‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 55 sur 132 · UNE CONQUÊTE DE DARWIN · texte numérisé non relu

UNE CONQUÊTE DE DARWIN

Un jour, l'illustre savant reçoit une longue lettre timbrée d'Allemagne et contenant, après un éloge dithyrambique du génie de l'auteur de

Y Origine des espèces, une... demande formelle en mariage.

A cette singulière missive était jointe une photographie représentant une femme d'un certain âge, ou mieux d'un âge trop certain, à l'œil rêveur et aux charmes débordants.

L'auteur de cette curieuse lettre, qui se déclarait « bas bleu », ajoutait, sans doute pour tenter, le grand savant, qu'elle possédait une fortune très rondelette. Elle terminait en priant le célèbre naturaliste de lui envoyer, avec sa réponse, sa propre photographie.

Darwin, croyant à une mystification, s'apprêtait à jeter la lettre au panier, quand un de ses amis, auquel il venait de communiquer ce « document humain », le pria de le lui confier.

L'ami de Darwin se mit à correspondre d'une façon suivie avec la romanesque Allemande. Il se trouva que la demande de cette assoiffée du mariage était on ne peut plus sérieuse.

Le bas-bleu teuton se déclarait enchanté des lettres brûlantes que lui adressait le faux Darwin et terminait en réclamant de lui avec insistance la photographie déjà demandée.

Le fils d'Albion jugea alors que la plaisanterie avait assez durée et prit le parti d'y couper court par une fumisterie violente.

Il prit une photographie, qu'il mit sous enveloppe à l'adresse de l'Allemande, en écrivant au dos :

« Puisque vous y tenez, je vous envoie

l'image, hélas! trop flattée, de celui qui ro£s aime pour la vie-. »

Or, ladite image représentait, suspendu par la queue à une branche d'arbre, un superbe mandrille.

Ce que la romanesque Allemande a dû verser de larmes !

(Le Réveil.) * *

M. l'archevêque étant à Conflans depuis quelques jours, à l'occasion d'une tumeur fistuleuse dont on le croit atteint au podex, les plaisants ont fait l'épigramme suivante. On s'adresse à Moreau, son chirurgien :

Moreau! quelle est ta gloire et ta vocation? Le ciel t'a réservé pour cette occasion : Il anime ton zèle et ton patriotisme; Par toi s'opérera ce granu événement,

Ton bras sapera sourdement,

Le fondement du Fanatisme.

(Mémoires secrets de Bacbaumont.)

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