Lettres des Nouv. Miss, du Canada, t. I, p. 328 et suiv
catholiques se répartissaient sur une vaste étendue de pays. L’affluence partout fut extraordinaire, non seulement d’auditeurs catholiques mais de protestants. A la Nouvelle-Allemagne l’église se trouva de beaucoup trop petite et l’on fut contraint de prêcher en plein air, quatre fois par jour. Des familles entières arrivaient de fort loin sur des chariots; les jeunes venaient à cheval. On quittait les travaux les plus indispensables; on paraissait insensible à la faim, à la soif. Les confessionnaux étaient assiégés, et les Pères ravis mais épuisés pouvaient à peine se réserver quatre heures de sommeil. Chaque mission se terminait par l’érection solennelle, sur un tertre voisin, d’une grande croix de bois de vingt à trente pieds de haut, durable souvenir des grâces reçues, mais en même temps rappel des promesses à tenir.
Une autre œuvre, fruit plus précieux encore de ces missions, fut, dans presque chaque localité, l’établissement d’une école catholique. Au bout de quelques mois, sept étaient déjà construites. Pour des colons si pauvres la dépense était forte, mais l’importance désormais bien comprise de l’éducation chrétienne des enfants l'emportait finalement sur toutes les oppositions. « Nous espérons ainsi, concluait le P. Caveng, pourvoir par de bonnes écoles au renouvellement de nos colonies allemandes. On peut d’autant mieux espérer de réussir par ce moyen, qu’ici les jeunes gens vont à l’école jusqu’à dix-huit ans, ne rougissant pas d’apprendre ni de réciter l’alphabet et la doctrine chrétienne. »
La tâche alla sans cesse grandissante, si bien qu’en 1851 cinq Pères et trois Frères composaient la résidence de Wilmot. Cette même année, la communauté se dédoubla, et la mission voisine de New-Germany fut
LE HAUT-CANADA - PROJETS ET FONDATIONS
formée. Elle eut une existence éphémère, car, l’année suivante, elle se transportait à Guelph.
Wilmot continua jusqu’en 1856; la paroisse passa alors en d’autres mains. La nouvelle province d’Allemagne venait de succéder à la province de Suisse et les Pères étaient rappelés en Europe. Le P. Caveng néanmoins fut arrêté au passage dans la mission allemande de Buffalo, où il mourut en 1862.
La jolie et paisible petite ville des bords de la Speed, Guelph, fait remonter sa naissance à M. Galt, le 23 avril 1827. Cet Anglais de Londres venait de fonder la’ « Canada Company », une société qui joua un grand rôle dans le développement économique de l’Ontario. L'auteur jeta les yeux sur le site qu’il jugea le plus avantageux pour en faire le foyer de ses œuvres. Il l’appela Guelph, du nom de la famille royale d’Angleterre b D’autre part, la sainte Vierge qui devait dans la suite en devenir la patronne, lui assura un privilège assez rare dans la province d’Ontario, celui d’être visitée par un prêtre catholique avant qu’un seul ministre protestant n’y eût mis le pied. Guelph faisait partie du diocèse de Kingston, dont les limites coïncidaient alors avec celles de tout le Haut-Canada. L’évêque, Mgr Alexandre McDonnell, obtint du même M. Galt les six acres de terre sur lesquels sont bâtis l’église, le presbytère et d’autres institutions religieuses. Le site ne pouvait être mieux choisi, et l’église, aujourd'hui