I-K Fol. Que degens, que de valesteaux
Que de noms terminés en aille,
et il déclare, nous l'en croyons volontiers sur parole, qu'il aime mieux rentrer dans son trou
Entre deux hesleaux,
Dos et c... au feu sans dossière, Chanter et faiic bonne chière, Combattre aux pos et aux hanaps, Et caressier sa dame chière,
que de rencontrer ces gens qui « ne valent pas tous une maille ». Rictiovaire, en les présentant aux Empereurs, en fait lui-même ainsi l'éloge assez compromettant :
Rictiovaire. Regardés la quel progénie !
L'un renacqup, Taultre renie.
Ce sont flayaux, falans, félons.
Fins, fars, fors, fiers, freez, frians, Grant gars, gros, gras, gris, lès et longs, Couvans, clouppans, clappans, crians, Et à tout mal faire afficans !
Pendant que les six mécréants de Rictiovaire font publiquement, et en dédiant sur la scène, leur profession de foi et menacent les Chrétiens de tourments nombreux dont les noms commencent tous par une môme lettre de l'alphabet au choix de chacim de ces dignes personnages, le chevaucheur Orient est revenu d'Afrique, suivi de près par Thebeu, duc de Thèbes, qu'accompagnent les chevaliers Lyon, Luppart, Percheval, Emerillon son écuyer, son fils saint Maurice, Exupère, Candide, Victor, Innocent et Vital, chefs de la Légion thébaine. En arrivant à Rome, le duc, son fils et ses capitaines courent à l'église où le pape Marcellin, averti de ce qui se prépare, leur annonce ce que les Empereurs attendent d'eux. Ils mourront plutôt que de combattre leurs frères, ils le jurent, et le pape, qui va bientôt renier Jésus-Christ comme saint Pierre l'avait fait avant lui, les encourage et les bénit.
La toile de fond se lève et l'on aperçoit un moment, par la campagne, saint Quentin qui chemine le bourdon à la main, la besace sur les épaules, comme im pèlerin de Saint-Jacques du moyen âge, et qui s'approche d'Amiens en priant Dieu, en des vers dont la dernière syllabe se redouble en échos, de lui donner la force de persévérer et de réussir dans son œuvre. Cette iq)paritioii
fugitive a pour but d'établir l'unité dans ce drame si décousu, que le palais de Rome se rouvre devant le spectateur, en laissant voir Dioclétien qui donne ses dernières instructions, Maximien qui confie l'avant-garde de l'armée à saint Maurice et à la Légion thébaine, et enfin Rictiovaire qui rassemble sa troupe en la dénombrant tout haut, comme il suit :
Rayai. Vscngrin, Nasart, Arsenicq, Clacquedent, Grognart, Escervellc. Fondant, Portehault.
Cracqiiart, RiffandouUe, Estorfault, Rabajoye, Canon, Boulet,
Arrachecuer, CrocquepouUet, Estoufflant, Angoullé, Mortier.
Vasitupeut, Brisemoustier, Tremblebeffroy et Ragenteste.
Fourdre, Tonnoire, Esclistre et Tempeste manqueraient à ce bel ensemble, s'ils ne s'en allaient aussi en guerre. Ils appartiennent à Maximien.
De même que le Christ commença par appeler à lui les plus pauvres du peuple juif, c'est aussi aux infirmes et aux afïligés que Quentin s'adresse en •Mitrant dans Amiens. Clugnet, un aveugle, et Mathiolet, un boiteux, se tenaient >ur les degrés du temple et faisaient retentir l'air de leurs plaintes et supplications, chaque fois qu'un citoyen passait à leur portée. Quentin a paru.
ClXGNF.T.
Arrestés-vous, gens valeureux.
Arrestés-vous en ceste place.
MvTIIIOLKT.
Mirés-vous cy, chevaleureux.
De povreté sommes la glace.
r.LUGXET.
Donnés lomosne au digiteux
Qui n'a fourme d'oeil en sa face
Mathioi.et.
Donnés à ce povre boiteux
Qui n'a jambe qui bien lui face.
()uentin leur demande la cause de leurs cris. L'un a montré sa jambe p<iralysée, l'autre ses paupières fermées pour toujours. Pourquoi les Dieux, dont ils sont les hôtes, ne les ont-ils pas guéris? dit Quentin. 11 n'y a pas de '^rand homme pour son valet ; n'y aurait-il pas de Dieux pour ceux qui les hantent de trop près? On le croirait à entendre le sceptique Mathiolet qui ne snit si les idoles de son temple «sont soufTisans », et Clugnet, qui, depuis dix ans qu'il se tient sur les marches du lieu saint, n'a jamais entendu dire qu'ils aient « donné garison à cinq ni à six ». Alors Quentin leur parle d'un Dieu bien jiutroment miséricordieux et puissant, auquel il faut se recommander. Clugnet promet de croire s'il peut « recouvrer son luminaire ». Quentin invoque le Soigneur, fait un signe de croix sur les yeux du pauvre homme. 0 miracle ! l'aveugle voit, comme Mathiolet marche quand il appelle le Dieu des chrétiens et f(ne l'apôtre lui a imposé les mains. La folle joie des deux malades attire la
foule des bourgeois de la ville, Fiourembert , Froimondiii , Renobbart *, Arquembault 2, Isembart et sa femme Natalie. Qui a donc ouvert les yeux de l'aveugle? Qui a redressé les membres à ce paralytique? C'est, Mathiolet le proclame, c'est
Ung jouvenceau d'aulthorité, Qui de son dieu fut amoureux.
Benoit soit le chief, la semblance
Ht le vanlre qui le porta, Le lait et la mamelle blanche De la mère qui l'allaita ;
Et, jetant au loin sa béquille, «sa potence», il guide les bourgeois vers le temple où Quentin attend, dans la confiance du Seigneur, le fruit de ses premiers actes. Il leur a fait entendre la parole céleste. Il les a exhortés à renoncer aux faux Dieux. Clugnet, dans l'enthousiasme de sa foi naissante, propose de i:)riser les idoles.
Mathiolet. Tirons-les de leur cathoire,
Que tous soient à pies prestelé.
( j.i GNET. Çà, passés avant quaquatoire *
Vous ares le doz martelé.
Mathiolet. Çà, maistre Apollo l'engelé.
Vous ares un cop de bourlette.
Ci.uGNET. Çà, maistre Mars l'ébourbelé,
Je passeray sus vo malette.
Mathiolet. Il n'y a Jupin ne Jupette
Qui ne soient esgralinés.
Les Dieux roulent à terre. Le bruit en retentit jusque dans l'empire souterrain de Lucifer qui convoque son armée rolissie. Satan s'en ira « tout droit sur le lac de Losanne » prévenir Maximien de ce qui se passe dans la Gaule Belgique. Il faut que l'empereur envoie en hâte son lieutenant Rictiovaire, si terrible, selon le prince du mal, que
Oncques singe ne crocqua nois Plus dru qu'il crocquera les testes.
Mais avant d'entrer dans le pays 011 l'on s'attend à rencontrer résistance, l'Empereur et son conseil veulent s'assurer de l'obéissance de toute l'armée. Jl faut qu'avant toute autre troupe la Légion thébaine sacrifie aux dieux. Nectanabus, le grand-prêtre, attend, l'encensoir à la main. Maurice et ses compagnons refusent de suivre à l'autel l'Empereur qui, pour les elTrayer et vaincre leur courage, ordonne à ses généraux de