‹ Les joueurs de motsChapitre 59 sur 93 · CLAUDE MÉNÉTRIER MIRACLE I>E NATURE · texte numérisé non relu

CLAUDE MÉNÉTRIER MIRACLE I>E NATURE

. Anagramme mérité par la mémoire prodigieuse du bon Père. Passant à Lyon, Christine de Suède avait fait prononcer devant lui trois cents mot hétéroclites qu*il répéta ensuite dans le même ordre & tels qu*ils étaient inscrits sur une liste dressée tout exprès. Toutefois une faculté aussi effrayante n'empêchait pas le Père Ménétrier d'avoir de l'esprit, car il répondit à l'anagrammatiste :

Je. nu prends pas poar un oracle Ce que mon nom vous a fait prononcer.

Puisque ponr en faire an miracle.

Il a f;alla le renverser.

l'évêque de belley

Bonnes ou mauvaises, il fallait des allusions à M. Camus, évêque de Belley. Il ne se refusa jamais le plaisir de commettre un jeu de mots. Afin de n'être pas suspect,

laissons parler, pour tout ce qui regarde ce prélat, Tabbé Raynal, auteur des Anecdotes

littéraires :

M. de Belley, prêchant la Passion à Saint- Jean-en-Grève, devant Gaston d'Orléans, s'aperçut que ce prince était placé entre M. de Mercy, & M. BuUion, intendants des finances. Il en prit texte pour faire cette; apostrophe au Sauveur Crucifié :

« Ah ! Seigneur, quand je vous vois entre, deux larrons, etc., etc. »

On rit^m.alicieusement dans l'assemblée & Gaston, qui dormait, se réveille en sursaut, pour demander de quoi il s'agit.

« Ne vous inquiétez pas, lui dit M. de BuUion en lui montrant M. de Mercy, — c'est à nous deux qu'on parle. »

Il paraît que nos anciens financiers étaient philosophes.

M. de Belley n'était pas Tami des moines.

Dans un sermon fait aux Cordeliers le jour de Saint-François :

M Mes Pères, leur disait-il, admirez la grandeur de votre saint : ses miracles passent ceux du Fils de Dieu. Jésus-Christ avec cinq pains & trois poissons ne nourrit que cinq mille hommes une fois en sa vie ; & saint François avec une aune de toile nourrit tous^les jours, par un miracle perpétuel, quarante mille fainéants. »

On sait que les Cordeliers portaient besace.

Une autre fois, prêchànt^contre la vénalité des offices, dans l'assemblée des trois Etats du royaume, M. de Belley parla ainsi :

« Qu'eussent dit nos pères de voir passer les offices de judicature à des femmes & à des enfants au berceau ? Que reste-t-il à faire

de plus, sinon, comme cet empereur ancien, d'admettre des chevaux au Sénat?... Et pourquoi non ? puisque tant d*ânes y ont entré. »

II refusa deux évêchés considérables (Arras & Amiens), disant au cardinal de Richelieu : — « La petite femme que j*ai épousée belle est assez pour un Camus. »

Avant de commencer un sermon à Notre- Dame, îl fit cette autre allusion plus spirituelle aux grandes dotations exigées par certaines communautés religieuses :

« Messieurs, on recommande à vos cha* rites une jeune demoiselle qui n'a pas assei de bien pour faire vœu de pauvreté. »

Page 1