LE REMÈDE DES FIEVRES
Au voisin, de fiebvre mourant,
On faisoit boire eau de la bie (i) « Hélas ! vous me tuez, disoit-il en pleurant ; « Me défendre le vin, c'est m'arracher la vie !^
« Hélas! je désiroy tousjours « Mourir avec toy, bon breuvage!
« Quand j'ay plus que jamais besoin de ton secours, i Un lourdaud médecin me défend ton usage.
« Cher amy ne me quitte pas « Sur le dernier point de ma vie;
« Sans toy, j'estimerois rigoureux mon trespas ;
« Je ne puis avoir bien hors de ta compagnie.
t Si je meurs, à mes bons amis
« Ma grande bouteille je laisse; « Mais que pleine elle soit, comme elle estoit jadis : « Jugeront comme moy que c'est grande richesse. »
Ainsi mon voisin souspiroit.
Moy, j'eus pitié de sa misère :
Je lui donnoy du vin que l'on luy défendoit. Sa fiebre le quitta si tost qu'il eust à boire.
( 1 1 Bie, vieux mot qui yeut dire cruche
Sur cela fondant ma raison,
Pour guarir une soif maline Et l'ennuy que me fait ma femme à ma maison, J'ai recours au bon vin comme à ma médecine
Faulte de mieux, de bon pommé Bien souvent je prends une dose.
Tant bon est cestuy-ci, qu'il m'a presque charmé Encore un pot venant, et puis qu'on se repose !
Olivier Basselin.