépendront en dernier ressort du ministère de l'instruction publique. Quant aux autres points, conformément aux constitutions de la Compagnie de
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Jésus, ces maisons dépendront de l'autorité spirituelle de leur religion.
6° La Compagnie de Jésus, ayant des revenus suffisants pour l'entretien de ses écoles, ne recevra du gouvernement aucun secours en plus pour l'académie de Polotsk.
D'après ces principes généraux, le général des Jésuites rédigera un projet de règlement pour Tacadémie de Polotsk ; en particulier il exposera ses droits et privilèges, conformément aux droits et privilèges qui mettaient les académies de cet ordre sur le même rang que les universités. Il exposera aussi en détail quelles sciences on enseignera dans cette académie. Ce projet terminé, il le portera au ministère de l'instruction publique. Là, on le comparera avec les règlements actuels sur l'éducation, puis on le soumettra à notre examen.
Sa Majesté l'Empereur a signé de sa propre main l'authentique de cet acte :
Alexandre
A contresigné : le comte Alexis PtAzuMowsKi {Arch. Jes. Pol. — Imprimé du temps).
DOCUMENT AM (Voy. Liv. v, ch. in, p. 162).
Désirant donner, dit le document, une preuve solennelle de notre bienveillance particulière envers le collège des Jésuites de Polotsk, qui rend de si éminents services par l'éducation et l'instruction de la jeunesse : nous avons résolu de l'ériger en académie, plaçant sous son autorité tous les autres collèges des Jésuites dans l'empire, et le mettant, pour les droits et privilèges, sur le rang des universités. Dans ce privilège, nous avons jugé nécessaire d'énumérer les droits propres des universités et qui conviennent à cet ordre, et nous avons daigné tout régler, pour nous et pour nos successeurs, par notre parole impériale, comme il suit :
LES JÉSUITES DE LA RrSSIE-nLANCIIE
1° Le collège des Jésuites à Polotsk, prenant désormais le titre d'académie, sera placé sous notre protection innnédiate , et dépendant du ministère de l'instruction publique en tout ce qui regarde la partie de l'éducation, il sera gouverné par le général de la Compagnie de Jésus,
2" Dans cette académie seront enseignés les sciences, les arts libéraux, les langues ; le tout sera réparti en trois facultés.
3" La première faculté comprend les langues ; la seconde, les arts libéraux et l'étude des sciences philosophiques, naturelles et civiles ; la troisième, la théologie et les autres études qui ont rapport à la foi.
4° La faculté des langues comprend : 1" le russe, 2" le français, 3° l'allemand, le latin, 5° le grec, 6° l'hébreu. Dans la suite des temps, de l'avis et avec l'approbation du ministre de l'instruction, le général de la Compagnie peut encore introduire quelque autre langue utile au pays (le polonais).
5° La faculté des arts libéraux, des études philosophiques, naturelles et civiles, comprend : 1" la versification, 2° Téloquence, 3° la philosophie morale, 4° la logique et la métaphysique, 5" la physique générale, particulière et expérimentale, i)° la chimie, 7" les mathématiques pures et apphquées, 8" l'architecture civile et militaire, 9° le droit naturel, le droit particulier et le droit civil romain, 10^ l'histoire universelle.
6° L'académie aoit avoir le nombre nécessaire de professeurs pour toutes ces matières.
7° La faculté de théologie et des autres études qui ont trait à la foi, comprend ; 1° la théologie dogmatique, 2" la théologie morale, 3" l'Écriture sainte, 4" le droit canonique, 5" l'histoire ecclésiastique.
8" Chaque faculté a un doyen élu pour un temps déterminé dans l'assemblée des professeurs de l'académie.
9" L'élection à toutes les charges et places de l'académie,
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doit se foire à la majorilé des voix en pleine réunion de l'académie. L'élection est soumise à l'approbation du général, qui la transmet au ministre de Finstruclion.
10" Tous les collèges de Jésuites établis dans l'empire et qui s'y établiront dans la suite, seront sous la dépendance de l'académie de Polotsk.
11" Le général de l'ordre, ne pouvant toujours se trouver à Polotsk à cause de sa charge, gouvernera l'académie par le provincial et le recteur de ladite académie, selon la coutume de l'ordre.
Les paragraphes suivants, du IS'' au 18% traitent des fonctionnaires de l'académie, le recteur, les doyens, le chancelier, le secrétaire, le notaire et les bedeaux.
Les paragraphes 19-29 règlent l'autorité du recteur, la censure, les examens, les diplômes, les insignes ou distinctions extérieures, enfin l'exemption des frais de poste et d'impôts.
Sa Majesté l'Empereur a signé de sa propre main l'authentique de cet acte :
Alexandre
Le ministre de l'instruction publique a contresigné :
Le comte Alexis Razumowski
[Arch. Jes. Pol. Imprimé du temps.)
Aucun monarque catholique ne pouvait accorder le privilège d'une académie avec plus d'égards et d'honneurs pour l'autorité religieuse et spirituelle, que ne le fit le tsar schismatique dans le document que nous venons de rapporter. Il n'est donc pas étonnant que les Jésuites se crussent tenus à la reconnaissance et que la noblesse de la Russie-Blanche, voyant sa province honorée d'un établissement aussi remarquable, s'enracinât dans sa fidélité au monarque et dans son attachement à la Compagnie.
LES JÉSUITES DE LA RtSSlE- BLANCHE
OUVERTURE DE l'aCADÉMIE
L'acte solennel de la remise du privilège, et en même temps de Foiiverture de Tacadémie, eut lieu le 15 juin 1812. On vit arriver à Polotsk pour cette fête : le prince de Wittemberg, général-gouverneur, Mgr Dederko, évêque de Minsk, l'archevèque-uni Mgr Krassowski et tous les dignitaires civils et militaires, les maréchaux de la noblesse, les députés des terres et des cantons, et une affluence considérable de bourgeois de la ville ; tellement que la vaste salle des séances publiques se trouva trop étroite pour contenir les hôtes.
Après la célébration de la messe, tout le cortège se réunit dans la grande salle. Mgr Dederko donna lecture de la lettre du métropolitain, qui, ne voulant point poser un acte contraire à ses plans tant anciens que nouveaux dressés pour la ruine de la Compagnie, avait chargé l'évèque de Minsk de remplir cette fonction. Ensuite le R. P. Brzozowski pria le général-gouverneur de remettre à l'évèque de Minsk le privilège de l'académie placé sur un coussin de brocard. Le général accomplit cette formalité et de nouveau toute l'assemblée retourna de la salle à l'église. Les élèves, ouvrant le cortège, portaient des bannières de velours aux armes des terres et des provinces de l'empire ; à son entrée dans l'église, toute cette jeunesse se rangea autour d'un trône magnifique, sur lequel brillait richement encadré le portrait du tsar Alexandre ; à côté était préparée une petite table recouverte de brocard pour recevoir le piivilège. Un des Pères donna lecture du privilège en langue polonaise ; la musique du collège exécuta un morceau dans la tribune de l'église et les 50 canons de la ville répondirent par une salve sur les remparts. Ensuite le P. général fit un discours latin sur la grandeur du bienfait que le tsar Alexandre avait accordé à la Russie-Blanche par l'érection de l'académie de Polotsk. On lut des pièces de vers composées pour la circonstance en différentes lan-
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gues, et on les distribua aux assistants, ainsi que des exemplaires imprimés du privilège.
L'évèque Odyniec éleva ensuite au grade de docteurs en théologie, le P. Lustyg, recteur du collège et de l'académie, et le P. Angiolini, vice-recteur de la même académie. Cette cérémonie terminée, on chanta le Te Deum en actions de grâces et de nouveau les 50 canons tonnèrent sur les remparts.
Pendant le diner, auquel assistèrent plus de cent invités, la musique du collège fit entendre les plus beaux morceaux de son répertoire, et son directeur, le P. Kûferlin, exécuta des solos de violon.
Une très brillante illumination, qui se prolongea fort avant dans la nuit, et pendant laquelle se relevaient la musique du collège et celle de l'armée, termina cette solennité scolaire et religieuse.
{Hist. colleg. Poloc. Soc. Jesu. Ànno. 1812. 3Ins. in-folio. Arch. Jes. PoL).
GONSPECTUS STUDIORUM IN ACADEMIA POLOGENSI SOGIETATIS JESU.
Tous les ans, les Jésuites de Polotsk imprimaient un Con. spectus studiorum in Academia polocensi Societatis Jesu. J'ai entre les mains celui de 1818-1819 {a 15 septembris anni 1818 ad 15 jidii anni 1819). Il compte 26 pages petit in-folio et renferme le programme détaillé de toutes les matières à enseigner, depuis la théologie jusqu'aux cours de langues étrangères. Le nom du professeur est en tête de chaque matière. Ne pouvant donner ici qu'un spécimen de ces pro- <i-rammes, j'en choisis un des plus courts :
LITTERATURA GALLIGA
« P. MATTH^US MOLINARI, S. J., Decanus Fag. Lingoarum, Professor Litteratur.« Hebraic.e et Gallig.e, feria 4'" mane ' ab hora VIII ad IX; Feria 6'=> post meridiem a I ad //, tra-
I'iISSIE-BlANCHE, t. II. op
« del leciiones sequenli modo : Glarissiinoruni Oralorum in « génère lumsacro tuuiforensi, Fléchier, Bossuet, Bourdaloue, « Massillon, etc. notitiam Iradel, alignas Orationesvel saltem (. selecta ex illis loca diligenli subjiciens examini. Nonnullas « adjunget solulo stylo descripliones ex Fénélon, La Bruyère, « Barthélémy, Ciiateaubrlvnd, etc. Artem versus gallicos con- « ficiendi peculiaresque régulas Poematum, Sonnet, Rondeau, c< Vaudeville, etc, variumque rliylhmum in Odis usurpatum ce declarabit. Selecta Poemata ab omni obscenitate castigata « percurret ; in Apologis prsecipuas La Fontaine et La Motte « fabulas ; in Bucolicis eclogas Gresset ; in lyricis selectas Odas « Malherbe, J.-B. Rousseau etPoMPiGNAN; in Tragicis ex Gorneuxe « Ginnam et Polyeuctum, ex Racine Athaliam et Esther, ex « Grébillon Atreuui; in comicis ex Molière Avarum et yEgrotuni « imaginarium. Quid de Regnard, Destouches, du Belloy et « aliis secundariis dramalicis sentienduin, aperiet. Addetvarias « descriptiones ex recentioribus poetis, maxime ex Delille « excerptas. Demum breviter indicabit quinam scriptores « apud Galles primas obtineant, ut adolescentes hac notitia « in comparandis et legendis libris dirigantur.
Ge Conspechis est terminé par un tableau général que nous donnons ici. Dans l'exemplaire dePolotsk, ce tableau est sur une seule feuille ; pour plus de commodité, nous avons préféré le mettre en pages (pp. 403 — 408). Mais ne voulant point priver le lecteur de la disposition matérielle du tableau de Polotsk, nous en ajoutons (p. 409) un fac-similé réduit. (N. T.)
DOCtJMENT AM
RDO STDDIORDM IN ACADËMIA POLOCENSI
FACULÏAS THEOLOGLi: