LA SAINT-COME
Air : Quand ta mer Ronge nppanil.,.
Puisque notre s,iint patron, Messieurs, nous convie;
Qu'à Meaux on trouve union.
Table bien servie ;
Q.u'ici régnent liberté,
hj^nlité. fr:iternité,
C'.liantons g.iis .iniis.
Ici réunis,
De IJ.inKÙii (i), Le cousin Q.ue r.ilman;icli nomme Le bienheureux Conie.
(i) Pour Damirn, licence poéilque et cxiijcncc de la li .le.
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Vont fêter ce grand patron,
Aimables confrères, Vidons encore un flacon,
Et choquons nos verres.
Puissions-nous, tous, l'an prochain, Fêtant saint Côme et Daniain,
Libres de souci,
Savourer ici.
Fin moka, Gloria, Mais pas d'sirop d'gomme, Pour boire à saint Come.
En ce beau jour oublions
Les doctes formules De juleps, de potions,
D'onguents, de pilules Rien n'égale le vieux vin.
Ce doux nectar, ce jus divin.
Même le sirop.
Même Villico, Même un looch Fait ad hoc.
Si c'n'est le rogomme Pour boire à saint Côme.
De Crignon on peut vanter
Le vin délectable; Buvons, avant de quitter Cette sainte table, A notre cher président.
Buvons à de Saint-Amant, Puis à Charpentier, Notre trésorier, Houzelot, Martinot Vous qu'à Meaux on r'nomme, Buvons i saint Corne.
Buvons i ces vétérans
De notre science, Juifs, Clircticiis ou Musulmans,
De Grèce ou de France; Hippocrate et M.icliaou, Celse, Galien et Zénon,
Stoll, Stahl, Bartholin,
Tissot, Van Swieten, Sydenham, Jean Huxam, Broussais, Evrard Home, Brown et frère Côme.
Puisque que les bons capucins.
Jadis, sans scrupules.
Ont aux lubriques humains
Cédé leurs cellules ; Messieurs, quel louable effort A fait l'aimable Ricord,
En quittant Paris,
Ce vrai paradis, •
Son salon,
De Tournon, (Qui jamais ne chôme), Pour fêter saint Côme.
Côme, pour nous priez Dieu,
Et tous les apôtres.
Qu'il nous loge en son saint lieu,
Tout comme tant d'autres :
Loin de nous le choléra.
Peste, typhus et cœlera.
Abcès, fîuxions
Ou luxations.
Eczéma, Ecthyma, Ostéo-sarcôme, Invoquons saint Côme.
Dr CORLIEU, f.
LA RIMOMANIE
Hier est mort, à l'hospice Beaujon, un pauvre diable du nom d'Hervé Dranc, qui a eu, il y a sept ou huit ans, une espèce de célébrité comme improvisateur. Il donnait des séances à l'Alcazar ou à l'Eldorado, si je m'en souviens bien.
Depuis il avait couru la province, mais il parait que la guerre avait considérablement nui à la poésie, car ses bénéfices furent bien maigres; si bien qu'il y a un mois il est entré à l'hôpital.
Sa mort a présenté un détail curieux. Il avait le délire :
— Allons, dit le médecin, je reviendrai le voir ce soir.
Ces deux mots de consonnances identiques, frappèrent mécaniquement l'oreille de l'improvisateur mourant, et il lui sembla, dans sa fièvre, qu'on lui jetait, comme autrefois, des rimes pour faire des vers dessus, car au bout d"un instant de silence, il déclama d'une voix sifflante :
Une dernière fois elle s'en vint me voir,
Et mon cœur se brisa ce soir, ce triste soirl...
— Le délire empire, dit le docteur sans s'apercevoir que c'étaient là deux rimes nouvelles...
Après un nouveau moment de silence, le mourant reprit de sa même voix saccadée :
Depuis ce soir mon âme est en proie au délire, Ht plus je vais, hélas I plus ma souffrance empire.
Puis il fut pris d'un hoquet, et cette bizan et navrante agonie se termina un quart d'heure après.
(Le Gil Bhs.)