PATRIOTISME I
résignent. En dehors des croyances religieuses, le seul lien qu'on aperçoive entre eux, c'est la solidarité de la souflfrance. Quoiqu'on leur refuse une patrie, ils sont fidèles au tsar et bons patriotes. Ils n'émigrent jamais qu'à contre-cœur et, avec un attachement invincible de pauvre bête fouettée, n'ont pas de plus grand désir que de retourner en Russie. Lors de la dernière épidémie de choléra, jeunes doctoresses et jeunes docteurs juifs se disputaient Ihonneur d'être envoyés aux postes les plus dangereux ; et chacun sait que dans la dernière guerre les soldats juifs ont libéralement versé leur sang pour la Russie.
Comme les juifs aujourd'hui, les chrétiens des premiers siècles étaient en butte à tous les préjugés : on les accusait de pratiques odieuses, on les soupçonnait de former un Etat dans l'État, ils étaient représentés comme un danger pour l'Empire romain. Tertullien répondait aux anti -chrétiens — c'étaient les antisémites de Tépoque — : « Nous portons les armes, nous cultivons la terre, nous trafiquons avec vous et comme vous. Si nous n'assistons pas aux mêmes cérémonies, en sommes-nous moins vos concitoyens? »
Ces paroles ne sonnent-elles pas comme un avertissement adressé, dix-sept siècles d'avance, à la Russie orthodoxe par l'un des plus grands docteurs de l'Eglise chrétienne?