‹ Les jeunes années de C.-A. Sainte-BeuveChapitre 12 sur 16 · LES RAYONS JAUNES · texte numérisé non relu

LES RAYONS JAUNES

Lmida piseterea fiunt quaecunique., Lucrèce, liv. IV.

Oh ! qui dans une église, à genoux sur la pierre, N'a bien souvent, le soir, déposé sa prière,

Comme un grain pur de sel?

Qui n'a du crucifix baisé le jaune ivoire ? Qui n'a de l'Homme-Dieu lu la sublime histoire

Dans un jaune missel ?

1 Extrait des Poétiei de Joteph Dile^-oie.

Mais où la retrouver, quand elle s'est perdue, Celte humble foi du cœur, qu'un ange a suspendue

En palme à nos berceaux ; Ou'une mère a nourrie en nous d'un zèle immense ; Dont chaque jour un prêtre arrosait la semence

Aux bords des saints ruisseaux ?

Peut-elle refleurir lorsqu'à soufflé l'orage,

Et qu'en nos cœurs l'orgueil, debout, a dans sa rage

Mis le pied sur l'autel ?

On est bien faible alors, quand le malheur arrive, Et la moit.... faut-il donc que l'idée en survive

Au vœu d'être immortel !

J'ai vu mourir, liélas! ma bonne vieille tante, L'an dernier ^ ; sur son lit, sans voix et haletante,

Elle resta trois jours, Et trépassa. J'étais près d'elle dans l'alcùve ; J'étais près d'elle encor, quand sur sa tète chauve

Le linceul fit trois tours.

Le cercueil arriva, qu'on mesura de l'aune ;

J'étais là.... puis, autour, des cierges brûlaient jaune

Des prêtres priaient bas ; Mais en vain je voulais dire l'hymne dernière ;

2 Je n'ai pas la date de cette mort ; mais, on i)eut la placer, aiiproximativciiiciit, en 1827. La tante de Sainte-Beuve était une sœur de son père, et se nommait -Marie-Thérèse. Elle avait près de 44 ans, étant née à Moreuil, le 13 octoljre 17ôO, lorsque, le 28 floréal an II ()7 avril 1794), elle épousii, à Boulogne, où elle était domiciliée depuis six année.s, M. Jean-Baiitiste Cannier, veuf et âgé de OG ans. L'union ne fut pas longue. M. Carmiermom-ut le 19 messidor an 111(7 juillet 1795). Sa veuve en eut un douaire.

Mon œil était sans larme et ma voix sans prière, Car je ne croyais pas.

Elle m'aimait pourtant ; ... et ma mère aussi m'aime, Et ma mère à son tour mourra ; bientôt moi-même

Dans le jaune linceul Je l'ensevelirai ; je clouerai sous la lame Ce corps flétri, mais cher, ce reste de mon àme ;

Alors je serai seul;

Seul, sans mère, sans sœur, sans frère et sans épouse ; Car qui voudrait m'aimer, et quelle main jalouse

S'unirait à ma main? ..

Mais déjà le suleil recule devant l'ombre. Kl les rayons qu'il lance à mon rideau plus sombre

S'éteignent en cliemin

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