‹ Les jeux rustiques et divinsChapitre 83 sur 117 · POUR LA PORTE DES EXILES · texte numérisé non relu

POUR LA PORTE DES EXILES

Puisque j'ai vu crouler sous la pioche et la hache,

Ma maison vide, au moins que 1 herbe haute cache

Sa ruine à jamais et son triste décembre.

De l'homme que jetais je suis devenu Tombre,

Et l'injuste Colère et la mauvaise Haine

Me montrent l'àpre exil et la route lointaine

Du double doigt tendu de leurs deux mains crispées,

Et puisqu'on m'interdit la balance et l'épée.

Je prends le bâton noir et la sandale blanche;

Qu'on ne vienne jamais me tirer par la manche

Ou par le pan usé de mon manteau d'exil.

Dieux cléments, détournez le mal et le péril

De l'ingrate cité qui me mord au jarret!

La ville ne vaut pas la mer et la forêt;

Et, proscrit vagabond que le vent déracine,

J'aurai l'aube charmante et l'aurore divine

Qui me consoleront de l'ombre où je m'en vais ;

Et, si le sort s'acharne à mon destin mauvais,

Je pourrai, pour ma bouche amère, sèche et lasse De cette solitude où mon pas se harasse, Cueillir, sans peur, un soir, la jusquiame velue, La noire belladone ou la verte ciaruë.

INSCRIPTIONS POtR LES TREIZE PORTES DE LA VILLE 207

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