‹ Les KitharèdesChapitre 2 sur 47 · APE · texte numérisé non relu

APE

Sur les neuf Poëtesses de l'Hellas

L'Hélicon et le pic macédonien de Piéria nourrirent de chants ces femmes à la voix divine : Praxilla, Moïro, la bouche d'Anyta, Sappho, l'Homère féminin, parure des Lesbiennes aux belles chevelures, Érinna, Télésilla très glorieuse, et toi, Korinna, qui chantas le bouclier impétueux d'Athéné, Nossis à la voix de femme, et Myrtis aux doux sons, toutes ouvrières d'immortelles pages. Le grand Ciel a neuf Muses, mais la Terre enfanta ces neuf-la, joie inextinguible pour les mortels.

cAntipater.

Medoe oika, rive TAvde oéces méyasoTey Ge iv; n d KE Voras \ “A PEAR: \ 04 € , , M tés 6 za Teubs buvchérav oTÉgavcy; LA L4 LE “ « dvucs per Mehédyecs * dette de Atcrdet 4 L] L2 UVLUGGUYCY TAUTAY ÉÉETOVNGE VAE.

\ LE LA =. \“ Toi iv EUTAËGLS 'AVOTNS LEVEL, ra DE Metscds 12 \ 2 % L4 = \ { Acloux, xai Zanocüs faux pév, AIX pda £ ; Ée , % :

VADAUTONV TE 70R OV Moavrridc éyzocey Üuvev, xa vécv clvévôns Ana. Etuavidewcv d'avau.iE TAEËUS LUPITVCUV PATENT AA RES ’ ta s x » ? DES Necoïdos, ns d'éireus wnsov Érnéer "Eoos = C2 \ , ; AND : à 200 ur nat cdpQuyey do’ KJ0RvUO 'Pravcd \ on 17 - Q : <.

La qauxby ’Hoiwvns maplevoyowTe 22242V

AXexigo Te Aélnbscy év buveroncs béavbsr …

SDS

La Couronne de Méléagre

Chère Muse, à qui portes-tu ce chant chargé de fruits? ou juel est celui qui a façonné cette couronne d'hymnes ? Méléagre

l'a faite, et il a produit cette grâce comme monument a l'illustre Dioklès. Il a entrelacé beaucoup de lys (sauvages) d'Anyta et beaucoup de lys de Moïro, et de Sappho peu de fleurs, mais ce sont des roses. Il a ceint le narcisse des hymnes et des chœurs de Mélanippide et le sarment nouveau de la fleur de vigne de Simonide, et il y a mêlé, l'ayant entrelacé, l'iris qui exhale un doux parfum, l'iris aux belles fleurs de Nossis, dont Érôs enduisit de cire les tablettes : et 1l y a ajouté la marjolaine de Rhianos, à l'aimable souffle, et le doux crocus virginal d'Érinna, et l'hyacinthe d'Alcée, éloquent parmi les faiseurs d'hymnes…

Méléagre.

KORINNA

oRINNA! Ce nom a la sonorité glorieuse d’un ® cri de triomphe. C’est un nom prédestiné aux victoires. Il a quelque chose de vaillant et de magnanime, il évoque tout entière la Poétesse de Tanagra...

Son front porte sans faiblesse le noble poids des lauriers. Ses yeux noirs ont le regard inextinguible de ceux qui osèrent contempler les Dieux face à face. Ses membres sont vigoureux et souples comme les membres des éphèbes frottés d’huile odorante. Sa chair est ambrée de soleil. Héra, l’Orgueil Suprême, a dessiné la courbe de ses hautains sourcils. Pallas Athéné a sculpté fièrement le

pli grave de ses lèvres. Les attitudes de Korinna ont la solennité des gestes de pierre. Elle est aussi belle qu’une statue.

Elle ne vint point effeuiller devant l’Aphrodita des guirlandes de roses lascives. Les langueurs du lâche amour n’amollirent point son âme invulnérable. Elle célèbre le retour par mer du Héros:

Il a vaincu, le vigoureux Orion, et a donné son nom à toute la contrée depuis l'aurore.

Elle évoque la splendeur terrible de l’Arès, le Dieu des rouges clameurs :

Et lui, s'étant montré, à la vérité détruisit La ville.

Parfois, un souffle de frais attendrissement traverse l’orage de ses strophes.

Elle vante la beauté de Thespia *:

Thespia, de belle race, hospitalière, aimée des Muses…

Nymphe aux yeux verts comme les roseaux, Thespia était fille d’Asopos, Dieu de ce fleuve. Elle donna son nom musical à la ville de Thespia, en Béotie. Elle fut une de ces Ombres à demi fabuleuses qui, divinisées par les Aëdes et par le folk-lore, appartiennent plus étroitement à la Poésie qu’à l'Histoire. Elle vivra dans le vers marmoréen de Korinna qui fixe son incertaine image. La Béo-

* Nom propre de femme qui signifie inspirée par les Dieux.

Be hf

KORINNA wi

tienne se complaïisait à célébrer dans ses parthénia* les Nymphes et les Héroïnes de son pays chantant.

Celle qui l’emporta cinq ou six fois sur Pindare nous apparaît ainsi qu'une Victoire prête à prendre l'essor. Elle frémit de l’orgueil sacré des Aèdes, quand elle dit avec ampleur :

.… Et ma ville s'est grandement réjouie de mes chants au babil harmonieux.

L'impérieuse Poétesse de Tanagra, si elle négligea de tresser les hyacinthes de l’amour, cueillit pieusement les violettes de l'amitié. Conseillère affectueuse de Myrtis et de Pindare, elle les blâma et les encouragea tour à tour. Et tous deux la chérirent pour l’éloquence de ses paroles et la sagesse de ses pensées. Elle apprit à son illustre disciple les « lois des mythes ».

Korinna possédait le sens hellénique des belles épithètes. Cet art persiste chez le plus délicat des poètes modernes : Keats. Le chanteur de l’impérissable Ode to a Grecian Urn disait que la poésie n’était que la sélection savante d’adjectifs judicieux. L’Anglais de génie a peutêtre exagéré la pensée grecque de Korinna. Elle aimait la ligne sévère de la Statue et du Poème. Pindare lui ayant un jour demandé son jugement sur des vers, elle lui

* Strophes chantées par des vierges.

reprocha d’avoir négligé les épithètes qui colorent la strophe. Disciple trop zélé, Pindare alourdit ses vers d’une prolixité d’adjectifs empanachés. La Musicienne le lui reprocha en une phrase célèbre : Je t'ai dit de semer avec la main, et toi, tu as ouvert le sac et tu l'as répandu dans le sillon.

Jamais de sages paroles ne furent prononcées avec autant de grâce. On devine, en les entendant, le demisourire qui les souligna. Korinna était digne de fonder, comme Psappha de Mytilène, une École de Poésie, et de dispenser les roses de Piéria aux Aèdes futurs.

La splendeur mortelle de Korinna fut perpétuée par l'Art. Pausanias vit, dans un temple de Tanagra, une image peinte de la Kitharède. Elle ceignait d’un bandeau triomphal sa chevelure olympienne. Pausanias, périégète inexact et critique médiocre, attribue à la seule beauté de Korinna ses victoires dans l’arène harmonieuse.

Plusieurs villes de l’Hellas furent honorées d’une statue d’elle. Les cinq livres de ses poèmes se composent de chœurs lyriques, de parthénia en l’honneur d’Artémis ou de Pallas Athéné, d’épigrammes * et de récits épiques, parmi lesquels Jolaos et Les Sept contre Thèbes.

* Courtes pièces propres à être inscrites sur un piédestal de statue, un sarcophage, un vase, etc.

v-448 . ncillnipe

KORINNA 9

Korinna ne fut point de ces Aèdes qui, franchissant les limites de leur contrée, appartiennent plutôt à l’univers qu'à une patrie. Elle aima fervemment la Béotie aux blés opulents, et ses hymnes furent composés afin d’être chantés par les femmes de son pays heureux, devant la foule de ses concitoyens. La couleur locale, si j'ose employer ce terme suranné, qui a survécu au romantisme, imprégnait ses odes béotiennes.

Le long séjour de la Tanagréenne à Thèbes fonda la croyance générale qui pare cette ville de la gloire de sa naissance. Ce fut à Thèbes que la Poétesse moissonna les lauriers de ses luttes mélodieuses. La Cité qui fut le lieu de ses triomphes lui plut par le souvenir. Thèbes honora et aima son illustre hôte féminin.

Fille de Procratia et d’Achélodoros, Korinna resplendit vers le v° siècle avant notre ère. Des commentateurs trop aventureux ont inventé l'existence d’une seconde Korinna, comme d’autres ont cru à une seconde Psappha et à une seconde Éranna de Télos.

On la surnomma Muia, la mouche, sans doute à cause de la petitesse ailée de son corps et de la malice de ses sourires légers. La Statue s’animait parfois et revêtait la grâce d’une enfant. Mais à l’instant solennel de l'hymne, la femme redevenait l’Immortelle.

Je me plais à l’évoquer, debout et frémissante, en ces jeux olympiques où elle vainquit Pindare….

Le Poète a puissamment chanté. Sa [vre a vibré du souffle impétueux des combats. Sa voix a retenti, comme un harmonieux tonnerre, jusqu’au plus lointain de l’arène. Et le peuple attentif l’a fervemment acclamé.

A son tour, Korinna se lève. Un silence auguste enchaîne la foule. Tous écoutent, comme seuls les Hellènes, perspicaces amoureux de musique et de poésie, savaient écouter... Le soleil teinte de reflets roses les blonds cheveux des vierges. Et les hommes oublient, devant l’art de la Musicienne, la beauté de la femme...

Korinna s’est levée, le front aussi ferme que le front d’un jeune héros aimé des Bienheureux. Elle chante. Elle loue les Dieux bienfaisants et terribles. La volonté des Piérides est en elle. Les vers s’entre-choquent, pareils aux boucliers splendides des Amazones. La multitude qui l’entoure est saisie d’extase…

La Tanagréenne s’est tue. D’un geste de Ménade ivre, elle écarte ses tresses où l’on croit voir bleuir des grappes. Ses paupières s’alourdissent et voilent la stupeur de son regard... La Tanagréenne s’est tue.

La voix unique et multiple de la foule la proclame victorieuse. Des parthènes aux blancs péplos s’approchent en pleurant d'amour et couronnent de noirs lauriers ses tempes glorieuses.

Ses yeux reflètent superbementla cruauté du triomphe. Pareille à une Niké, elle domine le peuple, et ses lèvres

KORINNA II

ont le pli hautain qui marque les lèvres des conqueérants.. Une voix de femme, s’élevant au plus profond de la foule, l’a nommée : Immortelle!

.…. Korinna s’est tue... Les siècles ont passé sur son œuvre et l’ont détruit. Ceux qui se souviennent d’elle et qui l’aiment pieusement retrouveront, dans les merveilleuses statuettes des femmes de son pays, cette grâce disparue de Tanagréenne. A travers les larges plis d’étoffe aussi beaux que les vagues, ils reverront les mouvements libres du corps. Ils ressusciteront les gestes et les attitudes, modulations de musique et frissons de poèmes... Et, devant ce néant, ils évoqueront la puissance d'ivresse et de vie que dégageait autrefois tout l'être inspiré de la Kitharède... Ils répéteront, comme une plainte et comme un reproche, ce vers:

Est-ce que tu dors sans interruption? en vérité tu n'étais point avant, Korinna,…

Page 1