ELEGIE
Hélas ! hélas ! ma tête s'embarrasse, Mon front se charge; ah! grand Dieu! je frémis! Je le vois bien, on l'est quoi qu'on y fasse : C'est notre sort; c'en est fait, je le suis.
Vous le serez, messieurs que je vois rire; Vous le serez, j'ose en être certain ; Amusez-vous, riez de mon martyre :
Mon tour ce soir, et le vôtre demain.
Le ciel le veut, il faut bien qu'on y passe. Pourquoi pester? Cela ne guérit rien.
Si c'est un mal, personne n'en trépasse, Et parfois même on dit que c'est un bien.
Nous nous plaignons, ah ! faibles que nous sommes ! Quoi! pour si peu faire tant de fracas! Les rois le sont comme nous autres hommes : Et pourquoi donc ne le seraient-ils pas?
Le grand sultan, malgré ses trois murailles, Ses noirs gardiens, son prophète, ses lois, Tous ses vizirs, et mille autres canailles, Dans son sérail l'est aussi quelquefois.
Le fier guerrier armé jusqu'aux oreilles Fait reculer des torrents d'ennemis; Hélasl tandis qu'on vante ses merveilles, Ce conquérant devient ce que je suis.
— Mais qu'étes-vous? il est temps de s'entendre.
— Pour m'expliquer quand je me mets en eau, Quoi! pas encor vous n'avez pu comprendre? Je suis, messieurs..., enrhumé du cerveau.