‹ Les joueurs de motsChapitre 4 sur 93 · II · texte numérisé non relu

II

Voyez-le reçu par ces bons bourgeois de Chartres. Son armée vient de lui ouvrir les portes, car on se bat encore pour la Ligue.

Devant le pont-levis stationne la députation du corps de ville. Son orateur ouvre la bouche pour discourir selon les règles. A peine a-t-il commencé :

« Sire, la ville est soumise à Votre Majesté, tant par le droit divin que par le droit romain...

— Ajoutez , par le droit canon , interrompt le vainqueur. »

Et il pousse son cheval en avant.

Plus tard, il y eut une M°* de Guercheville qui ne se montra pas d'aussi bonne composition que la cité chartraine. Elle repoussa net les requêtes amoureuses du Béarnais, qui trouva le moyen de battre royalement en retraite. Il attacha d'emblée

une si vertueuse sujette à la personne de Marie de Médicis, & il motiva de la sorte cette promotion peu attendue :

« Vous êtes si vraiment dame d'honneur, que la reine ma femme ne peut faire mieux que vous prendre pour telle. »

Henri IV semble avoir volontiers joué sur le mot de canon, 11 disait encore en parlant de son abjuration :

« Le meilleur canon que j'aie employé est

celui de la messe. Il m'a fait roi. »

Il troublait aussi volontiers les orateurs.

C'est Henri IV qui passe pour avoir excusé ainsi un président rouennais resté court dans sa harangue.

« Les Normands sont sujets à manquer de parole. »

. Le fmot n'est pas de bonne politique,

( "3 ) mais Toccasion de le placer était si belle!

Un jour, Henri IV passant dans un village où il fut obligé de s'arrêter pour dîner, donna ordre qu'on lui fît venir celui du lieu qui passait pour avoir le plus d'esprit, afin de l'entretenir pendant le repas. On lui dit que c'était un nommé Gaillard.

« Eh bien ! dit-il, qu'on l'aille quérir. » Ce paysan étant venu, le Roi lui commanda de s'asseoir vis-à-vis de lui, de l'autre côté de la table où il mangeait. « Comment t'appelles-tu? dit le Roi. — Sire, répondit le manant, je m'apffclle Gaillard. — Quelle différence y a-t-il entre Gaillard et Paillard? — Sire, répondit le paysan, il n'y a que la taWe entre deux. •— Ventre-Saint- Gris ! dit le Roi en riant, je ne croyais pas trouver un si grand esprit dans un si petit village, »

Ce trait de présence d'esprit se trouve ainsi raconté par Tallemant des Réaux.

M. de Noaiiles avait écrit sur le lit de Marguerite de Bourbon, comtesse de Clèves :

Nul lieur, nul bien ne mo contente, Absent de ma divinité.

Henri IV ajouta de sa main :

I^ 'appelez pas ainsi ma tanie, Elle aime trop rimmanitc'.

La famille du peiiitre Mignard était d'origine anglaise. Un mot royal lui fit quitter son nom de Moore. ~

A une revue de ses troupes, le Béarnais remarque dans les rangs un père accompagné de six fils. Frappé de leur bonne mine, il veut savoir comment s'appellent ces

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braves gens. Mais à peine a-t-il entendu le nom de Moore ;

« Eh! non, dit-il, ce ne sont point là des Maures, mais bien des Mignards. n ~

En sa qualité d'infidèle, un maure passait autrefois pour le prototype du laid.

En roi qui aime à faire causer les gens, il écoutait un jardinier de Fontainebleau se plaindre de la mauvaise qualité des terres. Rien n'y pouvait pousser.

« Eh bien ! il y faut semer des Gascons, dit gravement Henri IV.

— Des Gascons?.., répète le jardinier ébahi.

— Eh oui!... Ils prennent partout, ajoute le Roi avec un coup d'oeil à l'adresse du duc d'Epernon qui l'acconupagnait. »

D'Épernon était méridional & passait pour âpre à la curée.

Un disciple d'Hippocrate et de Calvin rentre dans le giron de l'Eglise romaine.

Son abjuration fait du bruit, & Henri IV l'annonce lui-même à son ministre par ce facétieux pronostic ;

« Ah! Rosny, ta religion est bien malade... les médecins l'abandonnent. »

f Pour achever la série, donnons la réponse

mémorable que le roi de la poule au pot fit aux magistrats de sa bonne ville de Paris. Celle-ci allait avoir l'honneur de festoyer les députés des cantons suisses, & ses coffres étaient aussi à sec que les gosiers de ses illustres hôtes.

Il faut trouver de l'argent à tout prix, pour payer le gala ; on n'imagine rien de miçux qu'un projet d'impôt sur les fontaines. Le mauvais effet d'une semblable mesure n'était pas douteux, & Henri IV le

(-■7 ) sent si bien qu'il invite les magistrats mu* nicipaux à trouver un autre moyen de trinquer avec Messieurs des Ligues suisses & grisonnes. Il ajoute avec beaucoup d*àpropos :

« Je ne veux vous laisser toucher à ces fontaines. Songez qu*à Notre-Seigneur Jésus seul il pût appartenir de changer l'eau en vin. »

Le don de plaisanterie semble héréditaire dans la famille de Henri IV. Sa sœur Catherine, duchesse de Bar, avait eu parmi ses valets de cuisine un certain Fouquet de la Varenne, qui, sur je ne sais quelle occasion, devint le confident du Roi. — Un de ces confidents très-subalternes, d'ailleurs, & comme il en faut aux souverains ga^ lants.

Si le poste était peu avouable, il était

lucratif, & le sieur Fouquet y trouve les moyens de reparaître en magnifique équipage aux yeux de son ancienne maîtresse.

Il en reçoit ce superbe compliment :

« Eh! Fouquet, comme te voilà beau!

Allons, je le vois... tu as plus gagné à ♦ porter les poulets de mon père qu*à plumer les miens. »

C'est ce pauvre Fouquet qui mourut de saisissement en s'entendant appeler maque..., par une pie qu'il était sur le point de tirer à la chasse. Il ne se doutait pas que cet oiseau diabolique avait été seriné par un paysan dont il avait abandonné la maison.

Un bâtard de Henri IV, M. de Vendôme, s'arrête à Noyon et prend logis à Tauberge des Trois-Rois. Le fils de la maison venait

( -9) d*être reçu avocat. Comme tel, il jugea convenable d'aller tirer sa révérence à un hôte de si grande qualité. Ce garçon, qui était assez niais, s'annonce ainsi :

« Je suis le fils des Trois-Rois.

— Des Trois-Rois ! s'écrie Vendôme avec un feint respect... Mais je ne suis le fils que d'un. Prenez donc le fauteuil, monsieur, je vous dois le respect. »

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