LA NOËL
C'est la veille de Nœl.
Le froid est sec, vif, cruel.
Une pauvre mendiante A la tête branlante.
Un panier sous le bras, Ne sait où tourner ses pas.
On le voit, elle est étrangère
Dans le quartier.
Vient à passer un charretier Qui la tire de misère En lui conseillant de heurter A telle maison voisine; Ce qu'elle fait sans hésiter.
Se dirigeant vers la cuisine Située à l'arrière.
C'était un presbytère.
La vieille frappe: toc! toc!
La porte s'ouvre, et la servante Du curé dit: — Saint-RochI
Mon patron! une mendiante Encore! Ca ne finira plus.
Mais ça fait rien, entrez la mère!
Vous n'êtes pas la première.
Et vous ne serez pas la dernière.
La misère est grande, Jésus!
Et faut soulager l'infortune; Mais on ne peut donner beaucoup.
Il y en a trop, voyez-vous!. .
Si c'était rien que quéqu'une. .
Mais la mère quel est vot' nom?
— C'est la Noël, qu'elle répond.
— ^Ah! dit Simplice, la servante A la pauvre mendiante, Dans c'cas-là, ça change tout.
Et j'ai d'aut' chose pour vous; Attendez un petit bout. Et Simplice laissa la vieille.
Elle revint portant Une dinde sans pareille:
Un gallinacé géant!
— M'sieu Tcuré m'a dit: Simplicel Sers ben la dinde que v'iàl C'est pour la Noël, tu sais, là !
— Ah! que Dieu vous bénisse I Dit la gueuse emportant l'oiseau.
Noël, pour elle, fut très beau!