LA. DEMOISELLE
De grâce, tirez les rideaux !
Ah ! mon embarras est extrême, Car je suis prise... entre deux eaux!
Le tableau de M. Hippolyte Fauvel est une page touchante de la vie du médecin de campagne.
C'est le médecin du village, Obscur, ignoré, méconnu ; Le dévouement est son partage :
Quelqu'un souffrait : il est venu.
Il est nuit, et sur la campjgne La neige étend son blanc linceul, Qu'importe 1 Un pâtre l'accompagne; Les enfants l'attendent au seuil.
Il entre dans l'humble chaumière, P.is de pain, souvent pas de liti Sur un grabat se tord la mère...
Il parait, console et guérit.
Frère! salut à toi dont la modeste vie
Est un long sacrificel à toi que l'on oublie,
E' qui trouves toujours dans le fond de ton cœur
Un courage éprouvé pour cet ingrat labeur 1
Frère ! salut à toi I Tu fus la Providence
Des pauvres ici-bas I... Là-haut ta récompense!
M. Feyen-Perrin , dans une composition pleine d'ampleur, a retracé un épisode de ncftre histoire contemporaine :
Quel est ce fier Romain (i) dont le visage austère Inspire le respect? Pourquoi ce front sévère? Quels sont autour de lui ces juges assemblés. Et par quels noirs forfaits leurs cœurs sont-ils troublés? Pour qui tous ces apprêts? Quelle fut la victime. Et sur qui doit tomber le châtiment du crime?... La victime?... elle est là... Voici le malfaiteur (2). Ce cadavre a crié vengeance ! et l'imposteur Poursuivi par le fouet aux mains de la science (5), S'enfuit, portant plus loin son aveugle ignorance.
(1) Velpciu.
(2) Vriès, le fameux docteur noir qui prétendait guérir les cancers.
(;) Ch. Fauvcl, iloii interne de Velpeau, tient le fouet vei]gcur.
Effronté bateleur, il va sur ses tréteaux
Hardiment préluder à des forfaits nouveaux.
Qu'importe la cravache à sa robuste épaule,
S'il peut dans la cité continuer son rôle :
Et qu'importe à son front une tache de plus
S'il tombe dans sa main une pile d'écus !
Quand finiras-tu donc, ô candide bétisel
Tu fais un piédestal à qui te dévalise.
Il ne faut que savoir, ô pauvre humanité,
Tendre un appât trompeur à ta crédulité I
L'audace d'un coquin aisément te transporte.
Et tu mets bien souvent l'honnête homme à la porte I
En face de ce tableau, M. Guet a représenté la vraie science avec son imposant cortège. Le professeur (4) est entouré de ses élèves, il leur e.xplique toutes les phases de la lutte qu'il a soutenue avec la maladie; et ce cadavre, triste témoignage de notre faiblesse, sera pour eux encore une source féconde d'enseignement.
Q.uoi I tu pensais, ô mort I nous imposer ta loi, Sans que l'homme essayât de lutter avec toi I Tu croyais arracher du livre de la vie Tour à tour les feuillets, sans qu'une main hardie Réprimât tes efforts 1 Tu gardais tes secrets : Q.ue t'importaient les pleurs, les stériles regrets, Si, poursuivant toujours ton œuvre impitoyable, Tu volais! du destin messagère implacable! Mais regarde ces fronts pâlis par les travaux ; Vois ces ardents lutteurs disputant .lux tombeaux Les cadavres flétris par ton haleine impure! La science, aujourd'hui, dédaignant ta souillure, Et de sa pieuse main soulevant le linceul, Va ravir tes secrets, même dans le cercueil I
(4) Bouilltud,
Les yeux aiment à se reposer sur des sujets moins sévères. Voici toute une galerie de paysages, ils sont dus à MM. Flaliaut, Nason, Gassies, Harpignies, Achard, Français, tous enfants gâtés des Muses.
Je vous recommande la Leçon d'herborisation de M. Français.
Chacun de nous se souvient de ces longues promenades à travers champs, où, la boîte sur l'épaule, nous allions, comptant les étamines et les pétales, en compagnie de quelques amis, faisant retentir les bois que nous traversions du joyeux rire de nos vingt ans. Chères petites fleurs, utiles autant que modestes, vous vous associez à nos plus doux souvenirs.
Temps heureux, qui fuyez trop vite, Où dans les prés on vous cueillait!
Temps heureux où la marguerite Répondait à qui l'effeuillait !
Aux illusions dorées qui s'en vont uiie à une, succèdent les sombres préoccupations de l'avenif : devant le tableau de M. Français on les oublie pour retrouver, avec bonheur, le souvenir du passé.
Puis, avant de dire adieu à toutes ces richesses, A cette élégante débauche d'esprit et de talent, arrêtez-vous avec moi devant un tableau peint sur la porte même : il y règne quelque chose de mystérieux et de si touchant qu'on est pris à
son insu d'une religieuse émotion. Cliaque trait est une révélation de l'influence céleste qui l'inspira.
Hamon peignit la Charité.
Sous les traits charmants de l'enfance, Et près de la douce Espérance, La Foi s'abrite à son coté.
Se souvenant encore qu'il était d'usage d'écrire sur les murs les noms de chaque pléiade d'internes, les Muses voulurent que, dans la salle de garde ainsi transformée, on vit les portraits de ceux qui les avaient si bien accueillies (i). Elles chargèrent de ce soin MM. Axenfeld, Feyen, Baron, Vernier, Guet, Foulongue, et je vous assure qu'ils se sont merveilleusement acquittés de leur tâche.
Moi qui n'ai pas fini la mienne, je m'arrête toutefois, après une ébauche assez incomplète. Je veux vous laisser le plaisir de juger par vousmêmes, et de rendre hommage, comme moi, à l'amitié qui inspire et au talent qui enfante de telles œuvres.
D' A. Motet.
" (i) Parmi ces médaillons, au nombre de soixante-deux, nous signalerons, du côté des chirurgiens, ceux de : Armand Desprès, Velpeau, Guyon, Depaul, Broca, Bcauchct, Foucher, Ricliard, Follin, Dolbciu; du côlè des médecins : Bouiliaud, Ch. Fauvel Iules Simon, Dujardiu - Bcaumeiz, Bail, Gubler, Delpcch Cil. Robin, Henri Roger, Briquet, Tardieu, Piorry et Cbarcot