‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 33 sur 132 · LE SPÉCIFIQUE · texte numérisé non relu

LE SPÉCIFIQUE

II. était un manant qu'on appelait Colin, Garçon vert, de large carrure, De bonne pâte, et de haute encolure.

Quant à l'esprit, ce n'était du plus fin; Il n'en avait que petite mesure.

Or ce Colin fut tourmenté D'un certain mal, présent de la Nature, Qu'on pourrait à bon droit nommer mal de santé, Mal peu connu de tout sexagénaire,

Mal que les femmes d'ordinaire Ne plaignent point, tant soit-il violent. C'est inhumanité chez elles générale.

Dans quelques-uns il est intermittent; Colin l'avait continu ; nul instant De trêve ou de repos, pas le moindre intervalle. Or est ce mal singulier en ce point, Que bien malade est qui ne le sent point. N'en est atteint qui veut; souvent on le désire. J'ai dit qu'aux uns il prenait par accès. J'ai tort, à tous je devrais dire ; Beaucoup même ne l'ont jamais.

On ne voit point de Colin à douzaine.

Colin pourtant s'en lassa, se dit-on :

Très sot fut-il ; en mainte occasion Je ne serais fâché d'être à sa peine.

Colin va donc trouver le médecin ; C'était un docteur à gros grain, Sachant saigner, purger, rien davantage : C'était assez pour un village.

Notre manant, plein de simplicité, Expose, tout honteux, son incommodité.

Le médecin examine la chose; Puis, avant bien ou mal raisonné sur la cause, Notre Esculape villageois Allègue aussitôt avec poids L'axiome banal : qu'on guérit d'ordinaire

Le contraire par son contraire. Puis haussant de deux tons sa voix :

Oui, mon ami, votre mal ne procède due de chaleur; le froid est le remède. Cela dit, il va prendre un seau, Fort gravement le remplit d'eau, La chose était simple, ordinaire :

Mais la gravité du docteur, Aux yeux du rustre spectateur, n. La rendait un fort grand mystère. Ça, Colin, lui dit-il, dans cette eau que voilà Plonger vous faut la partie affligée; Trompé serais, si par ce moyen°-là Elle n'est bientôt soulagée.

Si ce remède ne suffit, D'antfés on essaiera. Le manant obéit,

Fait l'immersion ordonnée ; Mais d'effet pas un brin, ou du moins un petit :

La maladie était enracinée.

Colin eut beau plonger, le mal ne se passa- \mgt, trente fois, Colin recommença :

Tout aussi peu, c'était pure folie; Ou si Colin sentait pour un moment, Par la froideur de l'eau, quelque soulagement, Il ressortait dehors avec plus de furie, La crise redoublait. Étrange maladie i' Enfin le pauvre médecin Pour cette fois perdait tout son latin Ce mal-là, disait-il, est plus grand qu'on ne pense. Il enjoignit toutefois à Colin .

De revenir chez lui soir et matin," Exécuter la susdite ordonnance.

Se rebuter, dit-il, ne faut incontinent-

Le mal vient à pas de géant, Et nous quitte à pas de tortue.

Colin, qui de guérir ardemment désirait,

Fit au docteur sa visite assidue; Crut, que moyennant Dieu, son mal le quitterait. Il guérit en effet, voici de quelle sorte. On vint un jour chercher le médecin, Pour aller voir au village prochain Quelque malade; il s'y transporte En grande hâte, et laisse là Colin Dans une cour. Notez qu'à la fenêtre La femme du docteur en ce moment était, D'où vit Colin, se croyant seul peut-être, Qui gravement se médicamentait.

L'état du sire lui fit peine.

Le sexe a l'âme tendre, humaine, Et ne saurait voir un poulet souffrir, Sans s'émouvoir et s'attendrir.

Elle appelle Colin, sans tarder davantage, Le fait monter, et lui tient ce langage :

Mon mari se moque de toi, Avec son seau, mon pauvre ami, crois-moi,

Il ne connaît en nulle guise Ce qu'il te faut. Ne fais plus la sottise D'aller à lui. Va je sais un secret

Qui fait à tous les siens la nique.

Et qui produit sur-le-champ son effet, En un mot un vrai spécifique.

C'est du froid qu'il ordonne : il est fou, c'est du

Mon pauvre Colin, qu'il te faut : [chaud,

Par la seule chaleur ta guérison est sûre. Cela dit, la voilà qui procède à la cure

Du susdit mal, fait coucher promptement

Maître Colin bien chaudement Entre deux draps, et va se mettre ensuite A ses côtés, pour l'échauffer plus vite. Admirable pouvoir du nouveau médecin !

Et combien la nature s'aide!

Plus ingénieux que Colin, Le mal va s'appliquer au plus vite au remède.

Dirai-je plus? Colin se trouva bien du chaud. La recette était douce, et plut si fort au sire, Qu'il eût voulu n'être ^uéri sitôt ; Car on croit bien, sans qu'il faille le dire, Que le remède opéra comme il faut, Par le secours de sa vertu cachée.

Il ne s'en fut servi cinq ou six fois, Qu'adieu le mal. La dame en fut fâchée; Trop bien voulait guérir le villageois, Ht lui donner tous ses soins et son aide : . Mais elle aurait désiré toutefois Qu'il eût toujours eu besoin de remède. Cela ne se pouvait : au reste le manant, Pas si souvent que voulait la donzelle, Redevenait malade de plus belle.

Lui chez la dame de courir,

Elle aussitôt de le guérir,

Tant et si bien que par la suite Colin à son mari ne rendit plus visite : Mari qui, devenu plus fort que le manant,

Loin d'en tirer mauvais augure,

Conte le cas à tout venant,

Et se croit l'auteur delà cure.

Messire docteur un beau jour, Entouré de manans qui lui faisaient la cour, Au sortir de l'église, ainsi qu'il est d'usage,

Car c'était le coq du village, Par cas fortuit, au bout du carrefour,

Aperçoit Colin sa pratique.

Lors, se tournant vers la troupe rustique : Tenez, dit-il, le faisant arrêter, Voyez-vous ce gros gars? il me vint consulter, Ces jours passés, pour une maladie.

Puis le docteur, avançant quelques pas, Se met à leur conter le cas. Ne sais, dit-il, quelle est sa fantaisie,

Avec son mal qui ne l'est point.

Ah ! qu'un tel mal viendrait à point, Pour nos moitiés, à tous tant que nous sommes !

Qu'en dites-vous, messieurs les hommes?

Car les garçons y sont assez sujets, Et ne sont-ils, je gage, si benêts Que chez moi de venir en chercher le remède ; Pas n'ont recours, pour le sûr, à l'eau froide. Disant ceci, notre convalescent

S'approcha d'eux tout doucement.

Lors le Docteur : eh ! bien, compère, Dis-nous un peu comment va notre affaire? Tu ne viens plus me voir aussi souvent. Notre maison... Ah! ah! dit le manant, Vraiment, monsieur, madame votre femme, M'a de sa grâce, un remède enseigné

Qui vaut bien mieux, de par mon âme, Que la peste d'eau froide où me suis tant baigné. C'est bien un autre bain, ma foi; pour cette histoire,

Madame en sait plus long que vous.

Avec votre seau d'eau, vous vous gaussez de nous ; Et moi bien nigaud de vous croire.

Vous n'êtes pas un grand docteur.

Or je suis votre serviteur, Mais plus encore serviteur de madame.

Allons, c'est une brave femme, Telle harangue aux assistants, Pour le certain ne fut obscure.

Le plus bouché de nos manants Comprit d'abord où gisait l'enclouure.

Du cercle villageois grands furent les éclats,

Chacun disant son mot sur un tel cas.

Le docteur vit fort bien qu'il était pris pour dupe, Que, pour guérir le mal dont se plaignait Colin, Une femme confond le plus grand médecin ; Et que le chaperon doit céder à la jupe.

De Grécourt.

A LA COUR D'ASSISES Une femme est accusée d'avoir voulu empoi-

sonner son mari. Celui-ci, soigné à temps, en est revenu et assiste à l'audience.

— Qu'avez-vous à dire, pour votre défense? demande le président à l'accusée.

— Je suis innocente ! je demande qu'on fasse l'autopsie.

LES CLYSTERES

Cloris, tandis qu'à votre père,

Diafoirus donne un clystère, Vous en recevez un d'un jeune praticien. Mais que ces anodins diffèrent l'un dé l'autre ! Votre père à l'instant est délivré du sien, Et vous ne le serez que dans neuf mois du vôtre.

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