I.K CLAN I>L KHASSO
qui devenait ainsi son nom d'esclave, auquel il devait répondre par le nom du chef qu'on lui avait indiqué.
Cette manière d'appellation, formant un distique dont la première partie sert à l'interpellation et l'autre partie à la réponse, était fort commune pour les esclaves ; souvent elle n'était autre qu'un dicton/ un proverbe ou une sentence. En voici quelques exemples :
Somîntemala le caractère que tu
n'as pas, / dyagu na da i la ton ennemi le le donne.
Mcmbekhono O que l'on pense,
0 me ke on ne le fait pas.
Dyonbarikenye
rien ne sert de se
presser,
/ si nyo s^oto
lu auras la pan.
Nyanyimandyugu la pauvreté n'est pas
un mal, Saya le kha dyiigu la mon est un mal.
Dyugumakoli l'ennemi faible.
.A na ke nyi nye se dit ami.
Feminlesuina
ce qui ne se repose
pas,
Fadenya
c'est la vaillance.
Kunnadi kelebakha Syémintemfac Makhekhanu
le guerrier chanceu.x, Que l'œil qui ne veut l'atieciion d'un
pas voir mon père, homme,
Karto don' O nye kati A ki nafa
c'est le maudii. que cet oeil-là soil peut servir.
crevé.
Syiyafo lomadon'
une première bonté
étant méconnue,
Kura ke kun'ie
inutile d'en faire une
nouvelle.
Dyiiemadye ce n'est pas l'eau qui
donne du lustre à la personne, Nafulo de bi ma dye c'est la richesse.
Kamalendyon
l'esclave du jeune
homme,
Miisu tigi ta don'
appartient au maître
de la femme.
Miisugananti Mohhomokhobeti
A femme brave, qu'est-ce que l'homme?
A khe le mu gana-n-ti i f<-t>^ kha Ion'
homme plus brave. toi-même le sais.
Dans ce domaine encore, nous constatons l'influence de l'Islam.
Manbeladon Dyonnifanso Allah mutadyon'
ce que nul ne sait, l'esclave ne peut rien, qui prend Dieu,
Allah nadon Allah si moroso A te inalo
Dieu le sait. Dieu peut tout. N'a pas de honte (à
craindre).
Hina masa ? Bimangole
(Quel est) le roi de Aujourd'hui n'est pas
pitié! difficile,
Allah don' Sini ta be Allah ma
c'est Dieu. demain appartient à
Dieu.
Couramment Ton appelait l'esclave Kunnadi — les islamisés disaient Arsige — « la chance » : le maître traduisait ainsi sa pensée: il avait la chance de posséder un esclave.
Le captif étant la propriété de son maître, celui-ci en dispose à son gré, il peut notamment l'échanger, c'est un captif d'échange {san^ io dyon').
Ce trafic, connu en Europe sous le nom de« traite» était, autrefois, extrêmement commun dans le Soudan. Sur les lieux mêmes des hostilités, des marchands indigènes (ûf/a/a) achetaient aux belligérants les prisonniers et, en même temps, capturaient les fuyards; suffisamment pourvus, les dyula organisaient des caravanes d'esclaves dans lesquelles les individus, attachés les uns aux autres, marchaient en file indienne, sous la surv^eillance des dyula, armés de manière à pouvoir réprimer toute tentative de révolte.
D'ailleurs, en principe, dans les guerres, on exterminait
les guerriers susceptibles de se révolter ou de s'évader ; les marchands acceptaient de préférence les tout jeunes enfants, les femmes, les adolescents et seulement les mâles adultes atteints d'une débilité physique ou morale permettant de compter sur leur docilité.
Dans les grands centres, existaient des marchés d'esclaves et chacun pouvait s'v approvisionner, le plus souvent par l'intermédiaire des lefe. La vente n'était définitive qu'après trois jours : durant ce laps de temps, la découverte de certains vices chez l'esclave pouvait faire rompre le marché ; ces vices étaient la lèpre ibago) ; la folie {faioya) ; la cécité nocturne [su lo /yen'), au dire des indigènes, cette dernière maladie provient de la soude végétale employée aux lieu et place de sel ; la maladie du sommeil [khenkho) laquelle s'annonce, disent encore les indigènes, par de petites tumeurs indurées, qui ont leur siège dans la région des amygdales ; l'œdème caractéristique de l'empoisonnement par le korte: dans la première phase de ce mal, quand le malade se repose après la marche, ses jambes enflent et son ventre se ballonne ; la fièvre [khandi] rémittente ; la fièvre [sae) caractérisée par la coloration jaunâtre de la cornée ; la diarrhée et la dysenterie.
Lorsqu'enlin le captif était tombé aux mains d'un maître qui, pour raison ou autre, tenait à le garder, son sort avait alors une fixité qui lui permettait généralement d'obtenir, peu à peu, des améliorations; toutefois, il n'arrivait à une situation acceptable que lorsqu'il jouissait de la confiance de son maître. A ce moment, celui-ci lui facilitait la fondation d'une famille et la constitution d'un pécule.
Union de captifs. — L'union est possible entre captifs appartenant soit au même maître, soit à des maîtres dilférents. Le maître a le plus grand intérêt à marier ses captifs entre eux et les captifs ont beaucoup à gagner à avoir le même maître, ce qui suit suflira à le prouver.
Si le captif dispose d'un pécule, il doit, à titre de renier-
ciement, donner une chèvre à son maître, quand il reçoit de lui une épouse; s'il obtient d'un autre que son maître une femme, il doit à cet autre un présent pareil. 11 est, en outre, de tradition que le captif donne au père de la captive qu'il prend pour épouse, un lot de sept chèvres à titre de dot.
Pécule. — Tout ce que le captif produit, appartient à son maître, qui en dispose à son gré. Mais ce maître a intérêt à laisser l'esclave jouir d'une partie, tout au moins, de ce qu'il produit, il l'incite par là à travailler plus et mieux pour améliorer son sort et l'amène, ainsi, non seulement à supporter son sort, mais même à s'y complaire,
La coutume a en quelque sorte réglementé la situation matérielle du captif en réglementant son travail: d'abord, s'il doit le travail à son maître, il lui est, toutefois, laissé des heures libres dont il dispose à sa convenance et de plus deux jours entiers, le jeudi et le vendredi, lui appartiennent. Il dispose, en principe, de ce qu'il effectue durant ces moments libres et arrive ainsi, par son labeur, à se constituer un certain pécule.
D'ailleurs, le maître confie aussi à l'esclave qu'il estime certains biens pour les faire valoir. Il y a ainsi des esclaves qui disposent de richesses autrement importantes que celles possédées par nombre de gens libres ou de gens de caste, ce qui leur fait une situation très enviée.
Peu à peu, par les sentiments et les intérêts, le captif se trouve agrégé à la tim' de son maître, il n'y figure plus seulement comme un nafulo, mais encore comme l'un de ses meilleurs soutiens. Le maître n'aime pas, en général, à s'occuper directement de faire fructifier ses biens, il abandonne cette tâche à ses esclaves préférés et tombe de la sorte sous leur dépendance à certains égards. Désormais la tun' et ses esclaves sont si étroitement unis que leurs destinées sont inséparables : la grandeur et la richesse de l'une s'appuie sur la fidélité et le dévouement des autres.
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A ce stade l'esclave, devenu captif de case, jouit de certaines prérogatives dont la plus importante est, sans douto, qu'il ne peut plus être vendu. Les biens qu'il acquiert par le travail aux heures libres lui appartiennent, de même que ceux qui lui adviennent à , titre de part de prise. Il a ainsi parfois des biens importants à sa disposition. Toutefois, son droit est précaire ou au moins temporaire, car à sa mon, le maître peut tout prendre. Kn fait, le maître ne prend qu'une part de la succession et laisse le reste aux enfants du défunt qui sont, eux aussi, ses esclaves: de sorte que le captif de case laisse, dans certains cas, deux successions, tout comme l'homme libre.
Par étapes successives, l'esclave arrive donc à une situation matérielle équivalente et, parfois, supérieure à celle de la plupart des gens libres.
Voire même, il lui est possible de conquérir sa liberté. Lorsque le maître y consent, l'esclave peut, en effet, acheter son affranchissement, moyennant deux captifs. Diverses causes font que ce mode d'affranchissement est peu usité. D'abord, habituellement, c'est une perte matérielle et morale très grande pour la iun' familiale; d'autre part, l'affranchi est seul libéré : sa femme et ses enfants demeurent esclaves et, parfois, le maître retient aussi tous les biens.
Ces inconvénients graves sont évités par une pratique très en faveur et sanctionnée par la coutume. Ce qui, en somme, gène l'esclave, c'est l'obligation du travail quotidien au prolit du maître et c'est précisément ce à quoi le maître tient le plus. Lorsque l'esclaNC a desenfants, il est admis que ceux-ci peuvent être substitués à lui pour le service du maître, mo\ennant, en outre, pavement au maître d'une rede\ance décent muddii de mil : par cette substitution on dit que le captif « se sort les mains ».
Par cette combinaison, les intérêts du maître sont saufs: il a le tra\ail comme auparavant et la rede\ance compense et
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au delà la nourriture qu'il donne à des enfants trop jeunes pour pourvoir d'eux-mêmes à leurs besoins (i).
La coutume est analogue pour la femme esclave.
Le substitut de l'homme, c'est le garçon circoncis, âgé de i5 à i6 ans; le substitut de la femme, c'est la fillette nubile, d'environ 12 ans.
Lorsque la femme appartient à un antre maître que son mari, les enfants ne peuvent pas être substitués à celui-ci vis-à-vis de son propre maître. Mais la pratique vient, ici encore, corriger la rigueur de la coutume. Si le mari, lors de l'union, paye au maître de la femme la dot que, dans la famille de ce maître, l'on exige pour une femme libre, la femme et les enfants qui naissent d'elle apparlien nent au mari sa vie durant : à sa mort ils retombent au pouvoir du maître de la femme.
Par ces substitutions, l'esclave arri\-e donc à disposer de son temps, de son travail et de son produit. Il est, en efTet, admis que lorsque ses enfants se font à leur tour substituer par leurs enfants la redevance qu'il payait cesse. De sorte qu'au bout de trois générations, la sienne comprise, l'esclave passe dans la catégorie des <i?)*on^oron' ou affranchis de fait, sinon de droit. En droit, en effet, le lien qui l'attache à son maître n'est pas rompu; il est seulement très relâché. Lq dyongoron' de cette espèce est, dit-on, comme un parent, comme un ami fidèle auquel on demande conseil dans les cas graves, qui ne manque point d'être là pour les cérémonies de famille, de même que le maître prend part à tout ce qui lui arrive d'heureux ou de malheureux.
Dyongoron' . — Mais il y a aussi des dyong;oron' de droit, cesont ceux qui, avec le consentement du maître, ont acheté leur liberté. Nous l'avons dit, cette liberté est, souvent, chèrement acquise, puisque la femme, les enfants, les biens mêmes demeurent entre les mains du maître. Le libéré a,
(i) Cette redevance est, du reste et avant tout, sans doute destinée à afOrmer le droit du maître sur l'esclave qui s'est * sorti les mains ».
il est vrai, la possibilité, parfois, de racheter aussi sa femme et ses enfants, mais il n'en a pas toujours les moyens, et, en délinitive, il se trouve ruiné par tant d'elTort. Aussi préfère-t-il de beaucoup « se sortir les mains».
Rarement le maître atVranchit spontanément son esclave. Cette magnanimité est entravée par les membres de la tun\ qui y voient une perte sèche.
L'Islam a, ici encore, joué un rôle. En principe, l'esclave qui possède convenablement la pratique de la religion peut, doit même, être afiVanchi : au Khasso Ton n'a que très exceptionnellement usé de cette pratique.
Quel que soit le mode de libération, rafTranchi est, en principe, l'égal de l'homme libre; en fait, la tare demeure et ne s'efiace qu'avec les générations.
TlTiŒ V