‹ Les jetons de l'échevinage parisien;Chapitre 176 sur 231 · JETONS · texte numérisé non relu

JETONS

Au lieu d'une nouvelle énigme en ligure, qui n'a pu esire preste ce mois-cy, je vous donne les nouveaux jetions de celte année dont j'ay ramassé la plus grande partie selon ma coutume. Comme la curiosité (ju'on a de voir ces jettons n'est que pour les devises, j'ay fait seulement graver les revers'". Ainsi la médaille du milieu ne vous fait point voir le portrait du Roy qui est d'un cosié. Celle nM'daille a esté l'aile en Allemagne. Vous voyez dans son revers une épée, nu bouclier et une corne d'abondance, avec ces mots: SVB CLYPEO, FERRO ET AVRO. Au-dessous est la ligure de la France, (jui lient d'une main celle de la justice, environnée de serpens, dont elle l'orge une palme sur une enclume, avec ces paroles: PACEM PRVDENTIA CVDENS. Dans le loinlain, on découvre une infinité de guerriers qui se retirent, ce qui fait voir que le Roy, par la force, par l'abondance de toutes choses et par sa grande conduite, a conlrainl un nombre prescjue infiny d'ennemis à recevoir la paix qu'il nous a donnée.

Les dix médailles (]ui environnent celle du milieu, dans l'ordre du cbilTre, sont de M" Charl)entier, l'alil»^ Tallemani le jeune et Quinaul, tous trois de l'Académie française. M. Charpentier a fait la quatrième. Al. l'alil»' Tallemant la première, la troisième et la sixième, et M. (jninaul la huitième.

La première est poui' le Trésor royal. On v voit un a(pi('iluc, avec ces mots; VEHIT, NON SERVAT. L'aqueduc ne sert qu'à [)orter les eaux qui coulent sans cesse et ne s'y ai'restent jamais. Le Trésor royal de mesme est le lieu |)ar on passent continuellement les revenus du Roy,, qui sont incessamment employez aux besoins de l'Etal et pour les réconqienses des bons sujets de Sa Majesté.

'' A oir l;i nlaiiclK' du ;l/c/rH/(' ,'.'»/«)i(.

AIT KM) ici: s 1;T PIKCKS .ICSTIFICATIVKS. 299

La seroiidc est pour la Itcxiic. On v vuil une codromic au-dessus du soli'il, avec ces mois:

HALC E PLVKIBVS VNA. Sclou Saloumii, la le c, (|uand elle a de la sajfossc, est la

couroiini' du iiiar\ .

Lu lidisii'iuc a csh' l'aile |ioui- M"" la l)aii|)liiue. I'!lle reprc'seiile la (oiiioiine d'Ariadné telle (|u'(iu la voil au Ciel |iarniy les cduslellalious. Ces paioles sduI auloui' : NOVVM DECVS ADDl! A CCffLO. Ariadné lui aiuiée de Hucclius, lils de Jupiler, (|ui répoiisa el i{iii lil uu-liic sa fouroniic au nombre des conslellalions. Cela couNient admirablomeul à M"" la Daupliine qui a épousé le digne fils de Louis le (Jrand el qui, par sa naissance et ses lares qualiti'z. a niéi'ilé de se voir placée dans la plus auguste Famille du inonde.

La qualrièiiic est pour la marine. Elle nous l'ail voir un phare ([ue la mei' enloure, a\ec du feu allumé en haut et ce conimencemenl de vers : FER SCOPVLOS DAT TVTVS ITEK, pour l'aire entendre que la prudence de Sa Majesté est un |)hare ipii a conduil le vaisseau de l'Etat en seùreh' au milieu des périls d(Mil nous lavons veu environné.

La cin(|uièuie est pour l'arlilleiie. Ce sont des canons démontez el qui n'ouï point d'occupation, avec ce demy vers de Virgile: DEVS NOBIS HALC OIIA FECIT. Ilien ne marque mieux le bonheur dont nous jouissons par la paix que Sa Majesté nous a doniiiV.

La sixiiime est pour les bastimens. On y découvre un aigle dans son aire, avec ces paroles ; DOMOS NON AD OTIA. lin aigle bâtit son nid avec soin el le rend le plus commode qu'il peut, mais ce n'est pas pour y demeurer oisif. H s'occu[)e incessamment à la chasse, où il exei-ce sa l'orce contre d'autres animaux. Ainsi le Roy l'ait bàlir de magnifiques palais pour luy el toute sa cour, mais son cœur se [lorte à des pensées bien plus nobles. Il est sans cesse apjiliqué à gouverner son État, à prévenir les desseins de ses ennemis, et il n'y a point de momeiil où il ne veille pour l'intérest de sa gloire el pour le bien de ses peuples.

La septième est pour l'ordinaire des guerres; c'est un soleil dardant ses rayons sur des Ivs. avec ces mots : HOC LVMINE FLORENT. Tout le monde sçail (pie la France doil au Hoy le haut point de gloire où elle est montée.

La huitième est pour les parties casueiies. C'est une ancre environnée de ces mots: hiALVS FERITVRIS. De mesine qu'une ancre sert à sauver ceux qui, estant prest.s de donner contre un écueil , sont en danger de périr; le droil annuel que les olliciers de ce l'ioyauine porleiil auv l'arlies Casueiies conserve les charges qu'ils [lerdroient sans ce secours.

La neufvième est pour les pouls et chaussées. Ce sont deux arches avec ces mots : EDV.XiT ME DE LVTO FECIS, [lour l'aire entendre que les chaussées qu'on élève dans les chemins bas el enfoncez en rendent |)arloul le passage aisé.

La dixième est pour la \ ille'". C'eslun navire avec ces paroles : VNDE tJMNlA REGIMEN. La Ville nous fournil loul ou nous lait tout fournir. On n'a |)U me dire le nom de ceux qui ont inventé cinq de ces médailles. Elles ont esté gravées jiar MM. Chéron et Loir. Il y en a deux (jui ne le sont point enc(U'e et que je vous enverray le mois prochain. Ce soûl les galères el rextraordinaire de la guerre '-'.

(Mercure i;ala>il, année 1O81, janvier, p. .iog et suiv. )

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