‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 109 sur 132 · L'AMI MEDECIN · texte numérisé non relu

L'AMI MEDECIN

Une femme tomba malade,

Sans que l'on devinât de quoi.

Le mari mande en grand émoi,

Un médecin de très haut grade,

Qui tâte et retâte le pouls,

Qui met et remet ses lunettes,

Et n'aperçoit rien là-dessous

Après vingt visites longuettes.

— « Elle se meurt! dit-il enfin;

« Cela se voit sans être fin.

« Vous pouvez appeler un prêtre.

« Mais ce qu'elle a, Dieu seul le sait.

« Ou monsieur le diable peut-être. »

Le docteur prononce l'arrêt,

Se fait payer et disparait,

De vie ou de mort ayant cure

Et laissant agir la nature;

Mais empochant : point principal !

C'était tirer le bien du mal.

Resté seul, l'époux se lamente,

Pleure, s'arrache les cheveux ; Il était vraiment amoureux, Et serait mort pour la mourante.

Il se plaint de plus en plus fort, Autour du chevet il se tord, Il se battrait avec le sort.

— « Mais qu'as-tu? gémit-il sans cesse. « Tu me caches quelque secret.

« Dis-moi ce qui te guérirait;

« Envie ou désir qui me blesse,

« Je jure de le contenter,

« Qu'est-ce qu'il te faudrait, mignonne?

« Quoi que ce soit, je te le donne,

« Afin de te ressusciter. »

— « Je meurs... de ma vertu, dit-elle, « Et, sur le point de trépasser,

« Je veux au moins me confesser :

« J'adore ton ami Chantrelle... »

Le mari se leva d'un bond Et sortit, s'épongeant le front, Et marmottant sans aucun doute :

— « A ce prix-là, trop il en coûte ! « Vers l'éternité suis ta route. »

Je comprends que l'on soit humain

Comme le bon Samaritain,

Et que l'on aide le prochain

De ses conseils, de ses richesses;

Mais encourager les tendresses

De sa femme pour le voisin !

Ce n'en est pas encor la mode.

Peut-être bien, dans l'avenir,

Le progrès fera-t-il venir

Cette conjugale méthode ?

Pour le présent, nenni, ma foi !

L'on ne prend femme que pour soi :

C'est un commandemement du Code.

Or, la malade, une heure après,

En rouvrant sa morne prunelle,

Outre son mari, vit tout près,

Le croira-t-on ? l'ami Chantrelle!

Le mari l'avait amené Pour raviver l'agonisante.

— « Mais, disait Chantrelle, étonné, « Je n'ai jamais médecine,

« Je suis une béte ignorante, « Je tuerais même les gens sains, « Et tu remettrais en mes mains « Ta femme déjà si râlante? »

— « Ah! reprit-il, fort sérieux.

« Les vrais médecins sont des ânes.

« La pauvrette ne veut plus d'eux

« Et t'a choisi pour aller mieux

« Je l'abandonne à tes... tisanes. »

Auguste Saulière.

(Histoires conjugales.) (i)

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