‹ Les joies de l'heureChapitre 1 sur 32 · I PASSAGE CHOISEUL · texte numérisé non relu

I PASSAGE CHOISEUL

(Souvenirs de 1900)

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Ami des choses dédaignées, Aie lieu, n'étant pas en p?'ison, D'apprivoiser des araignées, Comme le faisait Pélisson,

J'appelle les rythmes que j'aime Il en arrive de partout ; Le profit est presque le même, Mais c'est amusant comme tout.

Ces visiteurs, troupe empressée, A qui je donne le bonjour, Et des miettes de ma pensée, Me reconnaissent à leur tour.

Ils viennent, ces bons camarades, M' offrant pour rien, pour le plaisir D'égayer les heures maussades, Ce que je prends de leur loisir.

Comme je les en remercie !

Heureux si je puis quelquefois Faire que leur voix s'associe A la caresse de ma voix !

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[Louis XVI)

C'était le cadre fin et blanc Où l'or a des valeurs exquises Qui seyait au charme troublant Des belles petites marquises.

Sur des étoffes de Damas, De cent fleurettes diaprées, S'accoudèrent de jolis bras Et s'assirent des adorées.

Avec leur mouche sur le sein, Leurs poses de grâce infinie, Elles avaient pour tout dessein :

Être de bonne compagnie.

Et le décor l'a bien compris !

Des flambeaux sur la cheminée Dont le goût rare fait le prix, Près d'un dessin de Lagrenée.

Pour mettre leurs lettres d'amour Dont l'iris parfume la cendre, Un coffret, un bonheur du jour...

Là, des vases en pâte tendre.

Délicates choses d'hier,

Aussi douces qu'une caressé...

Un chiffonnier de Riesener

Vaut presque un marbre de la Grèce !

On n'a jamais fait de décor D'une plus juste poésie :

Il fallait du blanc et de l'or Pour cadre à la race choisie,

Au monde charmant qui luttait De politesse et de bien dire, Au joli temps où l'on mettait Un joli mot dans un sourire.

(Constituante^

L'ombre de nous reste vivante, Rien n'est tout à fait effacé :

Voici la figure émouvante Et la parole du passé.

Comme un roi dont le chef ne pèse Qu'un vain poids de jours superflus, Ces meubles encor Louis Seize, Qui bientôt ne le seront plus,

Sont comme autrefois à leur place.

Les cadres sont jolis encor, Mais sans les colombes qu'enlace La grâce fine du décor,

Aïeul grave, spectre visible,

Les Droits de l'Homme dans la main,

J'aperçois un homme sensible,

En train de devenir romain.

Il rêve en un lit tricolore Où domine encore le blanc La clarté rose d'une aurore, Non la pourpre vaine du sang.

Mais la Carmagnole l'emporte Sur la culotte nacarat...

— Voyez-vous au seuil de la porte La tête aimable de Marat?

Qui, dans cette époque vilaine, Mais si grande et si loin de nous, Comme l'a dit un jour Verlaine, En souriant, était très doux.

Chambre évocatrice de l'heure Où nous fûmes fauves et beaux, Parle à notre présent qui pleure L'envergure de ces tombeaux.

[Directoire)

Poursuivons de lire l'Histoire...

Le col de cygne ! nous voici Dans un salon du Directoire, Authentique, très réussi.

Le métier à tapisserie, Moins joujou frêle que harnais, Où pointillait sa rêverie Joséphine de Beauharnais.

Son maître a-t-il autant de grâce ?

Voici la harpe pour le soir.

— Elle a l'épaule déjà grasse Et l'instrument la fait valoir.

A Notre-Dame comparée, Je n'ai jamais bien su pourquoi, La Tallien fait son entrée Riant aux autres comme à moi,

Sous un voile à peine qui gante Sa nudité sans embarras.

La canaillerie élégante Et si complète de Barras

Là-bas fait la roue et dandine Un ventre, où des breloques d'or Bruissent, tandis qu'il combine Deux ou trois parjures encor.

Mais voici que l'œil se régale De voir entrer dans ce salon Un soldat, maigre de la gale Gagnée au siège de Toulon.

CHAMBRES ANCIENNES. l5

{Empire)

Pour cette époque grandiose, Le style noble de Percier A tout de même quelque chose Qu'il est juste d'apprécier

Ces torses gainés de chlamydes Ne sont pas des mots déjà dits, Et le grand sphinx des Pyramides Dans tous les coins fait des petits.

Les victoires de vert antique, C'est l'Empereur, César Romain, Plus qu'un Charlemagne gothique Qui les tient toutes dans sa main.

Le rire s'éteint sur la lèvre Et l'on est tenté d'applaudir Quand la maréchale Lefebvre, Le jour du Sacre, fait un cuir.

l6 CHOSES PASSÉES.

C'est le cadre de l'épopée Où, derrière les rideaux lourds, On entend la prosopopée Magnifique de nos tambours.

{La chambre de Talma)

Pontifes de la Comédie, Que la part entière anima, Saluez bien bas, quoi qu'on die, Vous êtes, messieurs, chez Talma.

Cette chambre très noble est bleue, En joli bois de citronnier, Et l'on n'y sent pas d'une lieue L'importance d'un semainier.

Sur les deux portes l'on admire Des amours casqués et laurés.

Le véritable point de mire Est, sans trop d'aigles égarés.

L'homme, le dieu qui tout gouverne, Le portrait de Napoléon !

Ainsi notre Talma moderne Doit avoir celui de Léon...

Au fond du lit est une glace.

Ne souriez pas, il est clair Qu'elle est là, discrète à sa place, Pas du tout, comme elle en a l'air,

Pour doubler la jambe ou le buste D'une amie aux divins attraits, Mais pour rendre les traits d'Auguste Ou simplement d'augustes traits.

Une majesté manifeste Éclate ici, qu'avec ardeur J'acclame, aujourd'hui que le geste N'a plus ni ligne ni grandeur !

(Restauration)

Émus encore des Burgraves Qui sont une insulte pour l'art, Devenons sérieux et graves :

Voici Monsieur Royer-Collard.

Il n'est pas sous-vétérinaire Comme un député de nos jours.

Sa cravate de doctrinaire L'encadre : elle fait plusieurs tours.

J'ai froid devant ce bureau sombre Et ce redoutable acajou.

Tel'qu'un oiseau palpite et sombre Dans les pattes d'un sapajou,

Je ne suis plus rien chez ce maître A qui la stature fait don D'une importance que le mètre Renonce à mesurer. Pardon,

Majesté, grand homme, Excellence, Que nul raseur n'a dépassé.

Si j'ai troublé votre silence...

Pardon, je passe, j'ai passé.

(Louis-Philippe)

Je me souviens qu'enfant timide On me conduisait sans élan Chez ma cousine Zénaïde Lui souhaiter le nouvel an.

Des meubles bourgeois et solides, D'un mauvais goût particulier, Très laids. — Hier, aux Invalides, J'ai reconnu ce mobilier.

O couchants d'or du Pausilippe, Comment pourrait-on vous rêver.

Dans ce fauteuil Louis-Philippe Qu'il a bien fallu conserver.

Devant ce morne secrétaire Sous l' abat-jour de ce quinquet, Laideurs qui priez de se taire La beauté que l'on évoquait.

Pauvretés de l'heure présente Ne seriez-vous rien à ce prix!...

— La pendule te représente O Notre-Dame de Paris !

La reine Marie-Amélie Sous un bonnet où gît l'effroi Qui rend laide la plus jolie !

En face le portrait du Roi,

Lithographique, méritoire Comme un portrait qui ressembla.

L'expression de « bonne poire »

Ne viendrait-elle pas de là ?

Meubles affreux qu'en mes jours tendres Je vis encor chez des parents, Ne renaissez pas de vos cendres Et devenez indifférents.

{Second Empire)

Crinoline ! Winterhalter !

O peintre de la crinoline A qui cette éclipse imputer ?

La douce grâce féminine

Va-t-elle, hélas, se départir?

A quoi pense la jeune fille En se coiffant ? Un repentir Excuse-t-il une résille?

Malgré la belle toison d'or De l'Impératrice Eugénie, Tout est clinquant dans ce décor Exempt de goût et de génie.

Luxueuse à faire crier, Excessive, indéterminée, En sculpture de marbrier Proémine la cheminée.

Des candélabres si pesants Que s'il vous prenait une envie D'en faire pour moi des présents, Je dirais : Jamais de la vie !

Au milieu de ces oripaux De tous les styles et sans style, Je vois un buste de Carpeaux, Revanche exquise de l'argile !

A part cela, le reste ment.

Ce n'est qu'une vaine apparence, Une façade, un gonflement Dont a failli mourir la France.

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