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Aussi malgré les grandes aumônes que nous fimes de 800 sacs de blé d'Inde et de glands mêlés, nourriture qu’on trouve délicieuse en pareille circonstance, et dont nous nous privions nousmêmes en leur faveur, ndus ne pûmes empêcher plusieurs centaines d’entre eux de mourir de faim dans le courant de l’hiver.
Pendant l'été, les uns avaient recueilli dans les forêts des racines amères et des fruits sauvages; d’autres sur les bords du grand lac, avaient pu prendre quelques petits poissons, mais comme à la dérobée par crainte des ennemis. Ils avaient ainsi trouvé le moyen de retarder leur mort, plutôt que de prolonger leur vie. Mais quand, en hiver, la terre se couvrit de six à sept palmes de neige, et les lacs et les fleuves d’une glace épaisse, ils n’eurent plus «ucune ressource ni sur terre, ni sur eau, et alors leur misère devint extrême.
C'était un spectacle horrible de voir au lieu d'hommes, des squelettes moribonds, semblables aux ombres de la mort plutôt qu’à des corps vivants, aller et venir, et prendre pour se nourir les choses les plus répugnantes à la nature. Ils arrachaient de la terre les cadavres que nous avions ensevelis de nos propres mains, car souvent les parents des défunts n’en avaient pas la force, et ils s’en nourrissaient ainsi que des restes des renards et des chiens. De quoi n’est pas capable un homme affamé ? On sait que les Hurons, quand ils étaient infidèles, mangeaient 1 les cadavres de leurs ennemis, mais ils éprouvaient autant d’horreur que les Européens à se nourrir de leurs compatriotes Dans cette circonstance, la nécessité renversait toutes les lois. Des frères ont dévoré le cadavre de leur frère, des mères ceux de leurs enfants, des enfants celui de leur père.
Une scène qui se renouvelait souvent, c'était de voir de petits enfants s'attacher encore au sein de leur mère après sa mort, des mères expirer avant d’avoir pu être délivrées, ou des enfants mourir sur leur sein, qu’elles offraient même à ceux qui
: Ce trait de cruauté ne doit pas faire passer le peuple huron pour anthropophage, Cette hideuse coutume tenait à une idée supertitieuse, eommune à presque toutes les nations du nord, plutôt qu’à une soif de sang humain. En se ncurrissant de leurs ennemis, surtout quand
ceux: oi avaient montré du courage, ils croyatent s’incorporer quelque ehose de leur force d’âme ou de leur vertu guerrière.
étaient plus âgés, mais dont ils tiraient plutôt du sang que du lait. Elles montraient une résignation si héroïque et si chré- | tienne, que ce spectacle faisait couler des larmes d’attendris- À sement plus encore que de pitié. J'ai vu un moribond venir fl demander le baptême, comme un passeport pour l’autre vie. È |
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Nous n’entendions sortir de la bouche de ces infortunés que a des bénédictions, dans un temps où il semble que le malheur ( n'aurait dû les porter qu’au blasphème. Quelques-uns nous (ll demandaient de les enterrer tout vivants, dans la crainte qu’ils | | ne servissent d’aliment à leurs proches, ou ne fussent aban- LA . donnés sans vêtement, ce qu’ils regardaient comme plus hon- | \ teux pour un mort que pour un vivant. LÀ t Jamais nous n'avons autant multiplié les instructions, les il prédications, l'administration des sacrements et jamais nous A] e ne les avons vu recevoir avec plus de piété, non seulement les | St jours de fêtes, mais même les jours ouvriers. Ce travail joint à 1 d. la visite des malades et à la sépulture des morts, était l’occu- | le R pation journalière de nos missionnaires. | ss A tous ces maux il faut ajouter la crainte des ennemis. il as Elle nous faisait veiller les nuits entières, pour ne pas nous ds | laisser surprendre, comme l’année précédente ; mais ceux-ci, li 4? | instruits de notre état de défense, de la vigilance et de l’ordre L qui régnait dans l’île, tournèrent leurs armes d’un autre côté, int comme nous avons dit. || es Un grand nombre de ceux que nos aumônes avaient mis à | in l'abri du fléau de la famine, furent attaqués par une maladie | Lux contagieuse, qui, en peu de jours, fit de grands ravages, surtout |
parmi les enfants. Li Il ne manquait plus que la guerre, pour achever de les dé- | |
truire, et elle ne tarda pas, en sorte qu’ils se virent poursuivis |
par les trois fléaux à la fois. | En effet aussitôt que les glaces commeneèrent à fondre, et ki
la terre à se découvrir, nos Sauvages à moitié morts, sortirent (
de l’île, où ils avaient été tenus assiégés par la faim, et allèrent
chercher de quoi vivre par tous les genres de pêche ; mais là
où ils espéraient trouver l: vie, ils ne rencontrèrent que l’escla-
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vage ou la mort. Ils voulaient éviter de mourir de faim, et ils périrent dans les flammes. Ils tombèrent entre les mains de leurs ennemis, occupé à les rechercher de tous les côtés, surtout pendant la nuit, et ils ne purent leur opposer aucune résistance, car ils étaient divisés en plusieurs bandes, et avaient avec eux leurs femmes et leurs jeunes enfants qui ne servaient qu’à augmenter l’effroi et la confusion.
Ils apprirent de plus en ce moment que deux armées ennemies marchaient contre eux, l’une pour ravager la campagne, l'autre pour exterminer la nation. Alors deux des plus anciens Capitaines vinrent, en secret, trouver le Supérieur et les autres missionnaires, et leur parlèrent en ces termes :
“ Frère, tes yeux te trompent lorsque tu nous regardes. Tu “ crois voir des hommes vivants et tu ne vois que des spectres ‘et des âmes de trépassés. Cette terre que tu foules aux “ pieds, va s’entr'ouvrir pour nous engloutir avec toi, afin que “ nous soyons au lieu qui nous est dû, parmi les morts. Il faut “ que tu saches, frère, que cette nuit, dans un conseil, on a “ pris la résolution d'abandonner cette île. La plupart de nous ‘“ ont dessein de se retirer dans les bois, afin de vivre solitaires, “ et qu'homme du monde ne sachant où ils sont, l'ennemi ne “ puisse en avoir connaissance. Quelques-uns veulent s’en aller “ À six grandes journées d'ici. Les autres s’acheminent vers “les peuples d'Andastoé, 1 alliés de la Nouvelle-Suède. ‘ D’autres disent tout haut, qu’ils vont mener leurs femmes et “ leurs enfants, pour se jeter entre les bras de l'ennemi, où ils ‘ ont un grand nombre de leurs parents qui les réclament, et “ qui leur donnent avis qu’ils aient à se sauver au plus tôt d’un “ pays désolé, s'ils ne veulent périr sous ses ruines. Frère, que ‘ feras-tu, solitaire dans cette île, lorsque tout le monde t’aura ‘6 quitté? Es-tu venu ici pour cultiver la terre ? Veux-tu ensei-
1 Les Andastoeronnons à 150 lieues environ des Hurons vers le sud, parlaient la même langue que ces derniers, et furent toujours leurs alliés fidèles. En 1647, à la nouvelle de la guerre acharnée que les Iroquois faisaient aux Hurons, ils envoyèrent à ceux-ci des députés pour leur offrir du secours. Dans leur style énergique, ils leur dirent : ** Nous avons appris que vous avez des ennemis: vous n'avez qu'à ‘“ nous dire: ‘ Leve ta hache,’ et nous vous assurons qu’ils feront la ‘“ paix, ou bien nous leur ferons la guerre.”
‘ monde qui va se disperser ? La plupart trouveront la mort, ‘ où ils espèrent trouver la vie. Quand tu aurais cent corps ‘“ our te diviser en cent lieux, tu ne pourrais pas y suffire ; tu ‘ leur serais à charge, et tu leur ferais horreur. La famine “ les suivra partout, et la guerre les trouvera.
“ gner à des arbres? Ces lacs et ces rivières ont-ils des oreilles | ‘“ pour écouter tes instructions? Pourrais-tn suivre tout ce il ||