‹ Les jeunes croyancesChapitre 1 sur 35 · VERE NOVO · texte numérisé non relu

VERE NOVO

Je ne sais pas pourquoi je me crois au printemps ; J'ai l'esprit travaillé d'un mystérieux rêve : Je me vois au milieu des arbres, et j'entends Dans les bourgeons courir le frisson de la sève.

J'ai le cœur et les yeux tout gonflés par les pleur: Au fond de moi je sens un frémissement d'aile!... Comme il doit faire bon marcher parmi les fleurs ! Sur chaque tige humide éclat une étincelle.

L'oiseau chante Tamour... Connaissez-vous les nids Et les insectes verts dans un creux de vieux saule ? O charmant souvenir ! quand nous étions petits, Nous nous grimpions, pour voir, Tun l'autre sur l'épaule.

J'ai d'étranges désirs... ainsi qu'en ont les fous! A présent, je voudrais m'élancer dans l'espace ! Et je songe à la fois que ce doit être doux De suivre par les blés une fille qui passe.

Un jour, ils étaient deux qui s'en allaient ainsi : Je les vis, ces heureux, causer sous Taubépine; . Deux oiseaux, étonnés, près d'eux chantaient aussi.. . Peut-être ils sont encor dans la même ravine !

Large effluve d'amour, une immense chanson Palpite dans les airs au temps des feuilles vertes; Un souffle d'inconnu ranime le buisson Et la blanche façade aux fenêtres ouvertes.

Vere Novo,

Non loin des amoureux, dans les gazons épais, Comme la ruche à miel bourdonne une famille.

Les garçons querelleurs font la guerre et la paix; La mère gravement parle à sa brune fille*

Le père, encor plus grave et les yeux vers Tazur, Conte à son fils aîné les destins de l'histoire. Et qu'il faut ici-bas, d*un cœur tranquille et sûr, Combattre pour le droit, et jamais pour la gloire !...

Mais, vain rêveur, poëte, où t'en vas-tu si loin? Tu te livres entier au rêve qui t'emporte, Pour revenir plus seul et plus triste en ton coin Où les vents font trembler ta lampe à demi morte !

Toulon, décembre i86).

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