Les jeux des Grecs et des Romains
En publiant cet ouvrage, nous n'avons pas été poussés par le simple désir de mettre sous les yeux du public quelques pages d'archéologie attrayante; une autre raison nous a encouragés à adapter, pour la jeunesse française, l'ouvrage de M. Karl Richter \
(1) Tout en retranchant certains passages du livre allemand, nous avons cependant suivi avec fidélité l'ouvrage de Richter et traduit certaines affirmations qui pourront paraître hasardées.
Ainsi il n'est pas un cavalier qui lise sans incrédulité le passage où l'auteur nous apprend que les cavaliers athéniens montaient souvent sans rênes. Pourtant les auteurs grecs parlent assez fréquemment de mors et do bride. Nous ne voyons pas de rênes dans les frises du Parthénon, mais la position seule de l'encolure prouve que les chevau.x représentes sont « en main ». Personne d'ailleurs ne dira que les arcs des Grecs n'avaient pas de corde. Cependant nous n'en voyons pas sur la statue de la Diane chasseresse.
vi PREFACU:
Il scmblo, en effet, que, dans ces derniers lemps, les jeux du corps retrouvent la faveur (|u'ils méritent et qu'ils avaient perdue. Nous avons conimencr par imiter les pays voisins ; on a joué, par mode, des jeux étrangers, mais, au lieu de lasser, comme il arrive généralement, cette mode a amusé, et, après avoir joué i< par genre » ou par imitation, on a tout simplement joué pour jouer, ce qui est la vraie manière. On peut donc dire aujourd'hui que la jeunesse française a pris goût aux jeux du corps ; le principal est fait ; mais une question se pose : à quels jeux nos jeunes camarades vont-ils se livrer? lesquels faut-il leur conseiller? C'est là une question importante, et précisément une « question du jour ».
C'est par imitation des Anglais, (jue nous nous sommes remis à jouer en France ; emportés par un beau zèle, nous nous sommes hâtés de prendre leurs jeux mêmes. Certes, les jeux anglais comme le lawn-tennis, le cricket, le croquet même sont amusants, mais ce ne sont pas des jeux auxquels tous les enfants puissent jouer; ils nécessitent
PREFACE vu
bien des choses que l'on n'a pas dans nos lycées el dans nos écoles.
Nos élèves de quatrième n'ont pas en général ce qu'il faut pour s'offrir des raquettes, des balles, des filets, des sandales... et surtout une pelouse plate; l'organisation actuelle de nos collèges ne permet pas de jouer à la plupart des jeux anglais, et s'il ne faut pas attendre une revision des règlements universitaires pour commencer b s'amuser, il ne faut pas non plus que les jeux deviennent l'apanage d'une minorité chez un peuple où l'instruction est obligatoire pour tous. Une' réaction s'est déjà produite contre les jeux anglais. 31. PhUippe Daryl a mené la campagne dans le Temps et a, depuis, réuni ses articles en volume \ Il nous vante, et avec raison, les jeux de l'ancienne France comme la paume, le mail, etc. Mais, pour nos écoles, ces jeux offrent exactement les mêmes difficultés que les jeux anglais qui n'en sont d'ailleurs, pour la plupart, que des copies.
(1) La Renaii<sanre p/iy.'iicjue, par Phil. Dauvi., Paris, Hetzel et C".
vni PRÉFACE
(Le cricket seul est un jeu vraiment national on Angleterre, de même que le base-bail en Aniéri(iue. Voir à ce sujet un article fort intéressant de M. Siméon Luce, dans « la France pendant la guerre de cent ans ».) En effet, sous bien des rapports, l'ancienne France ressemblait à l'Angleterre d'aujourd'hui, et on particulier pour lo sujet qui nous occupe, les situations étaient semblables dans les deux pays.
C'était une petite partie de la société française qui jouait à la paume, au mail, etc., de même que c'est une petite partie, ou du moins une partie de la société correspondant à notre bourgeoisie aisée qui joue au tennis et au cricket en Angleterre. — Vous vous trompez, nous dira-t-on, en Angleterre tout le monde joue. — C'estpresque vrai , mais c'est grâce à une organisation que nous ne pouvons pas établir en France du jour au lendemain. Il y a, dans presque toutes les cités anglaises des terrains, des « pleasuregrounds », entretenus par la municipalité. Sur ces «grounds» sont installés divers jeux dont le matériel appartient à des socié-