‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 70 sur 127 · UN POTARD TROP GALANT · texte numérisé non relu

UN POTARD TROP GALANT

Naguère, les pharmaciens regardaient comme le plus saint de leurs devoirs de se rendre à domicile et d'administrer eux-mêmes les clystères émbllients, purgatifs ou autres, ordonnés par la docte Faculté. Allez donc, aujourd'hui, demander pareil service à nos modernes négociants en drogues spécialisées.

Dans une de? njiarmacies les plus courues de la rue Drouoi ou du faubourg Montmartre, Iz bonne de la jeune comtesse de K... apporte une ordonnance. « Madame, » disait la prescription du docteur, « prendra ce soir un lavement avec décoction de guimauve et de son. » Grand était, paraît-il, l'embarras de la bonne et de la maitresse pour accomplir cette partie de l'ordonnance. Marton demanda à cet égard quelques renseignements au pharmacien.

Ce dernier, jeune et trop galant, crut un véritable trait de génie de se rappeler les fonctions des anciens de sa profession. Dites à madame la comtesse que j'irai moi-même ce soir procéder à l'administration du remède. Et, jusqu'au soir, il se frotta les mains en pensant au spectacle de haut goût qu'il allait pouvoir contempler.

A neuf heures, notre sémillant potard était sous les armes, et prêt ;\ faire son entrée dans

k place; il sonne, Marton ouvre, et l'introduit nuprès de madame la comtesse.

— Je vous remercie, monsieur, de votre exactitude et de votre extrême complaisance...

— Mais comment donc, madame, c'est notre devoir, et je suis trop heureux...

— Sans votre secours, monsieur, j'eusse été très embarrassée pour administrer ce remède à ma pauvre vieille femme de chambre, qui est paralysée depuis un mois et que je ne veux pas envoyer à l'hôpital : si vous voulez passer dans ce cabinet.. .

Tête du potard I ! 1

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