TESTAMENT INGÉNIEUX
Arlequin trouvait que les hommes avaient tort de faire leur testament de la manière qu'ils
le faisaient. Ils laissent, disait-il, tous leurs biens aux uns et aux autres après leur mort : c'est le vrai moyen que leurs héritiers souhaitent de les voir enterrer pour posséder l'héritage. Là-dessus il nie dit un jour à la promenade qu'il avait connu un prieur gascon, homme d'esprit, qui pendant une maladie dangereuse avait fait un testament d'une manière bien diflerente : il avait mis que s'il mourait il ne laissait rien à ses valets, mais que s'il revenait en santé, il léguait à celui-là telle somme, à celui-ci tels meubles. Ce testament, ajouta-t-il, pensa coûter la vie au prieur, car chaque valet, pour avoir son legs, était toujours au chevet de sou lit, malgré qu'il en eût, et ils lui rendirent tous des services si continuels, et quelquefois si peu nécessaires, qu'ils pensèrent le tuer de l'envie qu'ils avaient de lui faire recouvrer la santé.
COTTOLENDI.