‹ Les joies de l'heureChapitre 9 sur 32 · A RAOUL PONCHON · texte numérisé non relu

A RAOUL PONCHON

Parce qu'il fait rire et qu'il rit, S'amusant à ce qu'il nous conte, Et que ce sage a de l'esprit, Les sots en tiennent peu de compte.

On trouve qu'il est négligé, Que ses vers sont d'un art facile :

Une idée, en passant, que j'ai, C'est qu'il est maître fort habile.

Avec ses airs de boire un coup Ou bien de faire le bonhomme, Entre plusieurs, entre beaucoup, Je le choisis et je le nomme.

Il a des mots inattendus Qu'on attendrait bien des années, Et qui sont de force entendus Par des oreilles couronnées.

Il fait des fautes tout exprès Pour voir et s'aiguiser la langue ; Regardez cela de plus près :

C'est un diamant, non sa gangue.

Il parle franc et parle bien.

De tant de choses qu'on s'étonne De ne rencontrer presque rien Qui périclite ou qui détonne.

Au milieu du triste fatras De notre muse prolifique, Simple, sans faire les grands bras, Devant le vieillard magnifique

Qui s'en venait, passant chez nous, Morne, les paupières flétries, Et n'ouvrant plus son grand cœur doux A l'illusion des patries,

Devant le spectre de tels maux.

Cessant un instant de sourire, C'est lui qui trouva les seuls mots Que nous pussions oser lui dire.

AUX FEMMES. 6l

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