‹ Les Joyeusetes de la medecineChapitre 80 sur 127 · DUEL AU CHOLÉRA · texte numérisé non relu

DUEL AU CHOLÉRA

Un journal du Kentucky parle en ces termes d'un duel d'un nouveau genre, qui a failli avoir lieu dans la ville d'Owensburg. Un jeune homme, nommé Tracy, mécontent des assiduités d'un M. Spright auprès de sa sœur et ayant vainement cherché plusieurs fois à l'éloigner, prit le parti de lui envoyer un cartel. M. Spright se souciait médiocrement de se couper la gorge avec le frère de celle qu'il aimait : vainqueur ou vaincu, l'affaire devait avoir pour lui un triste dénoûment. Réfléchissant cependant qu'il avait le choix des armes, il se décida à accepter le cartel, et, le jour du combat venu, il alla au

rendez-vous avec ses armes. Son adversaire y était déjà avec deux témoins qui tenaient, l'un une boite de pistolets, l'autre de solides épées.

Le choléra sévissait alors avec vigueur dans la ville d'Owensburg. M. Spright jeta un regard dédaigneux sur les rapières et revolvers, et, découvrant une sorte de petit coffre, il exposa à la vue des spectateurs une magnifique salade de concombres dont il avait fait deux parts égales, et une douzaine de pommes vertes :

a Voilà mes armes, s'écria-t-il trioirphalement : le choléra sévit; l'un de nous mourra sûrement après avoir fait ce déjeuner. Asseyezvous là, monsieur, et croisez la fourchette ; en garde! »

Mais son adversaire, si brave lorsqu'il ne s'agissait que d'épées et de pistolets, se prit à trembler de tous ses membres. Les témoins s'abouchèrent, et ils convinrent d'un commun accord qu'un duel aussi meurtrier n'aurait pas lieu. L'affaire fut donc arrangée à l'amiable, et l'intrépide Spright continua ses visites à la sœur de Tracy.

CoLOMBEV {Histoire anecdoliquc du duel).

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