LE GUÉRISSEUR DE JAUNISSE
Un égrillard de basse Normandie, Madré plaideur, mais friand de tendrons,
Vit au Palais fillette en maladie.
A la guérir, dit-il, point ne perdrons. Ce mal toujours fut signe de sagesse (C'était celui qui pâlit la jeunesse.)
Ainsi raisonne, et sur ce l'accosta.
L'Agnès, d'abord, abaissa la paupière,
Et même au front le rouge lui monta.
Notre galant, pour entrer en matière,
Sur ses attraits nasonna tendrement
Quelque fadeur tournée en compliment.
De là, passant à sa pâleur extrême,
Plaint la pucelle, et d'un ton plus discret,
Lui dit avoir un merveilleux secret,
Dont il promet que sa vertu suprême
Doit sur son teint répandre un incarnat
Bien plus brillant que celui de la rose.
— Que je voudrais, hélas! qu'on m'en donnât,
Quelque petite encore que fût la dose!
Très bien saurais, dit-elle, assurément
Récompenser un aussi grand service.
Point ne faillit la belle à son serment : Car en usant de l'art du bas Normand, La jeune Agnès guérit de la jaunisse : Son médecin gagna la rime en isse.