‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 31 sur 127 · INCONTINENCE SIMULÉE · texte numérisé non relu

INCONTINENCE SIMULÉE

Une très belle fille ayant été obligée par son père d'entrer en religion pour prendre l'habit, et n'osant témoigner qu'on lui faisait violence, s'avisa, étant dans le monastère, de pisser chaque nuit en son lit, afin qu'on crût qu'elle ne pouvait tenir son eau. La supérieure en ayant été avertie, manda le père, et lui dit : Monsieur, c'est avec bien du regret que je suis obligée de vous rendre votre file. Elle paraissait bien appelée au couvent, mais elle a un di[fant qui ne nous permet pas de la garder. Elle lui dit ensuite ce que c'était. La demoiselle, qui faisait mine de se désoler de ce qu'on ne voulait pas lui donner le voile, retourna chez son père, oii elle fut bientôt guérie de sa prétendue infirmité.

L'histoire fut sue; on en fit des railleries; et un jeune gaillard, ami du père, riant un jour avec lui de cette affaire : Vraiment, lui dit-il, si vous m' eussiez parlé dans le temps, votre fille serait encore aujourd'hui en religion. Je sais par

quel endroit elle en est sortie, et je l'aurais volontiers fermé.

( Bibliothàj uc a musa nie.)

LE SPÉCIFiaUE

Il ét.iit un mjii.iin qu'on :ippcl.u't Colin, Garçon vert, de large carrure.

De bonne pâte, et de liante encolure.

Quant à l'esprit, ce n'était du plus fin; 11 n'en avait que petite mesure.

Or ce Culiu fut toiuinenté D'un certain mal, présent Je la Nature, Qu'on pourrait .'i bon droit nommer mal de sauté, iNîal peu connu de tout sexat'éuairc.

Mal que les femmes d'ordinaire Ne plaignent point, tant soit-il violent. C'est inlunnanité chez elles générale.

Dans quelques-nus il est intermittent; Colin l'avait continu ; nul instant De trêve ou de repos, pas le moiiulie intervalle. Or est ce mal singulier eu ce point.

Que bien malade est qui ne le sent point. N'en est atteint qui vent; souvent on le désire. J'ai dit qu'aux uns il prenait par accès. J'ai tort, à tous je devrais dire; Beaucoup même ne l'ont jamais.

On ne voit point de Colin à douzaine.

Colin pourtant s'en lassa, se dit-on :

Très sot fut-il; en mainte occasion Je ne serais fâché d'être ;'i sa peine. Colin va donc trouver le médecin ;

C'était un docteur à gios grain.

Sachant saigner, purger, rien davantage > Cyétait assez pour un village.

Notre manant, plein de simplicité, Expose, tout honteux, son incommodité." Le médecin examine la chose; Puis, ayant bien ou mal raisonné sur la cause. Notre Esculape villageois Allègue aussitôt avec poids L'axiome banal : qu'on guéiit d'ordinaire

Le contraire par son contraire.

Puis haussant de deux tons sa voix :

Oui, mon ami, votre mal ne procède Que de chaleur; le froid est le remède. Cela dit, il va prendre un seau.

Fort gravement le remplit d'eau, Ij chose était simple, ordinaire :

Mais la gravité du docteur.

Aux yeux du rustre spectateur, La rendait un fort grand mystère.

Çà, Colin, lui dit-il, dans cette eau que voilà Plonger vous faut la partie affligée; Trompé serais, si par ce moyen-là Elle n'est bientôt soulagée.

Si ce remède ne suffit, D'-tutres on essaiera. Le manant obéit,

Fait l'immersion ordonnée ; Mais d'effet pas un brin, ou du moins un petit :

La maladie était enracinée. Colin eut beau plonger, le mal ne se passa; Vingt, trente fois. Colin recommença :

Tout aussi peu, c'était pure folie; Ou si Colin sentait pour un moment.

Par la froideur de l'eau, quelque soulagement. Il ressortait dehors avec plus de furie, La crise redoublait. Étrange maladie 1 Enfin le pauvre médecin Pour cette fois perdait tout son latin. Ce mal-là, disait-il, est plus grand qu'on ne pense. Il enjoignit toutefois à Colin De revenir chez lui soir et matin, Exécuter la susdite ordonnance.

Se rebuter, dit-il, ne faut incontinent;

Le nul vient à |ins de géant, Et nous quitte à pas île tortue.

Colin, qui de f;ucrir ardeninient désirait,

I-'itau docteur sa visite assidue; , Crut, que moyennant Dieu, son mal le quitterait. Il guérit en elïet, voici de quelle sorte. On vint un jour dicrcher le médecin, l'our aller voir au village prochain duelque malade; il s'y transporte Hn grande hâte, et lai.sse là Colin Dans une cour. Notez qu'à la fenêtre La femme du docteur en ce moment était, D'où vit Colin, se croyant. seul peut-être, Q.ui gravement se médicameutait.

L'état du .sire lui fit peine.

Le sexe a r.imc tendre, humaine.

Et ne saurait voir un poulet souffrir, Sans s'émouvoir et s'attendrir.

Elle appelle Colin, sans tarder davantage. Le fait monter, et lui tient ce langage :

Mon mari se moque de toi, Avec son seau, mon pauvre ami, crois-moi.

Il ne connait en nulle guise Ce qu'il te faut. Ne fais plus la sottise D'aller i lui. Va je sais un secret

Qui fait à tous les siens la nique.

Et qui produit sur-le-clianip son efict, lin un mot un vrai spécilique.

C'est du froid qu'il ordonne : il est fou, c'est du

Mon pauvre Colin, qu'il le faut : [chaud, Par la seule chaleur ta guérison est sûre. Cela dit, la voilà qui procède à la cure

Du susdit mal, fait coucher promptement

Maitre Colin bien chaudement Entre deux draps, et va. se mettre ensuite A ses côtés, pour l'échautfer plus vite. Admirable pouvoir du nouveau médecin 1 Et combien la nature s'aide I Plus ingénieux '•He Colin, Le mal va s'applique. plus vite au remède.

Dirai-je plus? Colin se trouva bien du chaud. La recette était douce, et plut si fort au sire. Qu'il eut voulu n'être guéri sitôt; Car on croit bien, sans qu'il faille le dire. Que le remède opéra comme il faut, Par le secours de sa vertu cachée.

11 ne s'en fut servi cinq ou six fois, Qu'adieu le mal. La dame en fut fichée; Trop bien voulait guérir le villageois, Et lui donner tous ses soins et son aide : Mais elle aurait désiré toutefois Qu'il eût toujours eu besoin de remède. Cela ne se pouvait : au reste le manant, Pas si souvent que voulait la donzelle. Redevenait malade de plus belle.

Lui chez la dame de courir,

Elle aussitôt de le guérir.

Tant et si bien que par la suite Colin à son mari ne rendit plus visite : Mari qui, devenu plus fort que le manant,

Loin d'en tirer mauvais augure.

Conte le cas à tout venant.

Et se croit l'auteur delà cure.

Messire docteur un beau jour.

Entouré de manans qui lui faisaient la cour, Au sortir de l'église, ainsi qu'il est d'usage.

Car c'était le coq du village, P.ar cas fortuit, au bout du carrefour.

Aperçoit Colin sa pratique.

Lors, se tournant vers la troupe rustique : Tenez, dit-il, le faisant -arrêter, ■Voyez-vous ce gros gars? il me vint consulter. Ces jours passés, pour une maladie.

Puis le docteur, avançant quelques pas.

Se met à leur conter le cas.

Ne sais, dit-il, quelle est sa fantaisie,

Avec son mal qui ne l'est point.

Ahl qu'un tel mal viendrait à point.

Pour nos moitiés, à tous tant que nous sommes I

Qu'en dites-vous, messieurs les hommes?

Car les g.irçoiis y sont nssez sujets, Et ne sont-ils, je gage, si benêts Que cliez moi tie venir en clierclier le remède; P.is n'ont recours, pour le sur, à l'eau froiile. Disant ceci, notre convalescent

S'approclia d'eux tout doucement.

Lors le Docteur : ehl bien, compère.

Dis-nous un peu comment va notre affaire? 'l u ne viens plus nie voir aussi souvent. Notre maison... Ah! ah! dit le manant.

Vraiment, monsieur, madame votre fciiinic, iM'a de sa i;ràcc, un remède enseigne

Qui vaut bien mieux, de par mon ànie.

Que la peste d'eau froide où me suis tant baitjné. C'est bien un autre bain, ma foi; pour cette histoire.

Madame en sait plus long que vous.

Avec votre seau d'eau, vous vous gaussez de nous; Et moi bien nigaud de vous croire.

Vous n'êtes pas un grand docteur.

Or je suis votre serviteur.

Mais plus encore serviteur de madame.

Allons, c'est une brave femme, 'l'ellc harangue aux assistants, Pour le certain ne fut obscure.

Le plus bouche de nos manants Comprit d'abord où gisait l'enclouure.

Du cercle villageois grands furent les éclats.

Chacun disant son mot sur un tel cas.

Le docteur vit fort bien qu'il était pris poui dupe, Que, pour guérir le mal dont se plaign.iit (>)liii, Une femme confond le plus grand médecin; Et que le chaperon doit céder à la jupe.

De g ri- court.

A LA COUR D'ASSISES Une femme est accusée d'avoir voulu empoi-

sonner son mari. Celui-ci, soigné à temps, en est revenu et assiste à l'audience.

— Qu'avez-vous à dire, pour votre défense? demande le président à l'accusée.

— Je suis innocente I je demande qu'on fasse l'autopsie.

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