‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 59 sur 117 · ESPOIR · texte numérisé non relu

ESPOIR

Va ! quelle que soit l'eau où ta bouche s'abreuve,

()nde verte du lac ou flot jaune du fleuve,

Pour ta soif du matin ou pour ta soif du soir,

Bois-y toujours, Enfant audacieux, l'Espoir!

Car la Fortune songe en tes yeux d'ambre et d'or.

Le Bonheur, dans la grotte fx^aîche où l'ombre dort.

Prend volontiers, selon le désir qui l'assaille,

Tour à tour la figure indolente ou la taille

D'une femme couchée ou d'un homme debout;

La Tristesse aux yeux creux et la Joie aux yeux doux

Pleure d'être joyeuse ou sourit d'être triste;

L'instant s'esquive et part; l'heure nargue et résiste;

Saisis l'heure aux cheveux et l'instant à la nuque !

Du roseau qui se rompt naît une double flûte;

Les fruits sont mûrs au boutdes branches qui se tordent.

Et l'antre furieux qui bâille et semble mordre

Peut-être cache en lui la fontaine et l'écho;

L'ombre de la colombe à terre est un corbeau,

Celle du cygne blanc figure un cygne noir; La fêlure qui raie un cristal de miroir Est ride à qui s'y voit et plaie à qui s'y penche; Mais de la nuit d'airain surgit l'aurore blanche. Espère! Le Bonheur feint de n'être pas lui, Hier qui pleurait encor va sourire aujourd'hui, Et sur le piédestal du tombeau taciturne Une rose renaît à la fente de l'urne.

LES PIXS

Les pins chantent, arbre par arbre, et tous ensemble;

C'est toute une forêt qui sanglote et qui tremble,

Tragique, car le vent, ici, vient de la mer ;

Sa douceur est terrible et garde un goût amer

Et d'endormir nos soirs il se souvient encore

D'être né du sursaut d'une farouche aurore

Dans l'écume qui bave et la houle et l'embrun;

Et, sous les hauts pins roux qui chantent, un à un.

Ou qui grondent en unissant de cime en cime

Le refrain éternel de leur flot unanime,

Le bonheur qui s'endort et qui ferme les yeux

Croit entendre, en un rêve encore soucieux,

La rancune ancienne et la rauque colère,

Couple hargneux qui hurle et se guette et se flaire,

Passer dans sa mémoire et mordre son sommeil;

Et la joie, au sommet des grands arbres vermeils

Que le soir fait de pourpre et que l'heure ensanglante,

Ressemble à la colombe harmonieuse et lente

LES ROSEAIX DE LA FLtTE

Et dont le chant roucoule et se perd et s'éteint Dans la rouge rumeur que murmurent les pins.

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