‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 78 sur 132 · LE REMÈDE DES FIEVRES · texte numérisé non relu

LE REMÈDE DES FIEVRES

Au voisin, de fiebvre mourant,

On faisoit boire eau de la bie (i) « Hélas ! vous me tuez, disoit-il en pleurant ; « Me défendre le vin, c'est m'arracher la vie !^

« Hélas! je désiroy tousjours « Mourir avec toy, bon breuvage!

« Quand j'ay plus que jamais besoin de ton secours, i Un lourdaud médecin me défend ton usage.

« Cher amy ne me quitte pas « Sur le dernier point de ma vie;

« Sans toy, j'estimerois rigoureux mon trespas ;

« Je ne puis avoir bien hors de ta compagnie.

t Si je meurs, à mes bons amis

« Ma grande bouteille je laisse; « Mais que pleine elle soit, comme elle estoit jadis : « Jugeront comme moy que c'est grande richesse. »

Ainsi mon voisin souspiroit.

Moy, j'eus pitié de sa misère :

Je lui donnoy du vin que l'on luy défendoit. Sa fiebre le quitta si tost qu'il eust à boire.

( 1 1 Bie, vieux mot qui yeut dire cruche

Sur cela fondant ma raison,

Pour guarir une soif maline Et l'ennuy que me fait ma femme à ma maison, J'ai recours au bon vin comme à ma médecine

Faulte de mieux, de bon pommé Bien souvent je prends une dose.

Tant bon est cestuy-ci, qu'il m'a presque charmé Encore un pot venant, et puis qu'on se repose !

Olivier Basselin.

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