‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 113 sur 117 · LE COMPAGNON · texte numérisé non relu

LE COMPAGNON

Derrière la colline et derrière le fleuve, Compagnon éternel et que tu ne vois pas, Sur le sable, la feuille morte et l'herbe neuve, Ecoute le passé qui inarchr dans tes pas.

Du fond de ta mémoire et du fond de ta vie Il s'avance, se tait et s'approche, et sa main Cueille l'ombre des fleurs que nous avons cueillies; 11 s'obstine à nous suivre et sait notre chemin.

Mais si pour l'entrevoir tu retournes la tête. Tu l'entendras soudain s'en aller devant toi, Tn n'as qu'à t'arrêler si tu veux qu'il s'arrête, Et il reste invisible à celui qui le voit.

Il a planté jadis la treille dont tu manges La grappe fraîche ou âpre à ta bouche, et c'est lui Qui retailla le cep pour les jeunes vendanges Quêtes lèvres enfin vont goûter aujourd'hui.

'280 LES .ITLX ULSTIOVES ET DIVINS

La fontaine où tu hois niiro sa face inverse, L'écho où tu parlais répète ce qu'il dit, Va l'àlre où tu séchas les gouttes de l'averse Offre sa cendre tiède à son pied refroidi.

La porte que ta clef entr'ouvre et que tu pousses Laisse entrer avec toi cet hôte inaperçu; A l'angle où l'araignée ourdit ses toiles douces, Le Passé tisse auprès la sienne à ton insu.

A son double rouet qui file l'aube et l'ombre 11 travaille sans cosse et ne s'est pas lassé; Il a mêlé son fil sournois aux fils sans nondjre, Kt riiahit que tu vêts est fait de ton passé.

11 dort dans ton sommeil et songe dans les rêves, 11 se lève à l'aurore et te suit jusqu'au soir, Le long de la forêt, du fleuve ou de la grève; Un jour, il te tendra son magique miroir.

Lui qui fut si longtemps invisible à ta vie, J)eviendra le passant que l'on n'évite pas Va, du fond du cristal de la glace ternie. Tu te verras venir, tous les deux, pas à pas;

POEMES DIVERS

Il n'a rien oublié afin qu'il te souvienne, Kt, double, en ce miroir où tu t'es reconnu, Derrière ton destin et la face, la sienne Est l'éternel présent de tout ce qui n'est plus.

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