MEETING DE LONDRES
life eût fait son œuvre. La pétition respectueuse adressée au tsar, à la suite du meeting de Londres, fut renvoyée sans avoir été ouverte, par voie diplomatique. Le journal officieux du gouvernement russe, le Nord, applaudit à ce procédé comme à une preuve, venue de très haut, que la Russie n'entendait pas permettre à l'étranger de s'immiscer dans ses affaires intérieures. La Russie avait cependant remercié le duc de Westminster, un des signataires de la pétition, lorsqu il avait élevé la voix, en 1876, en faveur des Bulgares opprimés !
A la même époque, un certain nombre d'écrivains et de littérateurs russes, parmi lesquels le célèbre romancier comte Léon Tolstoï, signaient une déclaration réprouvant les lois restrictives en vigueur contre les israélites. La censure en interdit la publication, mais nous en connaissons le texte, grâce à un journal de Berlm, le Bôrsen-Coiiriej-, qui se procura un exemplaire de ce document et le reproduisit dans son numéro du 16 décembre 1890. En voici les principaux passages, littéralement traduits :
<( L'agitation antisémitique que la presse russe propage et encourage constitue une atteinte inouïe aux principes fondamentaux de justice et d'humanité. Nous estimons qu'il est nécessaire de rappeler au public russe les principes élémentaires, dont l'application est l'unique solution possible de ce qu'on appelle la question juive. L existence seule d'une question de ce genre est déjà un effet de l'oubli de ces principes. Il est injuste de rendre les juifs responsables des défauts qui