CONTE
Un seul lit pour deux voyageurs,
Dont un aime la solitude,
Et pas moyen d'aller ailleurs, Car l'hôtel est le seul du pays. — Beau prélude 1 On fait ce que l'on peut, me diront quelques sots.
Non pas toujours ce qu'on veut faire.
Je ne connais rien de plus faux Que cet adage populaire.
Le coucheur désireux de rester seul au lit
Un instant d'abord réfléchit, Puis, d'un air souriant et remplit de franchise,
S'en vint dire à son compagnon :
— Voulez-vous relever le pan de ma chemise. Et me l'attacher là, plus haut, un peu plus. Bon ! Merci bien !
— Dites-moi par quelle fantaisie...
— Eh ! mon Dieu ! c'est tout simple : il m'arrive souvent De ne pouvoir, la nuit, résister à l'envie
Que vous savez, et, naturellement, Ma chemise alors est salie.
Or, je n'en ai plus qu'une... — Ah! c'est triste vraiment. Je vous plains. Mais tenez ! pour dormir plus à l'aise, Gardez le lit pour vous; je puis parfaitement Passer la nuit sur une chaise.
Frère Jean.
RICORDIANA
C'était pendant l'hiver de... il gelait à pierre fendre. Ricord descendit de voiture pour satisfaire à un besoin pressant. A peine était-il installé dans un rambuteau, le seul à cent mètres à la ronde, qu'un monsieur vint se placer à côté pour attendre son tour.
Et Ricord n'en finissait pas, ou du moins, sous l'influence du froid, la vessie ne se vidait que lentement et avec peine.
— Mais dépêchez-vous donc, monsieur, je vais... mouiller ma culotte.
— Vous êtes donc bien pressé. Un peu de patience, s'il vous plaît...
— Décidément, monsieur, vous êtes malade ; je vous engage à aller voir Ricord.
— Ricord... mais c'est moi Ricord.
Et il partit en laissant son interlocuteur tout étourdi.
Un vieux monsieur, âgé de quatre-vingt-deux ans, est introduit dans le cabinet du docteur Ricord.
Il s'incline, d'un air un peu embarrassé.
Le docteur, avec un profond salut :
— Et d'abord, tous mes compliments!