V. The Annals of the Town of Guelph, p
l'une des plus belles sinon la plus belle du Canada et peut-être même de toute l'Amérique du nord, l'église domine, à l'éternel désespoir de toutes les sectes, leurs temples nombreux, les monuments, la ville tout entière et les campagnes environnantes. Placée au bout d'une longue et large avenue montante, sur une éminence qu'elle couronne et qu'elle occupe toute avec la résidence, le couvent et les écoles, elle se voit de partout, de quelque côté qu'on accède à la ville, une hantise pour nos frères séparés, pour les fidèles un perpétuel sujet de satisfaction et de confiance, comme la lumière rayonnante d'un phare.
L'église qui se bâtit peu de temps après la fondation de la ville devint la proie des flammes en 1846. On crut que c'était l'œuvre d'un incendiaire, et apparemment d'un Orangiste. Avec l'église périrent les anciens registres. Le registre actuel date de 1847. On y voit la signature des prêtres Schneider, Sanderl et Cullen qui n'étaient point résidents. L'église fut rebâtie aussitôt, mais n'était ni terminée ni payée quand les Jésuites parurent en 1852 1. |
New-Germany est à quelques milles de Guelph. La résidence, fondée là en 1851, eut, avons-nous dit, une existence éphémère. C'est que, à la demande de Mgr de Charbonnel, le P. Holzer et son compagnon durent se transporter à Guelph, le 28 janvier 1852. Le premier compagnon du P. Holzer étant retourné en Europe, le P. Matoga vint le remplacer.
Ces deux Pères ont laissé à Guelph un souvenir impérissable. Ils étaient, dans l'estime du peuple, de la
1. V. Litterae annuae Provinciae Franciae (1861-1862), p. 116 et suiv.
race de ces hommes dont les saints Livres disent: Gigantes erant super terram in diebus illis. Jeunes encore, et même l'un deux, le P. Matoga, très jeune (28 ans), affables, vigoureux, d'un oubli d'eux-mêmes poussé à l'excès, dévorés du plus pur zèle, ils accomplirent en peu de temps, au dire de l'évêque, «la besogne de quatorze prêtres ». Le territoire était immense: il comprenait plusieurs comtés, notamment Wellington, Waterloo, Bruce et Grey; à part un rayon de plus de trente milles tout autour de Guelph, il s'étendait à l'ouest et au nord jusqu'au lac Huron et à la Baie Georgienne. Vingt mille catholiques disséminés en une multitude de petits groupes formaient la société des fidèles. A Guelph et lieux circonvoisins la majeure partie étaient des fils de la catholique Irlande. L'Allemagne venait ensuite, comme la mieux représentée des pays d'Europe. La connaissance de l'allemand diminuait d'autant la difficulté pour les deux missionnaires dont l'un était Tyrolien, le P. Holzer et l'autre, le P. Matoga, Polonais. Mais en revanche l'étude plus approfondie de l'anglais leur imposait ün surcroît de travail. Ce qu'ils en savaient déjà leur permit d'entendre, dès la première semaine, douze cents confessions, la plupart de six à dix années de retard. Comme il n'y avait pas d'école, la jeunesse ignorait tout de la religion. Un petit nombre au-dessous de dix-huit ans avaient fait leur première communion.
Les premiers travaux de déblaiement faits, on se partagea la besogne. Le P. Holzer prit Guelph et ses environs: le P. Matoga le reste. Nous allons le suivre rapidement dans sa brève mais si prestigieuse carrière.
Le P. Gaspar Matoga était né en Pologne le 30 décembre 1823. Admis dans la Compagnie de Jésus
en 1845, la persécution l'éloigna peu après de la province de Galicie où il était entré, et l'incorpora à la province de France. Ordonné à l'âge de 28 ans, après ses études faites à Fordham, il fut aussitôt appliqué à la mission de Guelph. Dès qu'il connut bien, par diverses visites, le vaste champ d'action qui lui était dévolu, il le partagea en sections de dix, quinze et vingt milles selon la population catholique, de manière à les parcourir toutes cinq ou six fois par année. Il était aidé dans ce travail de division et subdivision par la configuration même de la province ontarienne. Le Gouvernement, déjà en ce temps-là, l'avait quadrillé en comtés, cantons et concessions; de sorte qu'elle présentait par ses quadrilatères et ses routes à angles droits l'aspect d'un immense damier. C'eût été sans doute un jeu pour le P. Matoga de la parcourir sur les belles routes modernes. Mais alors les chemins n'étaient indiqués que par des abatis d'arbres, parmi lesquels il fallait se frayer un passage. Tout de même il s'en fit un jeu pour le salut des âmes. Chaque groupe sur le long parcours avait sa date fixée d'avance pour la visite, à l'instar d'une visite pastorale. Au jour dit, le missionnaire, impatiemment attendu, paraissait. Confessions, baptêmes, mariages, extrêmes-onctions, catéchismes, arbitrages de disputes, se suivaient sans interruption. A l heure de l'après-midi, sainte messe, instruction et action de grâce. Il songeait alors à sa réfection corporelle. Le manducate quae apponuntur vobis, servi d'une main plus généreuse que savante, ne lui apportait guère de variété: quelques légumes, une belle tranche de lard sur une grosse miche, et pour boisson l'eau cristalline des sources et des rivières. En cas de maladie, les re-
mèdes étaient à base de mie de pain et d'aqua pura. A la dernière bouchée il reprenait son sac et en route, à pied, à cheval, en voiture, au petit bonheur des rencontres. Au bout de cinq, huit, ou dix semaines il revenait, comme une colombe, au logis préféré; puis après quelques jours de vie en famille, reprenait ses randonnées apostoliques. /ndefessus animarum venator, écrivait au Père Général un Visiteur de cette époque, inlassable chasseur d'âmes, mais qui n'oubliait pas la sienne. Toujours fidèle, en route comme au foyer, à ses exercices spirituels, méditations, examens, récitation du saint office. Il savait trop le redoutable avertissement de saint Paul pour se négliger jamais: Ne forte, cum aliis praedicaverim, ipse rebrobus effciar.
Un si magnifique apostolat conciliait sans doute au P. Matoga les cœurs de ses ouailles, mais devait susciter : la rage de l'enfer et de ses suppôts. Les Orangistes veillaient. Par deux fois ils attentèrent à sa vie. Dieu détourna les balles qui lui étaient destinées. On recourut alors aux plus vils moyens pour le perdre. On tendit des pièges à sa vertu. Frustrés encore sur ce point, ils répandirent contre l'angélique jeune homme d'ignobles calomnies. Ces vexations plus encore vraisemblablement que ses incessants et durs labeurs abrégèrent ses jours. Au début du mois d'août 1856, il sentit les prodromes du mal, l’angine de poitrine, qui devait le terrasser. Il voulut d'abord résister et continuer sa mission, à vingt milles de Guelph. Mais il dut revenir et bientôt, pleuré de tous, il rendit à Dieu, le 21 août, sa vaillante et belle âme. Plus jeune encore que le‘P. Frémiot, il n'était que dans sa trente-troisième année.
Entre temps, le P. Holzer n'était pas inactif. L'église. était trop petite pour le nombre des fidèles. On eût bien voulu l'agrandir ou même la remplacer. Mais la bourse était mince, et ce qu'il y avait au fond serait mieux placé, pensa le P. Holzer, dans les murs d'une école que dans ceux de l'église. Sitôt conclu, sitôt fait: car chez lui il n'y avait pas place au lantiponnage. Deux beaux édifices s'élevèrent comme deux contreforts, à droite et à gauche de l'église, l’un pour l'école des garçons, dont une partie affectée à la résidence des Pères et ouverte en 1854, l'autre pour l'école des filles et les Sœurs de Lorette. Ces religieuses, on s'en souvient, avaient été remerciées par Mgr Pinsonnault, dès son arrivée à London en 1856. Guelph reçut aussitôt le trésor dont se privait London.
Je dirai d'un mot que le dimanche du Jésuite était rempli à déborder du matin jusqu'à la nuit, par ses deux messes de 8 heures et de 11 heures, deux instructions, confessions, catéchisme, vêpres et salut, visites des malades de la ville. Pour tout soulagement à tant de fatigues, la semaine était réservée à la desserte de six cantons environnants, et des cinq cents familles d'ouvriers, échelonnées le long des trois voies ferrées qui se construisaient autour de Guelph.
Après le partage, en 1856, du diocèse de Toronto en trois: Toronto, London et Hamilton, Guelph se trouva
1. Le P. Jean Holzer, né le 29 décembre 1817, au village de Mutters (Tyrol), entra dans la Compagnie, le 10 août 1835, après de brillantes études au lycée d'Inspruck. L'un de ses co-novices devint le célèbre théologien, cardinal Franzelin. Venu aux États- Unis, en 1848, le P. Holzer fut d'abord placé à Wilmot, puis à New-Germany. C'est de là que nous l'avons vu se rendre à Guelph, en 1852.
dans les limites de celui-ci. Le nouveau diocèse débutait avec un bien petit nombre de prêtres, quatorze, dont neuf Jésuites. Deux de ces derniers venaient remplacer le P. Matoga. C'étaient les Pères Dumortier et Blettner, encore deux vigoureux missionnaires, dont le souvenir est resté si vivace. La besogne ainsi reportée sur les épaules de deux hommes, donnait encore au P. Dumortier trente stations dans les comtés limitrophes de Peel, de Wellington et de Waterloo. Les comtés plus pauvres et autrement vastes de Bruce et de Grey fournissaient au P. Blettner vingt-sept stations, avec deux petites villes qui commençaient à lever la tête, l’une au bord du lac Huron, Southampton, l'autre au fond de la plus belle et de la plus profonde rade de la Baie Georgienne, Owen Sound.
Nous avons vu les Orangistes s'attaquer au P. Matoga. Lui mort, ils tournèrent leurs batteries contre le P. Holzer, son église et ses écoles.
Remontant à une double victoire des troupes de Guillaume d'Orange sur celles de Jacques IT, en Irlande, l'une sur les bords de la Boyne le ler juillet 1690, l'autre décisive à Aughrim le 12 juillet de l'année suivante, victoires d'un prince protestant sur un roi catholique, l'Orangisme se ressent. encore de ses origines. Conçu dans la haine du catholicisme, il est, dans son essence, une irréductible opposition à l'Église de Rome. Quoiqu'il s'intitule lui-même «le Protestantisme organisé » !, ou encore «le bras armé du protestantisme, the fighting arm of Protestantism », il n'est pas une religion, ou, si l'on veut, comme le disait un évêque d'Irlande, sa religion
1. Discours du Worshipful W.-F. Spinks, 14 février 1905, à Cypress River, Man.
est la haine, la haine de la foi catholique; haine singulièrement en éveil; haine deux fois séculaire, bien vieille sans doute, mais qui malgré son âge paraît avoir gardé toutes ses dents. Une pareille hostilité du XVIIe siècle vivace encore au XXe est un pur anachronisme, et en y songeant on ne se retient pas d'appliquer aux Orangistes le mot de Pascal: ( En vérité, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables. »
Les Orangistes étaient nombreux à Guelph et dans les villages voisins. Ils n'avaient pas vu sans alarme le catholicisme gravir la colline, s'y installer, et en faire comme une forteresse inexpugnable. L'érection de deux écoles et l'affluence des enfants mirent le comble à leur fureur. Déjà l'un deux et des plus en vue, avait juré qu'il ne mourrait pas sans avoir bu le sang d'un Jésuite. L'annaliste nous informe que, trois jours après, il tombait écrasé par un arbre, la poitrine ouverte, d'où jaillissaient des flots de sang. Un autre après avoir vomi à la figure d'un catholique un horrible blasphème, se met à table. A la première bouchée, il tremble, pâlit et Ss'affaisse sans vie. — C'étaient des cas isolés.
Un conseil se tient d'urgence. Le papisme est dénoncé, il trouble tout, il menace la ville, la province, le Canada, l'Empire; l'{ Ordre loyal des Orangistes » se dresse contre lui dans sa force, il va porter les premiers coups; à tel jour, la colline sera prise d'assaut, l'église et les écoles profanées et abattues, et la mort — mort la plus atroce possible — réservée au Jésuite Holzer. Ces factieux, aveugles dans leur fureur, ne prennent pas la peine de se couvrir du secret. Un journal indique même le jour de l'assaut, le nombre des assaillants, dix mille ni plus ni moins, et des pièces de canon. De
fait, au jour dit, 13 juillet (1857). — lendemain du jour anniversaire de la grande victoire de Guillaume d'Orange, anniversaire toujours célébré avec force discours, marches et contremarches, danses et libations — une troupe nombreuse d'hommes armés, venue des alentours, poussiéreuse, haletante, pénètre dans la ville, drapeaux jaunes déployés, et se joint aux loyaux Guelphois de l'ordre d'Orange. Il était dix heures du matin. — Que faisait-on pendant ce temps sur la colline? Les religieuses et leurs élèves priaient. Le Supérieur de la résidence, entouré de six cents Irlandais bien armés, était aux écoutes. La veille, ces Messieurs avaient demandé au maire de la ville la permission de s'armer. Ils avaient monté la garde, la nuit, à tour de rôle. Réunis le matin dans l'église, le P. Holzer, après la bénédiction du très saint Sacrement, leur avait fait jurer de ne pas bouger avant d'être attaqués.
Peu de temps après, le maire était monté à la résidence, avait convoqué les chefs dans la chambre du Supérieur, et, revenant sur le permis de la veille, leur avait commandé, au nom de la paix publique, de mettre bas les armes: sa milice urbaine ajoutait-il — une cinquantaine d'Orangistes! — défendrait la colline. Un refus net, immédiat, fut la réponse. Nos amis s'engageaient d'ailleurs à verser cinq cents louis, si l'un deux le premier osait troubler la paix. Au sortir de la résidence, le maire était tombé au beau milieu des Orangistes qui envahissaient la ville. Même injonction de déposer les armes, même refus. Les voilà maintenant au cœur de la ville, les yeux tournés vers le côteau, hésitants, craintifs. Ils ont pourtant la partie belle, étant donné leur nombre et celui de leurs adversaires, et de plus la conni-
vence de la force publique. Tout au contraire, les Irlandais, au dire du chroniqueur de Guelph, bien que conscients de leur faiblesse numérique, ardents jusqu'à rutiler de sueur, trépignant comme des lions devant des louveteaux, brûlaient d'envie de se jeter sur cette canaille. Le P. Holzer s'épuisait à les retenir: il en calma quelques-uns par de belles promesses, comme on fait des enfants; il en mit d'autres sous clef.
Une heure entière se passa dans cette attente fiévreuse. Que serait-il advenu si d'un côté ou de l'autre un coup de feu eût donné le signal de la ruée ? Heureusement que sur le midi la peur l'emporta chez les jaunes. Une rumeur terrible venait de circuler parmi eux: la colline, disait-on, était défendue par plus de dix mille hommes armés jusqu'aux dents et trois énormes canons. Et ces braves, frappés de panique, de dévaler soudain par toutes les avenues et disparaître vers les faubourgs et la campagne. Parturiunt montes….
Il semble bien néanmoins que cette fois encore, à défaut de la justice humaine, la main vengeresse de Dieu ait paru. Ce soir-là même, ajoute le pieux annaliste, le chef des factieux tomba gravement malade, et, deux jours après, comparaissait devant le souverain Juge.
En 1858, deux nouveaux missionnaires s'adjoignirent à la mission de Guelph, et deux Frères coadjuteurs venus d'Irlande. La joie fut grande dans tous les cœurs. C'était trop beau. Un nuage passa dans le ciel. Mgr Farrell, premier évêque de Hamilton, depuis deux ans, jeta les yeux sur Guelph pour en faire son siège, dans le temps même ou l'évêque de London négociait à Rome sa translation à Sandwich. Le nuage, un de ces nuages légers
qui ne recèlent dans leurs flancs aucune tempête, passa; et plus heureux que Sandwich, Guelph resta aux mains de la Compagnie.
L'un des deux nouveaux venus, le P. Laufhuber, Autrichien de naissance, d'un zèle déjà remarqué aux États-Unis, avait en partage le district voisin de Guelph au nord, mais s'étendant vers le sud jusqu'au lac Érié. Il reconnut bien vite que le plus grand mal pour ses ouailles était dans les mariages mixtes et les écoles publiques. Aux uns comme aux autres les attirait l'une des sectes les plus actives et les plus insidieuses, celle des Méthodistes. Si bien qu'un vieux ministre épiscopalien, tremblant pour son bercail, dit un jour au missionnaire: ( Père, hâtons-nous de nous unir, épiscopaliens et catholiques, sinon, nous serons tous happés par les Méthodistes, dévorés, ingurgités! »
Avant toutes choses le missionnaire eut donc à cœur d'établir des écoles séparées. La première le fut dans une ville qui semblait lui interdire tout espoir, c'était Preston. Catholiques nombreux, belle église, mais apathie religieuse effrayante; la cause en était les mariages mixtes, ailleurs évalués au quart ou au cinquième, ici près de la moitié. Seulement il y avait là un magistrat, protestant il est vrai, mais qui, dégoûté de sa secte, avait reporté toute son estime sur l'Église catholique. On l'appelait James Hespelar. Il ne se fatiguait pas d'entendre le Jésuite causer avec lui de religion. Nous ignorons s'il embrassa la foi qu'il aimait tant. Ce qui est certain c'est que non seulement il put, par sa connaissance des lois scolaires ontariennes, aplanir les voies à l'érection d’une école séparée, mais de concert. avec le
prêtre il sut réveiller le zèle des catholiques et contribua largement aux frais de l'entreprise.
Un échec à Elora ne rebuta point le P. Laufhuber. Il résolut de s'attaquer à Berlin (aujourd'hui Kitchener) chef-lieu du comté de Waterloo. Les catholiques y étaient en grande majorité et de race allemande. Très généreux pour l'église et ses ministres, mais si emmêélés dans leurs rapports avec les protestants, si ennemis de toute complication, et qui pis est, bon nombre d'entre eux si pleinement satisfaits des écoles publiques, que personne encore n'avait osé soulever la question d'une école séparée. Le missionnaire, en une pareille occurrence, dut faire un détour pour arriver à l'école. Sous couleur de construire une sacristie, qui du reste était vraiment nécessaire, il annonça une souscription générale dans toute la paroisse. Il se mit sur le chemin, s'arrêtant à chaque porte. Les pièces tombèrent si dru dans son escarcelle qu'en peu de temps, il en avait assez pour construire deux sacristies. Il crut le moment opportun de découvrir ses batteries. Au prône du dimanche suivant, il avoua tout, le stratagème et son but, et gentiment demanda à ses auditeurs de compléter la somme requise pour l'école. Chose rare! les mystifiés furent ravis du bon tour qu'on leur avait joué et, avec la même bonne grâce, s'empressèrent de verser le surplus nécessaire et de donner immédiatement les premiers coups de pic pour l'érection de l'école.
Cette visite à domicile ainsi que celles qu'il dut faire encore pour les mêmes raisons d'écoles ou d'églises à New Hope, Morriston, Bridgeport, Hamburg, jusqu'à Brantford et Canfield, lui firent toucher du doigt les plaies profondes que faisaient à ses fidèles leurs relations
trop intimes avec les protestants: leurs idées fausses sur la confession, le baptême des enfants, l'éducation, les écoles publiques. Il s'appliquait de son mieux à redresser les têtes et les cœurs. Mais seul sur ce vaste territoire, combien petit, léger, et souvent combien inefficace le remède à un si grand mal!
Des deux autres districts plus au nord, l'un comprenait une partie des comtés de Wellington, de Waterloo et de Halton, une vingtaine de localités. Partout la même ignorance de la religion provenant du manque de prêtres, d'églises et d'écoles, les mêmes efforts pour y subvenir autant que possible et la semence péniblement jetée dans un sol qui donnera, un jour, de si belles moissons à Wellesley, Acton, Peel, Georgetown, etc.
Les comtés de Bruce et de Grey formaient le troisième district avec ses vingt-sept stations. Il était si éloigné de Guelph, qu'il parut opportun d'y établir une résidence. Mount Forest fut choisi Tout alla bien, les aumônes, la construction; la bâtisse en bois, très modeste, se dessinait partie résidence, partie chapelle. Elle s’acheva et, un jour que le missionnaire était allé voir à Guelph le Supérieur de la mission, une main criminelle y mit le feu. Le P. Blettner à son retour, le lendemain, ne trouva que les cendres encore fumantes. La région était trop pauvre pour renouveler son premier effort. La résidence-chapelle ne se releva pas.
Trois ans plus tard, en 1861, tout le district était remis à l'évêque et réparti entre plusieurs prêtres séculiers.
Cette même année vit la réalisation d'un rêve longtemps caressé par le P. Holzer, celui d'une convention
entre l'évêque et la Compagnie de Jésus, afin d'assurer à celle-ci une situation stable. Le contrat, approuvé par le Père Général et la Propagande, accordait à la Compagnie à perpétuité, l'usufruit du terrain avoisinant l'église et d'une trentaine d'arpents, la moitié du « Church glebe » que le fondateur de Guelph avait dès l'origine octroyé à Mgr McDonnell. Il stipulait d'autre part que les Pères se chargeraient de la paroisse de Guelph et des missions sauvages du diocèse, c'est-à-dire de l'île Manitouline et de tous les postes qui en relevaient. Guelph, pendant ce temps, avait grandi, grandissait toujours, et avec lui les hautes visées du P. Holzer. En 1861, il fondait et confiait aux Sœurs de Saint-Joseph l'hôpital qui devait accomplir un si grand bien, mais qui pour lors menaçait d'absorber les revenus de la paroisse. Qu'importe! il fallait brûler les étapes. L'entreprenant supérieur termina, en 1863, les fondations d'une nouvelle église, l'ancienne étant devenue de beaucoup trop petite. Seulement ces fondations étaient, à ce qu'assure l'historien de Guelph, « de dimensions fabuleuses ». On dut en rester là. Pour se dédommager, le Père se mit à organiser, dans la résidence même, ce qu'il avait appelé le Collège Saint-Ignace, lors de sa reconnaiassance civile en 1862 !; embryon de collège classique, destiné, dans sa pensée, à enrayer l'acheminement des élèves catholiques vers les collèges protestants. L'année suivante, 1864, le petit collège, reconnu prématuré, fermait ses portes. Les dettes, auxquelles le P. Holzer, dans la griserie de sa fiévreuse activité, n'avait guère songé, ces dettes accumulées et devenues pressantes, criardes,