‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 47 sur 132 · LA SAINT-COME · texte numérisé non relu

LA SAINT-COME

Air : Quand la mer Rouge apparut...

Puisque notre saint patron,

Messieurs, nous convie; Qu'à Meaux on trouve union,

Table bien servie ; Qu'ici régnent liberté, Égalité, fraternité,

Chantons gais amis,

Ici réunis,

De Damain (i), Le cousin

Que ralmanach nomme

Le bienheureux Corne.

(i) Pour Damien, licence poétique et exigence de la rime.

Ponr fêter ce grand patron,

Aimables confrères, Vidons encore un flacon,

Et choquons nos verres.

Puissions-nous, tous. Tan prochain, Fêtant saint Côme et Damain,-

Libres de souci,

Savourer ici, Fin moka, Gloria.

Mais pas d'sirop d'gomme, Pour boire à saint Côme.

En ce beau jour oublions Les doctes formules De juleps, de potions,

D'onguents, de pilules :

Rien n'égale le vieux vin, Ce doux nectar, ce jus divin, Même le sirop, Même Yillico, Même un looch Fait ad hoc, Si cVest la roguomme Pour boire à saint Côme.

De Grignou on peut vanter

Le vin délectable; Buvons, avant de quitter Cette sainte table, A notre cher président, Buvons à de Saint-Amant, Puis à Charpentier, Notre trésorier, Houzelot, Martinot Vous qu'à Meaux on r'nomme, Buvons à saint Côme.

Buvons à ces vétérans De notre science, Juifs, Chrétiens ou Musulmans,

De Grèce ou de France; Hippocrate et Machaon, Celse, Galien et Zenon,

Stoll, Stahl, Bartholin, Tissot, Van Swieten, Sydenham, Jean Huxam, Broussais, Enrard Home, Brown et frère Côme.

Puisque que les bons capucins,

Jadis, sans scrupules, Ont aux lubriques humains

Cédé leurs cellules ; Messieurs, quel louable effort A fait l'aimable Ricord,

En quittant Paris,

Ce vrai paradis, Son salon.

De Tournon, (Qui jamais ne chôme), Pour fêter saint Côme.

Côme, pour nous priez Dieu,

Et tous les apôtres, Qu'il nous loge en son saint lieu, Tout comme tant d'autres :

Loin de nous le choléra, Peste, typhus et cœtera, Abcès, fluxions Ou luxations, Eczéma, Ecthyma, Ostéo-sarcôme, Invoquons saint Côme.

Dr CORLIEU.

LA RIMOMANIE

Hier est mort, à l'hospice Beaujon, un pauvre diable du nom d'Hervé Dranc, qui a eu, il y a sept ou huit ans, une espèce de célébrité comme improvisateur. Il donnait des séances à PAlcazar ou à l'Eldorado, si je m'en souviens bien.

Depuis il avait couru la province, mais il paraît que la guerre avait considérablement nui à la poésie, car ses bénéfices furent bien maigres ; si bien qu'il y a un mois il est entré à l'hôpital.

Sa mort a présenté un détail curieux. Il avait le délire :

— Allons, dit le médecin, je reviendrai le voir ce soir.

Ces deux mots de consonnances identiques, frappèrent mécaniquement l'oreille de l'improvisateur mourant, et il lui sembla, dans sa fièvre, qu'on lui jetait, comme autrefois, des rimes pour faire des vers dessus, car au bout d'un instant de silence, il déclama d'une voix sifflante :

Une dernière fois elle s'en vint me voir,

Et mon cœur se brisa ce soir, ce triste soir!...

— Le délire empire, dit le docteur sans s'apercevoir que c'étaient là deux rimes nouvelles...

Après un nouveau moment de silence, le mourant reprit de sa même voix saccadée :

Depuis ce soir mon âme est en proie au délire, Et plus je vais, hélas ! plus ma souffrance empire.

Puis il fut pris d'un hoquet, et cette bizarre et navrante agonie se termina un quart d'heure après.

(Le Gil Blas.)

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