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É ‘ pas sauvé ceux que tu aurais pu retirer du danger, et quit’en | L ‘ présentent les moyens. Si tu écoutes nos désirs, nous ferons | s ‘une église à l’abri du fort de Québec. Notre foi n’y sera pas À ‘ éteinte. Les exemples des Algonquins et des Français nous |
“ maintiendront dans notre devoir. Leur charité soulagera une | r ‘“ partie de nos misères, et au moins y trouverons-nous quel- |
‘“ quefois un morceau de pain pour nos petits enfants qui, «6 1 ? £ , S depuis si longtemps, n’ont que des glands et des racines amè-
t ‘“ res pour soutenir leur vie. Après tout, dussions-nous mourir j.} s “ Jà avec eux, la mort nous y sera plus douce qu’au milieu des {| kt “ forêts, où personne ne nous aiderait à bien mourir, et où
‘“ nous craignons que notre foi ne s’affaiblisse avec le temps, ‘ e “ quelque résolution que nous ayons prise de la chérir plus k | a ‘“ que nos vies.” | Î- Cette affaire était trop importante pour ne pas demander le | 1, temps de la réflexion, et un jour, deux jours, dix jours, ne suffijs saient pas pour la conclure. Ce n’était pas peu de chose que 8 d'abandonner un pays, objet de tant de désirs et théâtre à de tant de travaux, pays que nous regardions comme la clef de à
beaucoup d’autres Missions chez un grand nombre de peuples |
inconnus, et au milieu duquel nous avions alors, outre les six Missions de langue huronne, cinq autres de différentes tribus algonquines. D'un autre côté les raisons des Sauvages paraissaient sans réplique, et convaincantes.
Que faire ? nous redoublons nos dévotions, nous faisons les prières des quarante heures. Nous interrogeons le Ciel; nous tenons conseil, nous examinons cette affaire quinze et même vingt fois ; il nous semble de plus en plus clair que Dieu avait parlé par la bouche de ce Capitaine. Il avait dit vrai ; le pays des Hurons n’était plus qu’une terre d’horreur et de carnage, habitable seulement pour les furies de l’enfer. Partout où nous jetions les yeux pour chercher un refuge, nous trouvions Ia famine et la guerre. Il n’y avait que le séjour dans la colonie française qui nous offrit l'espérance d’en sauver un grand nombre, et les moyens de les instruire plus facilement dans la foi, qu'ils venaient à peine d’embrasser.
Nous nous avouâmes vaincus par les raisons des Sauvages, et d’un commun consentement bien que contre notre inclination, nous nous rendîmes à leur demande ; mais comme l'ennemi ne dormait pas, il était nécessaire de hâter le plus possible l'exécution de ce projet, avant que l’Iroquois ne vint nous dresser des embüûches sur la route.
Nous abandonnâmes donc, mais non sans verser des larmes, ce pays chéri, arrosé de nos sueurs et du sang de nos frères, qui déjà nous promettait une abondante moisson, et nous donnait à tous l’espérance de les imiter, et dans leur vie et dans leur mort.
Notre seule consolation fut d'emmener avec nous de pauvres familles chrétiennes, environ trois cents âmes, tristes reliques de cette nation, autrefois très-nombreuse, mais alors presque entièrement détruite. C’est au moment même qu'ils étaient le plus fidèles à Dieu que les épreuves les visitèrent; le Ciel y
avait ses élus ; il s’est peuplé de nos dépouilles en dépeuplant la terre ; il s’esc enrichi de nos pertes. Ces restes infortunés, échappés aux fléaux de Dieu, n’ont point perdu la foi en perdant leurs*biens, leur patrie et leurs parents. Cette dernière:
année, nous avons même donné le baptême à plus de trois mille personnes, qui maintenant, nous l’espérons, en recueillent les fruits dans le Paradis.
Nous partimes de chez les Hurons, au commencement de mai, et après avoir parconru 900 milles de chemin, au milieu de bien des difficultés, à travers d'innombrables dangers, et avoir fait plusieurs fois naufrage, nous arrivâmes enfin tous à Québec, en parfaite santé, le 28 juillet 1650. Peu de temps après, trois cents autres Hurons vinrent nous rejoindre.
Bien qne Monsieur le Gouverneur, quelques particuliers et les deux couvents de religieuses aient pris soin de plusieurs familles, même au-delà de leurs moyens, néanmoins, la plus grande charge pesa sur nos épaules. Nous l'avons acceptée volontiers dans l'intérêt spirituel et temporel de ceux qui restaient, et Dieu ne les a pas jusqu'ici laissés mourir de faim. Mais il nous a fallu pour subvenir à tous ces besoins, décharger la mission de quelques-uns de ses ouvriers qui, du reste, n'étaient plus nécessaires pour si peu de monde.
Si le lecteur me demande quel sera le sort de cette Mission, si elle se rétablira jamais, s’il y a espoir que les Hurons et leurs missionnaires puissent y retourner un jour, je donnerai pour réponse ces paroles du Psalmiste : Zes yugements de Dieu sont un abîme insondable À. Cependant si l’on parvient à abattre l’orgueil des Iroquois, pourquoi cette belle Mission ne se rétablirait-elle pas ? Je sais qu'il y a à cela de grandes diffcultés ; mais ce qui est #»mpossible aux hommes est possible à Dieu, qui peut tout 2. Et d’ailleurs, le monde :.e sera détruit qu'après que l'Évangile aura éte prêché en tous lieux. Or dans les contrées de l’ouest, depuis le pays des Hurons jusqu’à la mer de la Chine, on trouve des nations immombrables, auxquelles le Æoyaume de Dieu n'a pas encore été annoncé. I] faut donc qu’un jour l'Évangile arrive jusqu’à eux, lors même que ces Missions seraient interrompues quelque temps.
Dieu sait quand c: moment viendra. Il ne nous appartient
+ Ps 35. 7.
? Luc. XVII, 27.
pas de connaître le temps et les moments que le Père a fixés dans sa puissance Ÿ ; mais il est juste que nous lui demandions avec instance, que so règne arrive au plus tôt, et que tous les peuples et toutes les nations le bénissent, afin gw1/ n'y ait qu'un seul troupeau et un seul Pasteur et que tous ensemble nous chantions les louanges de Celui qui vit et règne dans les siècles des siècles. ;
Il reste encore au Canada environ trente missionnaires, cistribués dans plusieurs Missions, les unes stables, les autres volantes, à Tadoussac, du côté des Anglais, chez les Attikamègues *, etc., sans comp. le Collége de Québec, et les résidences de Sillery, des "'rois-Rivières et de Montréal, dont nous avons parlé en commençant, Tous les ans on écrit leur histoire en français Ÿ. Il sera plus facile de se faire une idée de ces endroits en jetant les yeux sur la carte dressée pour cet ouvrage ; malheureusement eile n’est pas prête ; mais les personnes qui désireront se la procurer, pourront l'avoir dans peu de temps avec les gravures qui représenteront les Sauvages et les effets de leur cruauté <,
+ Act.1,'.
* Les Attikamègues on Poissons-Blancs occupaient la hauteur des terres où le Saint-Maurice prend sa source.
8 Ce sont les Relations publiées chaque année par les missionnaires.
* Rien de tout cela (ni carte, ni gravures) ne nous est parveuu ; nous y suppléons de notre mieux.
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