‹ Les joyeusetes de la médecine; anecdotes, bon mots, pensées, chansons, épigrammes, etc., recueillis et annotés;Chapitre 8 sur 132 · LE MÉDECIN · texte numérisé non relu

LE MÉDECIN

Vous souvient-il comme Molière Se raillait des Diafoirus?

Ils sont morts, les savants en us !

Est-ce que nous ne rirons plus? Baste! le ridicule est féconde matière.

A Saint-Sernin sur le Dadou,

Ou bien ailleurs, il n'importe où,

Philibert soignait les coliques, . Les catarrhes, les sciatiques,

Les rhumes, les chauds et les froids.

Médicaments à la douzaine!

Pour la plus petite migraine

Il vous ordonnait à la fois

Herbes, sirops, fleurs et racines, Paquets par-ci, flacons par-là,

Adoucissants et quinquina,

Et toniques, et médecines.

Je crois même, pour votre bien,

Si le remède eût pu descendre, Qu'avec la pharmacie il vous aurait fait prendre

Aussi Monsieur le pharmacien.

Tout docteur opère à sa mode.

J'aime encore mieux cette méthode

Que celle de don Sangrado, Qui vous tirait le sang et qui vous gorgeait d'eau. « Signor, aurais-je dit en repoussant le seau,

>< Je ne suis pas une rivière. »

Philibert guérissait et tuait tout autant ;

Mais on mourait presque content Si l'on mourait d'après son formulaire.

Ah ! quel heureux métier pourtant !

L'on vous obéit sans murmure, Et vous êtes pavé, bonne ou mauvaise fin :

Guérit-on? c'est le médecin.

Trépasse-t-on ? c'est la nature.

Mais Philibert avait le cœur trop à son art :

Il faisait tout par poids et par mesure,

Ne se couchant ni trop tôt, ni trop tard,

Et consultant avant que de conclure.

A sa femme il tâtait le pouls :

— « Mignonne, disait-il, dormir est nécessaire. » Lui-même s'auscultait : — « Voyons combien de coups

« Bat aujourd'hui ma propre artère. »

Et pour malaises, et pour toux, Il condamnait l'amour à diète sévère.

Léontine se dépitait,

Et, tout bas, en veillant, pestait Contre les médecins et contre leur science :

— « Seigneur Dieu! quelle sotte engeance! « Ils vous feraient suer en plein été !

Je te promets, ô Faculté !

« De déchirer ton ordonnance. »

Il n'est pas plus de femme sans cousin Que de mouton sans laine et que d'enfant sans père, Et c'est pour lui souvent que cuit le meilleur pain

Quand il va chez la boulangère.

Le nôtre s'appelait Milon.

C'était un joli papillon, Ardent comme une flamme et fin comme une mouche, Léontine n'avait pas entr'ouvert la bouche,

Ni regardé de son côté,

Qu'en affût il s'était posté.

L'un voulait attraper, l'autre se laisser prendre :

Il était aisé de s'entendre !

Mais comment crever l'œil à Monsieur le docteur r

Bah! l'Amour est un inventeur Breveté mille fois pour ses bons stratagèmes ;

Il a des tours de tous systèmes, Et c'est du monde entier l'éternel fournisseur.

Minuit dans le clocher sonnait sa douzième heure. Un homme frappe à la demeure Du médecin... — « De grâce, ouvrez!

« Si vous tardez d'une seconde, « Ma femme tombe en l'autre monde.

« Monsieur le docteur, accourez ! »

Vite, Philibert s'embraguette ; Il met son gilet à l'envers, Et son bonnet pour sa casquette, Et tous deux partent à travers Les coteaux, les vallons, la plaine.

Mais Philibert posait à peine Le pied dehors que le cousin Entrait voir chez le médecin

Si sa femme était bien portante.

Il la soigna Dieu sait comment !

Et Madame fut fort contente, M'assure-t-on, du traitement.

Que dites- vous de cette ruse?

O maris, comme on vous abuse !

Or, le trait se renouvela

Plus de vingt fois dans une année.

Et vingt fois on recommença

Quand celle-ci fut terminée.

D'où je conclus, car un auteur Ne se peut dispenser d'un morceau de morale,

Qu'un savant est un sot coucheur, Qu'il devrait dormir seul ou. près d'une vestale.

A. Saulière. (Les Leçons conjura1 es. ^ (i).

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