‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 43 sur 117 · LES SOUHAITS · texte numérisé non relu

LES SOUHAITS

Nous allons tous les deux par des routes amies

Rejoindre lentement les Ombres endormies

Qui nous ont précédés dans laurore ou le soir;

Tu portes la colombe et moi le hibou noir,

Moi la flûte d'argent et toi la flûte d'or,

Et je souris déjà lorsque tu ris encor,

Et, pas à pas, et côte à côte, nous mêlons

La trace, tour à tour, de nos dc^ubles talons

Sur le sable qui cède et la terre qui croule.

L'oiseau noir se lamente et l'oiseau blanc roucoule ;

La fontaine où j'ai bu redevient ton miroir.

Et l'Amour à jamais entre nous vient s'asseoir

Et j'embrasse sa lèvre et tu baises sa bouche.

Le vent passe et frissonne entre les plumes douces

De son aile étoilée et de son aile obscure;

Mais par le chemin clair ou par la route dure

Il nous mène tous deux, par la main, vers le Temps

Qui fane les étés et vieillit les printgijjps ;

Et l'Amour qui nous rit jadis sourit encor

A la flûte d'argent comme à la flûte dor,

Et rien n'empêchera la fontaine fidèle

De mirer, quand nos soirs se pencheront sur elle,

Parmi ses feuilles d'or et ses feuilles d'argent,

Et dans son onde en pleurs que ridera le vent

Mystérieux et doux des automnes jaunies,

Un laurier toujours vert à nos tempes blanchies.

r28 LES JKUX KUSTIQLES ET DIVINS

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